‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 44 sur 206 · Tac., Dial · texte numérisé non relu

Tac., Dial

2. Peut-on en clouter, pur exemple, lorsqu’on le voit, au milieu

de son Thyeste, nous parler des faisceaux et prononcer le nom des

Quirites?

l’opposition soüs les césars.

On avait un moyen d’en mettre dans les ouvrages de ce genre, sans trop éveiller les soupçons de, l’autorité. Parmi les personnages de l’ancienne tragédie romaine, il y en avait un que les auteurs avaient coutume de 11e pas ménager : c’était le tyran, qu’on représentait toujours injuste, emporté, commandant à ses sujets tremblants d’une voix menaçante i. Il était destiné à être haï, comme le traître de nos mélodrames. Quand on le voyait paraître bouffi d’orgueil, quand on l’entendait débiter ses phrases superbes, la tête rejetée en arrière 2, toute la populace républicaine se sentait heureuse de ne pas vivre sous un roi. Le tyran fut conservé dans la tragédie de l’empire, et les auteurs continuèrent à le malmener : c’était une tradition. Les princes pouvaient à la rigueur ne pas prendre pour eux les sottises qu’on lui disait, puisqu’il était admis que « le principat et la tyrannie ne se ressemblaient pas ». Mais on dirait que Sénèque ne veut pas qu’on s’y trompe. Il prend soin lui-même d’indiquer qu’en frappant ce ridicule personnage de tragédie, ses coups portent plus haut. Une des maximes qu’il lui met le plus volontiers dans la bouche est celle-ci : « Il n’y a que les rois débonnaires qui tuent du premier coup ; dans mon royaume la mort est une faveur qu’il faut implorer3. — Celui qui tue trop vite ne sait pas être un tyran U » C’était un mot de Tibère : il répondit à une de ses victimes qui lui demandait la mort: «Nous sommes-

ï. Cicéron, Pro Rab 11.

2. Sén., Epist., 80, 7 ; in scena latus incedit, et hœc resupinus dicit.

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