‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 55 sur 206 · Tac., Ann., XVI · texte numérisé non relu

Tac., Ann., XVI

l’opposition sous les césars.

plus dévoués que les philosophes. «Parmi les voyageurs, disait-il, qui naviguent sur une mer tranquille, ceux-là gagnent le plus au calme des flots et se croient surtout les obligés de Neptune qui transportent les marchandises les plus riches »; c’est ainsi que la paix publique est plus précieuse à ceux qui s’en servent pour arriver à la sagesse. Comme ils en font un meilleur usage que les autres, ils en apprécient mieux le bienfait et sont plus reconnaissants à celui qui le donne1. Il est sûr que, pour son compte, Sénèque est aussi peu républicain que possible et qu’il a fait, en plusieurs endroits de ses ouvrages, des professions de foi politique qui ne laissent aucun doute sur ses opinions. La monarchie sous un roi juste lui semblait le meilleur des gouvernements 2, il ne pensait pas qu’on pût revenir à l’ancienne forme de la république, du moment qu’on avait perdu les anciennes mœurs3, et il a dit plusieurs fois qu’il croyait l’autorité impériale nécessaire au salut de Rome : « S’il nous arrivait par quelque accident de secouer le joug, et si nous ne souffrions pas qu’il nous fût remis sur la tête, cette admirable unité, ce vaste édifice de notre empire se briserait en pièces. Rome cessera de commander le jour où elle cessera d’obéir4. » Il est vrai que Sénèque a toujours à la bouche le nom de Caton, ce qui pourrait le rendre suspect d’aimer la cause que Caton a si noblement servie, mais il faut remarquer que les éloges qu’il lui donne d’ordinaire n’étaient pas de nature à le compromettre. Il ne veut voir en lui qu’un philosophe, il le

i. Epist., 73.

*2. De benef., II, 21) : cum oplimus status civilatis sut) regejnsto sit.

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