‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 60 sur 206 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’exil d’ovide

Nous avons vu qu’ Auguste, vers la fin de son règne, changea de politique envers ceux qui se permettaient d’être mécontents et de le dire. Il avait longtemps affecté de mépriser leurs attaques, il commença à les punir sévèrement, et sembla disposé à ne plus souffrir d’opposition autour de lui. C’est à ce moment que le poète Ovide fut chassé de Rome et banni aux extrémités du monde. Cet exil est l’un des événements les plus curieux et les plus obscurs de cette époque. La cause en est restée très douteuse : l’édit impérial qui reléguait le poète dans les contrées sauvages du Pont-Euxin ne lui reprochait que d’avoir publié l'Art d'aimer ; mais personne n’ignorait à Rome que l’immoralité de ses écrits n’était pas le seul motif de son châtiment. On disait qu’il avait commis envers l’empereur une faute plus grave et plus personnelle; on le disait, mais tout bas, et aucun écrivain de l’antiquité ne nous a révélé de quelle nature était cette faute. Le seul document qui nous reste pour le savoir, ce sont les ouvrages mêmes d’Ovide; il me semble qu’ils suffisent pour nous éclairer. Ceux qu’il a écrits pendant son séjour à Rome nous permettent d’apprécier le motif officiel qu’on donnait à son exil ; ceux qu’il a composés

plus tard peuvent nous en faire découvrir la cause secrète. Il faut les étudier les uns et les autres, si nous voulons essayer de résoudre ce problème historique.

Jeunesse heureuse d’Ovide. — Attrait qu’il ressent pour son siècle. — Goût que son siècle éprouve pour lui. — Ses Amours. — L’Art d’aimer. — Reproches qu’on adresse à cet ouvrage. — Réponse qu’il fait à ces reproches.

Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu quelqu’un d’aussi heureux qu’Ovide jusqu’à son exil. Pendant cinquante ans la vie lui fut bien plus douce qu’elle n’a coutume de l’être aux poètes. Horace et Virgile, ses grands prédécesseurs, n’ont pas eu une destinée aussi égale ni peutêtre des succès aussi incontestés. Il ne fut pas obligé, comme eux, de lutter contre des nécessités fâcheuses ; il était de ceux qui, grâce à leur naissance et à leur fortune, trouvent leur place faite dans le monde dès qu’ils y arrivent. Sa famille portait un nom honorable et occupait un rang distingué ; son père avait de l’aisance et tenait beaucoup à la conserver. Il s’est plaint, quand il était jeune, de cette qualité paternelle qui restreignait ses libéralités *, mais il en a profité plus tard. Lui-même, parmi toutes ses folies, ne fut jamais un dissipateur. Nous savons qu’il payait plus volontiers ses amours en beaux vers qu’en argent comptant ; aussi n’eut-il pas besoin, comme la plupart de ses confrères, de se mettre à la solde d’un protecteur pour vivre. Sa renommée commença dès ses premières années. Il fut un écolier célèbre,

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