Iil. , II
l’exil d’ovidë.
faire, c’est de réussir une fois sans rien débourser; pour ne pas perdre le fruit des premières faveurs, on t’en accordera de nouvelles *. » Ce qui remplace avec le plus d’avantage les riches présents, c’est la complaisance ; mais il la faut à toute épreuve. Ovide demande des prodiges de patience et d’humilité. On doit céder à toutes les exigences de la femme qu’on aime, obéir à ses ordres, défendre ses opinions, rire dès qu’elle sourit, pleurer lorsqu’elle pleure, perdre quand on joue avec elle, approcher une chaise dès qu’elle veut s’asseoir, « ôter la chaussure de son pied délicat ou la remettre », et même, quand elle est à sa toilette, tenir son miroir1 2. Si ce métier vous répugne, n’oubliez pas, pour vous donner du cœur, qu’Hercule l’a fait avant vous. Ce n’est rien encore, et le poète demande davantage. Après avoir supporté ses fantaisies, il faut fermer les yeux sur ses infidélités. On doit savoir souffrir un rival. Le sacrifice est grand, Ovide prévoit qu’il coûtera beaucoup, et il avoue même que pour sa part il n’a jamais pu s’y résigner. C’est une imperfection dont il s’accuse humblement, et il espère bien en guérir ses élèves 3. Les maris ont, à la rigueur, le droit de se fâcher; mais, dans le monde où il se place, quand le caprice forme seul les liaisons, ces colères sont ridicules, et Ovide profite de l’occasion pour rappeler de nouveau que les préceptes qu’il donne ne sont pas destinés aux gens mariés. « Je l’atteste une fois encore, il ne s’agit ici que des plaisirs qu’autorise la loi. Ma muse légère se garde bien de plaisanter avec les honnêtes femmes4. »