‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 73 sur 206 · Ici , II · texte numérisé non relu

Ici , II

l’opposition sous les césars.

courir à la vertu. Quand il essayait de se défendre en rappelant pour qui les Amours et surtout VArt d'aimer étaient écrits, ils ne manquaient pas de bonnes raisons à lui opposer. Était-il sûr que ses livres ne se fussent jamais trompés d’adresse ? Lui, qui a si finement décrit l’attrait du fruit défendu, ignorait-il le plaisir que nous éprouvons à savoir les choses qu’on ne veut pas nous apprendre? Écrire en tête d’un ouvrage: «Éloignezvous d’ici, vous qui portez des bandelettes légères, insigne de la pudeur », n’est-ce pas donner à quelques-unes d’entre elles le désir de s’approcher ? Et si elles cèdent à la tentation, si dans l’ombre et à la dérobée elles parcourent ces vers charmants qui ne sont pas faits pour elles, n’y trouveront-elles pas des leçons dont elles pourront profiter ? La manière de tromper un mari ressemble beaucoup à celle de tromper un amant, et quand, grâce à l’habileté du professeur, on est devenu savant dans cet art dangereux, il est difficile qu’on résiste au désir de le pratiquer. Ovide savait bien qu’il serait lu de tout le monde, « que la jeune fille qui regarde en rougissant la figure de celui qu’elle aime, que le jeune homme dont le cœur est ému d’un sentiment qu’il ne connaît pas, reconnaîtraient en le lisant les émotions dont ils étaient agités 1 », et il n’en paraissait pas fâché qnand il était sincère. Il savait que les tableaux passionnés dont ses vers étaient pleins troubleraient l’âme de beaucoup de ses lecteurs : « Notre amour, disait-il à Corinne, a fait naître beaucoup d’amours 2 ». Ses ennemis ne prétendaient pas autre chose. Ils n’avaient donc pas tout à fait tort de trouver ses ouvrages

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