Am., II
l’exil d’ovide.
le plaisir de les dépeindre ; il a profité de l’occasion pour décrire l’amour jaloux , l’amour heureux , l’amour trompé ; mais cette occasion lui était fournie par sa propre histoire, et ceux qui allaient chercher dans ses élégies des raisons pour attaquer sa jeunesse n’avaient pas entièrement tort.
En se permettant ainsi de changer et d’embellir la réalité, le poète a jeté quelquefois un peu de vague dans ses peintures. Par exemple, nous ne savons pas bien distinguer dans quel monde il nous introduit. L’incertitude est grave, et nous verrons plus tard qu’on en a cruellement abusé contre lui. De quelle sorte de femmes se composaient ces réunions joyeuses qu’il nous a décrites? qu’était surtout cette Corinne qui fut son premier amour? Tout ce que nous savons d’elle, c’est que ce nom ne lui appartenait pas et que le poète l’avait imaginé pour dissimuler le sien C S’il craignait de la compromettre, c’est qu’apparemment elle avait une réputation à ménager. Ce n’était donc pas une de ces femmes qui courent les aventures et cherchent le bruit. Celles-là auraient souhaité d’être nommées, car les vers d’un grand poète les auraient mises à la mode 1 2. Etait-ce tout à fait une femme du monde? On pourrait le croire à la façon dont Ovide désigne celui auquel il l’a enlevée : il l’appelle son mari, uir suus. « Une femme si bien gardée, que protégeaient un mari, un serviteur vigilant, une porte solide ; que d’ennemis à vaincre 3 ! » Qu’on suppose, si l’on veut, que ce nom de mari en cache un autre moins honorable,