Hor., Sat., I
sa maison, de la disposer comme un théâtre, c’està-dire avec un orchestre et des galeries, et d’inviter par des billets les personnes qu’il pouvait connaître ou dont il voulait être connu avenir l’entendre lire ses ouvrages. Beaucoup d’autres suivirent son exemple, et ce fut bientôt la mode qu’on ne faisait autre chose à Rome, pendant les mois d’avril et d’août, que de se réunir dans les salles de lecture1.
Il est aisé de se faire une idée des sentiments qu’on apportait à ces fêtes littéraires. Auditeurs et lecteurs appartenaient d’ordinaire à la meilleure société; aussi avaient-ils toutes les préférences et toutes les haines du grand monde. On peut donc penser qu’en général l’opposition régnait dans les lectures publiques. C’est là qu’on parlait, quand on pouvait parler. C’est là qu’on entendit Titinius Capito, après la mort de Domitien, lire l’histoire de ses victimes. On se faisait un devoir de venir l’écouter; «il semblait, dit Pline, qu’on assistait à l’éloge funèbre des malheureux dont on n’avait pas pu honorer les obsèques2 ». Sous les mauvais princes, on était naturellement plus réservé, et cependant on trouvait moyen de parler encore. Dans les temps les plus sombres du règne de Néron, le poète Curiatius Maternus osa lire une tragédie pleine d’allusions désagréables à l’empereur3. Il continuait sous Yespasien sa petite guerre d’épigrammes. Il lut un jour un Caton, « où il s’oubliait luimême, nous dit Tacite, pour ne songer qu’à son héros ». Les applaudissements ne manquèrent pas sans doute aux
1. Pline, Epist., 1, 3 : toto mense aprili nullus fere (lies quo non recitaret aliquis. Juv., III, 9 : et augusto recitantes mense poetas.