‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 66 sur 206 · Am., II · texte numérisé non relu

Am., II

l’opposition sous les césars.

il faut bien avouer que la conquête de Corinne avait été difficile, et qu’elle ne devait pas être de celles qui sont accessibles à tous. Il est vrai qu’en lisant certains détails qu’Ovide donne sur elle, on la trouve fort complaisante et de mœurs bien faciles ; mais, après tout, elle ne l’est pas plus que la Délie de Tibulle et la Cynthie de Properce, et nous savons que c’étaient deux femmes du monde et que la dernière portait un nom très honorable. Cependant j’aime mieux croire, malgré toutes ces raisons, qu’il faut ranger Corinne dans ce qu’Horace appelle la seconde classe, ou, comme on dit chez nous, dans le demi-monde. Ovide s’est défendu avec une grande vivacité d’avoir jamais aimé de femme mariée. « Il n’y a personne, ditil, même dans le peuple, qui par ma faute, puisse douter de la légitimité de ses enfants1.» C’était là le plus grand des crimes pour des Romains ; l’opinion le condamnait aussi bien que la loi. En revanche, on était fort indulgent pour l’amour des courtisanes. Plaute, qui se donne quelquefois des airs de moraliste, disait : « Pourvu qu’on se garde de traverser le terrain d’autrui, rien n’empêche de cheminer sur la grande route ». Voilà pourquoi Ovide, qui a tant occupé le public de sa vie dissipée et qui reconnaît que tout le monde en parlait à Rome, ajoute intrépidement qu’il n’ajamais couru de méchants bruits sur lui. C’est que l’amour de Corinne et de ses pareilles n’était pas de ceux qui donnent un mauvais renom.

Il faut avouer que cette incertitude, qu’on a quelque peine à dissiper quand on lit les Amours , n’est pas très favorable à la société de ce temps. S’il est difficile de distinguer quelle classe Ovide a voulu peindre, c’est que

1, Trist., 1

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