Suét., Tib
ï. Tac., Ann., III, 3.
l’opposition des gens du monde. 79
et qu’ils tombaient dans l’oubli quand tout le monde pouvait les avoir1. Mais les historiens nous ont conservé plusieurs épigrammes qu’on avait composées contre les Césars2; dans le nombre il y en a d’assez spirituelles, toutes sont très violentes. Les empereurs avaient affecté d’abord de dédaigner ces attaques; Auguste écrivait à Tibère, qui s’y montrait trop sensible : « Gardez-vous, mon cher Tibère, de trop céder à l’ardeur de votre âge, et de vous indigner du mal que Ton dit de moi : il doit nous suffire qu’on ne puisse pas nous en faire3.» Tibère lui-même, quand il fut empereur, répondit à ceux qui le pressaient de poursuivre les médisants que « dans un État libre il fallait que tout le monde fût libre de penser et de parler comme il voulait4 ». Mais cette modération se démentit bientôt, et, sous Tibère même, les auteurs de ces vers méchants, lorsqu’on put les trouver, furent punis sans pitié : il y en eut qu’on précipita du Capitole5, d’autres qu’on étrangla dans leur prison6.
Quand les mécontents n’osaient pas tenter d’attaque directe et qu’il était devenu trop dangereux de répandre des vers ou des pamphlets, nous avons vu qu’ils s’y prenaient d’une manière détournée. Ils cherchaient à saisir, dans les ouvrages anciens ou nouveaux, des rapprochements avec le temps présent; ils se les signalaient les uns aux autres, et les faisaient ressortir en y applaudissant. Cette façon de fronder le pouvoir était moins dangereuse et assez facile. Il est toujours aisé de donner