Phsen
l’opposition des gens du monde. 87
jamais esclave 1. » Il les console encore en leur montrant que, quelque triste que paraisse la condition des sujets, elle l’est moins que celle du maître. Il ne peut pas échapper à tous les yeux ouverts sur lui : « sa maison est transparente et laisse apercevoir tous ses défauts 2 ». Il n’a point d’amis, il ne doit compter sur le dévouement de personne : « la fidélité ne met jamais les pieds sur le seuil des palais3». Il sait les dangers qui le menacent et passe sa vie dans un continuel effroi. « Quand on gouverne avec un sceptre de fer, on tremble devant les gens qu’on fait trembler ; la peur retourne à celui qui l’inspire4. » Et cet homme qui ressent lui-même les frayeurs qu’il fait éprouver aux autres, c’est bien l’empereur; il n’est pas possible d’en douter quand on lit les vers suivants : « Celui qui dispense les couronnes à son gré, devant qui les nations tremblantes fléchissent le genou, qui d’un signe de tête désarme le Mède, l’Indien et les Dahes redoutés des Parthes, celui-là n’est pas lui-même exempt d’inquiétude sur son trône ; il frémit en songeant aux caprices de la fortune et aux coups imprévus du sort qui bouleversent les empires5. » Après l’avoir ainsi désigné clairement à son public, il se permet de lui dire : « Vous donc à qui le souverain de la terre et des mers a remis le droit terrible de vie et de mort sur tous les hommes, quittez cet air superbe et arrogant. Le sort dont vous menacez vos sujets, vous pouvez l’éprouver vous-mêmes ; maîtres des autres, vous avez un maître