Suét., De rhet
l’opposition des gens du monde. 97
laient résolument à Cicéron de mourir plutôt que de se déshonorer, désireux d’arriver vite, prenaient le chemin le plus court et se faisaient délateurs. Les plus honnêtes devenaient prudents pour se sauver et ne refusaient pas de payer leur sécurité de quelques flatteries ; mais tous s’accommodaient en principe du régime qui existait; tous s’accordaient à reconnaître que la vaste étendue de l’empire, la variété des peuples qui le composaient, les ennemis qui se pressaient à ses frontières, exigeaient que le pouvoir fût concentré pour être plus fort et mis dans la main d’un seul homme.
Aussi n’était-ce pas des orateurs que se méfiaient surtout les Césars; les philosophes leur étaient plus suspects, et ils les regardaient comme les véritables ennemis de l’empire. A partir de Tibère, une sorte de persécution fut organisée contre eux, et elle continua sans relâche jusqu’aux Antonins. Ils furent souvent atteints isolément, quelquefois frappés en masse : sous Néron, sous Yespasien, sous Domitien, on les exila tous de Rome et de l’Italie.
Qu’avaient-ils fait pour mériter ces rigueurs? Ils passaient pour être mécontents du régime nouveau et pour regretter l’ancien. On les accusait de prendre pour modèles les Tubéron, les Favonius, les Brutus, c’est-à-dire les républicains les plus décidés. « C’est une secte, disaient les délateurs en parlant des stoïciens, qui n’a jamais produit que des intrigants et des rebelles l. » Cette opinion était fort répandue même parmi les esprits modérés, et Sénèque éprouva le besoin d’y répondre. Il le fit dans une lettre célèbre où il essayait de prouver que les princes n’avaient pas de sujets plus fidèles et