‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 75 sur 206 · Fast., VI · texte numérisé non relu

Fast., VI

l’exil d’ovide.

« Comme je ne pariais plus que d’orages, de foudres lancées par Jupiter pour défendre le ciel, ma maîtresse me mit à la porte; moi je renvoyai au plus vite Jupiter et sa foudre 1 ». Quand le règne de Corinne fut passé, il revint naturellement à ces poèmes mythologiques, pour lesquels il s’était senti toujours un goût décidé. Cependant sa conversion fut moins complète qu’il ne le croyait: en changeant de sujets, il ne changea pas de méthode, et même est-il vrai de dire qu’il ail changé de sujets? Lorsqu’il prenait si tristement congé de Vénus au quatrième livre des Fastes et lui demandait pardon de la quitter, Vénus aurait pu le rassurer : il ne cessait pas de lui être fidèle. Quoiqu’il entreprenne, ses anciennes habitudes le dominent, il est toujours « le chantre des amours légers 2 ». S’il nous introduit dans l’Olympe, ce n’est que pour nous en raconter les histoires scandaleuses. Les efforts qu’il fait pour devenir plus grave lui réussissent médiocrement, et il ressemble à ce bon Sylvain, un dieu très galant, dont il nous dit qu’il était toujours un peu plus jeune que son âge 3.

En même temps qu’il essayait d’écrire des ouvrages plus importants, il réglait sa vie d’une autre manière. Ce n’est pas qu’il fût devenu plus ambitieux: il se connaissait assez pour ne pas souhaiter une position politique ; mais, à mesure qu’il était forcé de renoncer au plaisir, il prenait plus de goût pour la considération. Dans sa jeunesse, il avait surtout vécu avec les poètes et les gens de lettres ; en vieillissant, il se rapproche des grands per-

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