Tac., Ann., I
90 l’opposition sous les césars.
elle pas la preuve d’un esprit morose et ténébreux? mais en même temps on ne pardonnait pas à son fils Drusus d’y prendre trop de plaisir. On accusait son insatiable vanité quand il acceptait les honneurs qui lui étaient offerts, et on le traitait de dédaigneux s’il les rejetait. Quand il défendit qu’on lui élevât un temple en Espagne et qu’il refusa de prendre sa divinité au sérieux, sagesse dont la postérité doit lui savoir gré, on prétendit que c’était d’une âme vulgaire: «Les grands hommes, disaiton, aspirent aux grandes récompenses, et qui méprise la gloire méprise aussi la vertu 1 ». Après une inondation du Tibre, qui avait dévasté tous les quartiers bas de Rome, on eut la pensée de prévenir le retour de ces ravages en donnant un autre écoulement aux lacs et aux rivières qui grossissaient le fleuve. Il se trouva des gens pour se plaindre de cette mesure. Ils disaient que «.la nature avait sagement pourvu aux intérêts des mortels, et que c’était un crime d’essayer jamais de la contraindre et de la corriger » ; ils allaient jusqu’à prétendre qu’on humilierait le Tibre si Ton diminuait la masse de ses eaux, « et qu’il s’indignerait de couler moins glorieux 2 ». Yoilà des raisons bien singulières, et les habitants du Yelabre trouvaient sans doute qu’il valait mieux protéger leurs maisons que de conserver la gloire du Tibre ; mais il fallait tout attaquer et trouver partout quelque motif de se plaindre. C’était Tunique pensée de la plupart de ces mécontents du grand monde.