Tacite, Ann., I, 23 et
12 l’opposition sous les césars.
qucfois les premiers à réprimer les séditions qui naissaient parmi eux et le faisaient sans pitié ; après l’une de ces révoltes, à laquelle tous avaient pris part, ils vinrent demander comme une faveur à être décimés. Placés en face d’un danger toujours présent, qu’ils ne pouvaient éviter que par la soumission, ils avaient consenti à faire l’abandon d’une partie de leur indépendance, mais ils ne l’avaient pas livrée tout entière. Quoiqu’on les tînt sévèrement, on leur laissait quelquefois le droit de se réunir et de délibérer. Ils entendaient surtout être traités avec égard. Dans les plus beaux temps de la république, un général s’étant servi en leur parlant d’un de ces mots qu’on n’adressait qu’aux esclaves, ils se laissèrent vaincre, pour ne pas lui fournir l’occasion d’un triomphe1. Ils se regardèrent comme outragés, sous l’empire, quand Claude leur fit porter ses ordres par l’un de ses plus puissants affranchis, et se permirent de siffler le favori de leur maître devant lequel le sénat se prosternait3. Ils accomplissaient sans murmurer les ordres de leurs chefs, mais ils aimaient aussi à connaître leurs intentions, et les généraux, quand c’était possible, les entretenaient volontiers de leurs desseins. Cette confiance et ces égards qu’on leur témoignait étaient encore une tradition de l’époque républicaine. Dans les premiers temps, le soldat restait citoyen sous la tente; la vie civile et la vie militaire n’étaient pas si rigoureusement séparées qu’aujourd’hui ; le camp et le forum semblaient souvent se confondre, et le consul s’adressait aux légions comme il aurait fait au peuple du haut des rostres. Sous l’empire, il y avait encore une tribune dans le camp, et les empereurs regardaient comme une de