‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 70 sur 206 · Id., III · texte numérisé non relu

Id., III

120 l’opposition sous les césars.

riches et savantes coiffures qui se vendent auprès du temple d’Hercule Musagète (il y avait alors à Rome un marché aux cheveux1), pour attirer les yeux sur soi et éclipser ses rivales, quand on prend l’air le soir auforum ou sous 1er. portiques d’Octavie et de Pompée, quand on se rend avec Rome entière à la fête de Diane, au bord du lac de Némi, sur un char que l’on conduit soi-même, ou quand au mois d’août on va se promener en joyeuse compagnie sur la plage de Raies, ce rendez-vous de tous les vices, comme disait Sénèque.

Voilà pour quelles femmes le poème d’Ovide est écrit. Quant aux hommes, ce sont les jeunes élégants de Rome, ceux surtout qui aiment beaucoup le plaisir sans avoir tout à fait les moyens de le payer. « Je chante pour les pauvres, dit le poète, j’étais pauvre moi-même quand j’étais amoureux 2. » Les riches ont des moyens sûrs de plaire. L’art d’aimer est pour eux très simple, ils n’ont besoin d’apprendre que l’art de n’être pas trompé, qui n’est pas le plus facile. Les autres doivent remplacer la richesse qui leur manque par l’habileté. Ovide leur fournit de merveilleux artifices. S’ils ne peuvent rien apporter, ils ne doivent pas moins promettre. « Les promesses ne coûtent rien, et le plus pauvre peut en être riche. Laisse croire que tu es toujours sur le point de donner ce que tu ne donneras jamais. C’est ainsi que le possesseur d’un champ stérile se laisse toujours tromper par l’espérance de la moisson prochaine ; c’est ainsi que, dans la pensée de se rattraper, le joueur continue à perdre : l’espoir flatteur de la fortune ramène au jeu ses mains avides. La grande af-

Page 1