‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 57 sur 206 · Pline, Epist., VIII · texte numérisé non relu

Pline, Epist., VIII

discrétion et de savoir-vivre dans son opposition. Il n’avait rien de raide ni de violent. S’il croyait devoir prendre la parole au sénat pour s’opposer à quelque mesure fâcheuse, il commençait par faire l’éloge de l’empereur, qu’il n’hésitait pas à appeler un excellent prince, egregius princeps, — cet excellent prince était Néron1; — encore ne se permettait-il que rarement de ces éclats ; il aimait mieux ne protester que par son silence. Quand Néron chantait, il se gardait bien de s’endormir comme fit un jour Yespasien, qui faillit payer de sa vie cette impolitesse ; il applaudissait même aux bons endroits, seulement on trouvait son enthousiasme trop modéré. Dans ces scènes étranges, où les sénateurs effarés, s’enivrant eux-mêmes de leurs acclamations, finissaient par arriver à une sorte de délire de flatterie, Thraséa était plus froid que ses collègues, mais il votait comme tout le monde2. Il faisait exprès de ne dire son opinion tout entière que quand il s’agissait d’affaires peu importantes, auxquelles il croyait l’empereur indifférent3 ; ce sont ces ménagements habiles qui l’ont préservé si longtemps de la colère du prince. Rappelons-nous que, quoiqu’il passât pour le plus honnête homme de l’empire , il n’a été qu’une des dernières victimes de Néron.

L’opposition des philosophes n’était donc pas aussi factieuse que le prétendaient les délateurs. Le seul prétexte qu’ils aient pu donner aux reproches qu’on leur adressait de s’entendre et de conspirer c’est que, dans des circonstances semblables, ils se conduisaient de la même façon : quand ils voyaient qu’on ne pouvait plus

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