‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 40 sur 206 · Tac., Ann., VI · texte numérisé non relu

Tac., Ann., VI

l’opposition sous les césars.

aux choses qu’on lit ou qu’on entend le sens qu’on veut, et de découvrir dans un ouvrage des malices dont l’auteur est fort innocent. Les esprits animés par la haine et contenus par la peur en croyaient voir partout. Il suffisait qu’un comédien se présentât sur la scène la démarche chancelante, le chef branlant, tandis que le chœur chantait : « Voici le vieux sot qui revient des champs, » pour que tout le théâtre éclatât de rire : on avait reconnu l’empereur Galba1. Mais, indépendamment de ces allusions fortuites, il y en avait beaucoup de préméditées, sur lesquelles l’auteur comptait pour le succès de son œuvre. C’était une hardiesse qui pouvait coûter cher; mais que n’ose pas un écrivain pour être applaudi! Aussi at-il dû paraître alors un grand nombre d’ouvrages pleins de perfidies discrètes, de mots à double entente, de pensées générales susceptibles d’applications particulières, de sentences et de maximes où, sous prétexte de faire la leçon au genre humain, on disait ses vérités au prince. Cette littérature d’allusions s’adressait surtout aux gens du monde, et elle avait pour théâtre principal les salles de lecture.

Les lectures publiques avaient été mises à la mode vers le milieu du règne d’Auguste par Pollion. Elles obtinrent un succès rapide qu’on n’a pas de peine à s’expliquer quand on connaît les occupations et les goûts des gens de cette époque. On aimait alors beaucoup les lettres, et, si nous en croyons Horace, presque tout le monde se piquait d’écrire2. Ce n’est pas l’usage qu’on veuille garder pour soi ce qu’on écrit; on en a d’ordinaire une si bonne idée, qu’on se croirait coupable d’en

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