‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 61 sur 206 · Am., I · texte numérisé non relu

Am., I

l’exil d’ovide.

et le souvenir de ses improvisations pathétiques se conserva longtemps chez les rhéteurs1. A vingt ans, il lisait ses vers devant des réunions nombreuses. Horace et Tibulle, Virgile et Properce existaient encore ; Rome, dont l’attention était occupée par ces grands génies, avait le droit d’ètre distraite ou indifférente pour les autres ; cependant elle prêta l’oreille aux débuts de ce jeune homme, et depuis ce moment elle ne cessa plus de l’applaudir. « J’ai eu cette fortune, nous dit-il, d’obtenir de mon vivant toute la gloire qu’on n’accorde qu’aux morts 2. » Ce qui achevait son bonheur, c’est qu’il était aussi heureux par lui-même que par les autres. Il n’avait pas un caractère à prendre mal la vie. C’est assez l’usage que les poètes, quand ils manquent de malheurs réels, s’en forgent d’imaginaires. Ordinairement le présent leur déplaît ; ils habitent plus volontiers le passé ou l’avenir et rapportent de ces voyages mille raisons de se plaindre de ce qui les entoure. Ovide au contraire aimait son temps et se sentait fait pour y vivre. « Que d’autres, ditil, regrettent l’antiquité ; moi, je me félicite d’être né dans ce siècle, c’est celui qui convient à mes goûts 3. » Dans les passages mêmes où, pour paraître un homme grave et pour plaire à l’empereur, il affecte de vanter les vertus antiques, il trouve moyen de nous faire connaître ses sentiments véritables. Après avoir célébré dans une belle tirade ce temps heureux où l’on prenait les consuls à la charrue et où l’on couchait sur la paille avec une botte de foin pour oreiller, il s’empresse d’ajouter sournoisement : « Nous louons les gens d’autrefois, mais

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