Herc. fur
5. Il est très probable qu’une grande partie des tragédies de Sénèque fut composée et lue après sa disgrâce et peu de temps avant sa mort. Tacite dit qu’on l’accusait de faire des vers plus fréquemment depuis que Néron avait pris le goût de la poésie (Ann., XIV, 52) ; l’accusation n’avait de force que si Sénèque composait des pièces de théâtre comme Néron.
l’opposition des gens du monde. 89
parlait plus bas. Les audacieux seuls disaient leur pensée en public ; les autres ne se confiaient qu’à quelques amis. Au premier abord il ne paraît guère possible que rien nous soit parvenu de ces confidences. Elles ne sont pas pourtant tout à fait perdues pour nous ; les historiens nous les ont souvent conservées. Ils les ont recueillies de la bouche des contemporains et leur ont fait une place importante dans leurs récits. Tacite, Suétone, Dion luimême, en sont pleins. C’est de là que viennent ces bruits contradictoires, entre lesquels ils ont tant de peine à se prononcer, ces commentaires malveillants de tous les actes du prince, ces nouvelles invraisemblables, ces accusations étranges qu’ils rapportent en les démentant. Ils nous ont donc transmis quelque chose de cette opposition timide qui restait dans l’ombre, qui ne parlait qu’à demi-mots, et nous pouvons l’apprécier en les lisant.
Ce qu’on remarque d’abord, c’est que plus elle était cachée, plus elle était implacable. Rien n’échappait à la malveillance de ces gens d’autant plus hardis en secret qu’ils étaient forcés d’être plus retenus en public. Ils n’étaient jamais contents de rien. Il leur arrivait d’attaquer des mesures excellentes dont ils ne voulaient pas comprendre la portée. Tout servait de prétexte à leur mauvaise humeur. Tibère ne pouvait rien faire dans les premières années qu’on ne l’interprétât mal : on le blâmait de rester à Rome pendant la révolte des légions de Germanie 1 ; il est vrai qu’on l’aurait encore plus blâmé s’il en était sorti. On lui en voulait de fuir le spectacle des gladiateurs2 : cette haine des fêtes populaires n’était-