Tliyeste
88 l’opposition sous les césars.
là-haut qui dispose de vous l. » Ce qui rend le pouvoir suprême si fragile, si incertain, c’est que le prince est sûr d’être détesté. « Il y a deux choses qui ne se séparent pas, la haine et le trône 2. » Comment pourrait-il résister à toutes ces colères qu’il soulève ; il y succombera nécessairement un jour, surtout s’il abuse de sa puissance. Le poète lui prédit cette chute inévitable 3, et non seulement il la prédit, mais il la désire et l’appelle ; il arme, autant qu’il le peut, le bras des mécontents, et justifie d’avance le coup de poignard qui délivrera Rome et le monde d’un mauvais prince. « On ne peut pas, ditil, immoler de victime plus agréable à Jupiter qu’un roi injuste 4. » Voilà ce qui se disait, ce qui s’applaudissait dans les salles de lecture, à quelques pas du Palatin, ce que répétaient et commentaient les ennemis du prince, ce qui faisait le lendemain l’entretien de Rome entière. Nous aurions vraiment peine à comprendre comment on osait parler si librement sous Néron 5 si nous ne savions combien ce gouvernement était de sa nature incertain et indécis, tantôt tolérant et tantôt implacable, laissant faire ici ce qu’il défendait ailleurs, et punissant chez l’un ce qu’il avait souffert d’un autre.
Mais d’ordinaire, pour courir moins de risque, on
1. Il est clair que Sénèque fait ici allusion à l’une de ces défaites des Parthes qui eurent lieu de son temps. Ne serait-il pas question des victoires de Corbulon?