Sén., De ira, II
entre les deux régimes : tandis qu’autrefois les tentations étaient si fortes, le contrôle si léger, l’opinion publique si indulgente, que les gens les plus honorables, comme Brutus, se permettaient sans hésiter toute sorte d’exactions envers les provinciaux, on vit souvent au contraire, pendant l’empire, des personnages vicieux et corrompus tant qu’ils restaient à Rome, devenir intègres, actifs, désintéressés, quand on les envoyait dans les provinces, et les gouverner honnêtement. Ce voluptueux Pétrone, qu’on avait appelé l’arbitre du bon goût et le maître de l’élégance, qui ne semblait occupé que du plaisir, qui en avait fait une science raffinée, et qui chercha la volupté jusque dans la mort, Tacite nous dit que, dans son gouvernement de Bithynie, « il s’était montré vigilant et tout à fait à la hauteur des grandes affaires1 2 ». Il en fut de même d’Othon, le confident et le complice de toutes les débauches de Néron, qui, la veille du meurtre d’Agrippine, avait donné à toute la cour un grand dîner pour dissimuler les apprêts du crime ; « il gouverna la Lusitanie pendant dix ans avec une sagesse et une intégrité remarquables 3 ». Yitellius lui-même, qui fut un si détestable empereur, avait commencé par être un excellent gouverneur de l’Afrique 3. Il faut dire qu’il n’était plus facile alors de se conduire autrement; les princes y tenaient la main, et les mauvais autant que les bons: Auguste et Trajan ne s’en occupaient pas avec plus de zèle que Tibère et que Domitien. Un historien peu suspect nous dit même de ce dernier qu’il punissait avec tant de rigueur les magistrats coupables « qu’on n’er» vit