L’EXIL D’OVIDE
les classes se confondaient souvent ensemble. Les tableaux légers qu’il a tracés convenaient presque également à toutes. Lui-même passe de l’une à l’autre sans nous avertir et avec une aisance qui prouve qu’elles n’étaient pas très profondément séparées. Quand il nous dit qu’à Rome on n’est occupé que de plaisir, que Vénus règne dans la ville fondée par son fils, qu’il n’y a de femme vertueuse que celle dont personne ne se soucie, casta estquamnemo regavit1, il semble parler pour tout le monde et ne fait pas d’exception. Il y a même une de ces élégies sur laquelle aucun doute n’est possible; c’est bien aux gens mariés qu’elle s’adresse, et par malheur pour la morale elle est à la fois une des plus agréables et des plus légères du recueil. C’est celle où il conseille aux maris trop sévères d’être plus confiants en leurs femmes et de ne pas multiplier les précautions inutiles. On comprend qu’il dise : « Vous avez beau garder tout le reste, vous n’êtes pas maître de son âme. Quand tous les verrous sont bien fermés, l’amant est dans le cœur2.» Ou encore : « Nous souhaitons surtout ce qu’on tient à nous refuser. Le soin qu’on met à se garder attire les voleurs. Peu de gens aiment les plaisirs faciles. Il y a des femmes qui plaisent moins par leur beauté que par l’amour de leur mari. On leur suppose je ne sais quel charme en le voyant si épris. » Mais ce qui suit est, en vérité, fort surprenant: «Une sait pas vivre, celui qui se fâche parce que sa femme a des amants ; il ne connaît pas les mœurs de Rome. Si tu es sage, ferme les yeux, calme ton visage irrité, oublie les droits sévères du mari. Cultive les amis que tu dois à ta femme, elle ne t’en lais-