‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 77 sur 206 · Trist., III · texte numérisé non relu

Trist., III

l’exil d’ovide.

attribué le rôle de protecteur de la littérature de son temps ; il convenait à sa politique de s’attacher tous ceux qui pouvaient agir sur l’opinion. A ce titre, il était naturel qu’il souhaitât d’attirer à lui le poète dont Rome entière chantait les vers. Cependant il ne paraît pas qu’il l’ait jamais approché de sa personne. Si Ovide avait été de quelque façon distingué par Auguste, il n’aurait pas manqué de le dire, et il n’en a parlé nulle part. Cette sorte d’éloignement systématique d’un prince ami des lettres pour un si grand poète paraît difficile à expliquer: il faut pourtant en chercher les raisons.

Remarquons d’abord que si les rapports ne devinrent jamais très étroits entre le poète et le prince, ce ne fut pas la faute du poète. Il a fait toutes les avances et n’a rien négligé pour attirer sur lui la faveur impériale. On doit cependant reconnaître que ses premiers ouvrages sont plus réservés et contiennent moins de flatteries que les autres. C’est à peine s’il est question d’Auguste deux ou trois fois dans les Amours ; il était à l’âge où l’on cherche plus à plaire à Corinne qu’à l’empereur. On y trouve même un trait d’audace qu’on n’a pas relevé et qui paraît fort surprenant chez un homme aussi timide. Il y parle de Gallus, une victime d’Auguste. C’était déjà une témérité de prononcer ce nom désagréable à l’empereur et qu’il avait fait effacer des Géorgiques. Il va plus loin, il ose insinuer que Gallus n’était pas coupable et qu’il a été faussement accusé i. Quand on connaît Ovide, on est confondu de tant de courage; mais cette indépendance ne se maintint pas. Le ton change à partir de l’Art d’aimer ; dès lors on aperçoit chez lui l’intention de devenir le poète officiel de l’empire. C’était le moment

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où le jeune Caius, le fils d’Agrippaet de Julie, qu’AugusIe avait adopté, partait pour cette expédition d’Orient d’où il ne devait pas revenir. Le poète lui prédit toute sorte de succès et un retour triomphant. Il demande dévotement à Mars, père des Romains, et à César, père du jeune prince, de lui accorder leur divine protection, « car des deux, l’un est déjà dieu, l’autre le sera plus tard 1 » . C’est ainsi qu’il préludait aux flatteries énormes des Métamorphoses zi des Fastes.

Il faut bien dire un mot de ces flatteries qui déplaisent tant quand on lit les derniers ouvrages d’Ovide. La seule excuse qu’on puisse alléguer pour les défendre, c’est qu’il n’a fait que suivre l’exemple des autres. Tous les écrivains de son temps parlent comme lui. Certes on comprend qu’ils aient été très frappés des événements qui se passaient sous leurs yeux, de ce maintien vigoureux de la paix publique, de ce soin vigilant de faire respecter l’empire sur toutes ses frontières, des hommages rendus à sa puissance par des peuples barbares et inconnus. C’était après tout une grande époque, et les esprits justes et généreux, qui ne mettent pas leur gloire à paraître toujours mécontents et « à s’attrister du bonheur public», pouvaient trouver beaucoup d’éloges à faire ; mais pourquoi donc ces éloges ont-ils toujours un air servile2? d’où viennent ces exagérations qui donnent à la vérité même l’apparence du mensonge? et comment se fait-il qu’Auguste n’ait pas été autrement loué que Néron ou Domitien? Quelques personnes voudraient bien en faire retomber toute la faute sur Auguste lui-

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