Epist., II, 107 et sq
l’opposition des gens du monde. 81
dérober la connaissance au public. Malheureusement, dans l’antiquité, la propagation des livres n’était pas aussi rapide ni aussi aisée qu’aujourd’hui. Ceux des écrivains célèbres se répandaient vite et allaient loin; mais les autres couraient le risque de rester dans l’ombre. Aussi les auteurs, pour échapper à ce triste sort et se faire connaître de quelque manière, avaient-ils pris le parti de lire publiquement leurs ouvrages : c’était un moyen de les sauver de l’oubli qui les menaçait. S’ils étaient pauvres, ils allaient dans les endroits où la foule se réunissait, au forum, sous les portiques, dans les bains publics; ils arrêtaient les passants et leur déclamaient leurs vers, au risque de se faire siffler ou lapider, si l’on n’était pas d’humeur à les entendre. Quand ils étaient riches, ils invitaient à dîner leurs clients et leurs amis, les traitaient de leur mieux, et profitaient de leur reconnaissance pour se faire écouter et admirer. Horace nous a raconté la plaisante histoire d’un terrible créancier qui convoquait ses débiteurs insolvables le jour de l’échéance pour leur lire d’ennuyeux ouvrages qu’il avait composés; il fallait applaudir ou payer. Les malheureux «tendaient le cou », en victimes résignées et applaudissaient pour obtenir un sursis1. Pollion n’était ni assez misérable pour courir les places publiques, ni assez sot pour se contenter d’applaudissements de complaisance. Il tenait pourtant beaucoup à faire connaître ses tragédies et ses histoires. Ce vaniteux personnage, qui avait aidé César et Octave à prendre la première place, et à qui la seconde ne suffisait pas, demandait à la littérature une attitude et une importance que la politique lui avait refusées. C’est ce qui lui donna l’idée de choisir une salle dans