Thyestes
86 l’opposition sous les césars.
personnages, cet effroi des grandeurs, ce regret d’avoir trop cédé aux séductions de la fortune et de la puissance, il les ressentait lui-même depuis sa disgrâce. C’est lui qui parle par la bouche de Thyeste, quand il lui fait dire : « Croyez-moi, la prospérité ne nous séduit que par des dehors trompeurs et l’on a grand tort de craindre l’infortune. Tant que j’ai été puissant, je n’ai cessé de trembler. Je suis heureux aujourd’hui de ne causer de jalousie ni de crainte à personne. Le crime ne va pas chercher le pauvre en sa cabane. On y prend son repas en sûreté à une table modeste, tandis qu’on risque de boire le poison dans des coupes d’or. Je vous parle pour l’avoir moi-même éprouvé L» On prétend qu’en effet il l’avait éprouvé lui-même : Néron avait voulu le faire empoisonner par un de ses affranchis, et sa frugalité seule l’avait sauvé. Depuis lors, pour échapper à ce péril, il ne se nourrissait plus que de fruits sauvages, et se désaltérait avec de l’eau courante 1 2.
Ce qui ajoute à l’intérêt de ses tragédies, c’est qu’il n’est pas inquiet de lui seul, et qu’il s’y occupe des autres autant que de lui. Le sentiment des dangers qu’il court le fait songer à ses compagnons d’infortune ; il cherche à les soutenir et à les fortifier. Il leur rappelle que « quand on reste fort on ne peut pas être malheureux3 4». N’ont-ils pas d’ailleurs une ressource assurée contre cette dure oppression : «Tout le monde, leur ditil, peut nous arracher la vie, mais personne ne peut nous arracher la mort \ — Celui qui sait mourir ne sera