‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 64 sur 206 · Trist-, II · texte numérisé non relu

Trist-, II

à ses désordres. Son tempérament maladif, sa santé fatiguée, n’étaient pas capables de grands excès. Il nous dit qu’il était pâle et qu’il ne buvait presque jamais de vin1. Quand il chante ses amours, sa blessure est toujours légère ; elle ne l’occupe pas assez pour lui faire oublier qu’il est poète. L’artiste subsiste à côté de l’amant et songe à tirer de ce qu’il fait ou de ce qu’il voit, un bon profit pour sa poésie. Il a donc pu exagérer ses sentiments, il a embelli la réalité pour la rendre plus digne de plaire aux lecteurs ; mais, quoi qu’il dise, il n’a pas tout inventé. Corinne n’était pas entièrement un être de raison, et dans la peinture qu’il nous fait de ses plaisirs il y a autre chose que des rêves et des fictions poétiques. Il l’avoue lui-même quand il est sincère. Au moment où il essaye de défendre sa jeunesse, il lui échappe de dire : «c Mon cœur alors était tendre, sensible aux traits de l’amour, et il s’enflammait au moindre feu 2 ». L’aveu est bon à recueillir. Il ne nous trompait donc pas, dans ses Amours, quand il nous disait en vers charmants qu’il était amoureux de toutes les femmes : « Je n’ai pas la force de me gouverner, je suis comme le navire qu’emportent les flots rapides. Mon cœur ne s’astreint pas à préférer certaines beautés, il trouve cent raisons de les aimer toutes» ; et il continue en énumérant, comme don Juan, toutes celles qui lui plaisent 3. Supposons qu’il y ait dans ses aveux un peu d’excès et de fatuité, le fond n’en est pas moins véritable. Sur ce fond, Ovide a brodé librement. Il a fait parcourir à ses aventures les incidents ordinaires d’une affection de ce genre pour avoir

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