Id., III
l’opposition sous les césars.
sera pas manquer. Tu te feras ainsi beaucoup d’obligés sans le donner aucun mal ; ainsi tu auras ta place marquée à toutes les fêtes de la jeunesse, et tu verras ta maison pleine de présents qui ne te coûteront rien. » Plaisanteries imprudentes et qu’il paya bien cher !
L'Art d'aimer , que le poète écrivit ensuite et qui fut l’une des causes de son exil, ne donne pas lieu aux mêmes incertitudes que les Amours. Cette fois au moins Ovide a grand soin de nous dire pour qui le livre est fait. «Éloignez-vous d’ici, vous qui portez des bandelettes légères, insigne de la pudeur, et qu’une longue robe couvre jusqu’aux pieds. Je chante les amours sans scandale et les plaisirs permis l. » Il s’adresse donc à ces femmes de mœurs légères, pour la plupart affranchies, et qui étaient alors si nombreuses et si importantes. Rome les a de tout temps beaucoup attirées. Plaute disait déjà, à l’époque des guerres puniques : « Il y a plus de courtisanes ici que de mouches quand il fait très chaud. » C’était bien pis du temps d’Auguste, surtout à la suite de ces grandes fêtes qui attiraient tant, de curieux, lorsque, suivant l’expression d’Ovide, la ville et le monde se confondaient, orbis in urbe fuit 2. Ces femmes, si l’on en croit le poète, étaient très artificieuses et fort habiles. Leur éducation avait été poussée très loin. On ne leur apprenait pas seulement à connaître les deux langues qui se partageaient l’univers, le grec et le latin, à danser et à chanter, mais aussi à parler avec mignardise, à marcher avec grâce, à rire et à pleurer : c’étaient des talents qu’elles savaient exercer fort à propos. Elle-' avaient tous les défauts qui leur sont
i. Ars am., I, 13,