Pline, Epist., VIII
3. Tac., Dial, de orat., 11. Je lis dans ce passage : imperante Nerune, d’après la correction de L. Miiller, au lieu de : in Nerone.
l’opposition des gens du monde. 83
tirades hardies du poète : le lendemain Rome entière ne parlait que de son audace et des dangers qu’elle pouvait lui faire courir1 2 * *.
Les tragédies de Curiatius Maternus sont perdues, mais nous avons celles de Sénèque, qui peuvent nous donner une idée de ce qu’on se permettait de dire dans les salles de lecture. Ce sont assurément des ouvrages fort médiocres, et l’on est disposé à les juger avec beaucoup de rigueur, si on les considère comme des œuvres de théâtre et qu’on les compare aux pièces de Sophocle et d’Euripide. Mais il faut se souvenir qu’elles n’étaient pas faites pour la scène, et que l’auteur ne les destinait qu’aux lectures publiques. C’est la tragédie des salons, qu’on ne doit pas traiter tout à fait comme la tragédie du théâtre. Ce genre peut sembler faux et mauvais, on est libre de le condamner sévèrement; c’est pourtant un genre particulier, qui n’est pas astreint aux mêmes règles que l’autre, et qui, ayant son public à part, est bien forcé de subir certains défauts pour lui plaire. Ces défauts, Sénèque, qui tenait au succès, s’y est résigné de bonne grâce. Il n’a pas déplus grand souci que de flatter les goûts de ses auditeurs. Il sait qu’il ne les intéressera qu’en les entretenant de leur temps et d’eux-mêmes; aussi le fait-il ouvertement, sans hésitation ; on dirait, à la façon dont il s’exprime parfois, qu’il tenait à les prévenir lui-même que le présent l’occupe plus que le passé, et qu’il a toujours les yeux sur Rome, quand il parle d’Argos ou de Thèbes9. C’est ainsi que les allusions politiques sont devenues chez lui si fréquentes.