‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 78 sur 206 · Ars am.t I · texte numérisé non relu

Ars am.t I

2. J’excepte les beaux vers d’Horace en tête de son épître à Auguste. C’est encore ce fils d’esclave qui, dans ses flatteries, a su conserver le mieux sa dignité.

l’exil d’ovide.

même; je crois qu’en bonne justice la meilleure part en revient à son temps. Il y avait évidemment dans cette société qui nous semble si brillante un fonds de bassesse ; elle était prête pour le despotisme quand il a paru. Ce qui le prouve, c’est qu’elle l’a bien accueilli et qu’elle s’y est faite avec une étrange rapidité. Quelques mois après Philippes, quand les soldats d’Octave pillaient l’Italie, Virgile, qui avait reçu de lui quelques faveurs, s’écriait : « Oui, c’est un dieu, et le sang d'un agneau coulera souvent sur ses autels! » Voilà une apothéose bien prématurée au lendemain des proscriptions. On peut donc soutenir que l’empire était fait dans les esprits avant Auguste. Dès les premiers temps, on a mis autant d’empressement à lui donner le pouvoir qu’il avait de désir de le prendre. Dans la suite, le sénat lui a toujours offert plus de dignités qu’il n’en a voulu accepter, et une fois le peuple s’est révolté pour le forcer à être dictateur. Il faut laisser à chacun la part de responsabilité qui lui revient; ce n’est pas l’empire qui a fait alors la société, c’est plutôt la société qui a fait l’empire. Loin d’être l’unique auteur de cet affaiblissement des caractères, Auguste a fini par s’en effrayer. Il est arrivé que cette lâcheté générale, cet oubli de sa dignité, cet abandon de soi-même, qui rendaient son autorité plus solide, lui ont fait peur. Certes il n’aimait pas les ambitieux, mais il comprit que l’empire était perdu si tout le monde fuyait les emplois publics, et il prit des mesures pour empêcher cette désertion. Sans doute il ne lui était pas désagréable qu’on eut le goût du plaisir : le pouvoir absolu y trouve toujours son compte; mais il s’aperçut à la fin qu’un pays dont le plaisir est la plus importante affaire ne fournit plus de citoyens ni de soldais. Après la défaite de Varus, quand il essaya de lever

132 l’opposition soos les césars.

une armée nouvelle, personne ne voulut partir, et il fallut enrôler des vétérans et des affranchis1. Ce qui est vrai, c’est qu’Auguste n’a pas rendu à cette société l’énergie qu’elle avait perdue. Il n’avait pour la guérir que des remèdes insignifiants à lui donner. Le seul qui pouvait être efficace était de lui rendre la direction d’elle-même : c’était le seul aussi qu’il ne pouvait pas employer. Ses essais pour la réformer restèrent donc impuissants, et même, comme il la traita avec douceur, il lui fut moins utile que les méchants princes qui le suivirent. Un despotisme cruel vaut mieux quelquelois qu’un despotisme humain et modéré. La prospérité affaiblit les âmes, l’excès de la souffrance les retrempe, et l’on peut dire qu’en somme, pour rendre quelque vigueur aux caractères, Tibère et Néron ont plus fait qu’Auguste.

Ainsi Auguste n’était pas entièrement satisfait de son époque, quoiqu’il eût fort à s’en louer. C’était un premier dissentiment avec Ovide, qui ne cesse d’en faire 1 éloge. Il s’éloignait encore plus de lui par la façon dont il prétendait la guérir. Il voulait ranimer dans ce siècle corrompu le goût des vertus antiques. Il y avait peut-être quelques dangers pour son pouvoir à trop rappeler les grands souvenirs du passé ; il jugea qu’il y en aurait plus encore à les laisser perdre. Quand il parlait au sénat et au peuple, il avait toujours à la bouche les exemples des aïeux. Pour engager les gens à se marier ou à modérer leurs dépenses, il faisait lire en public le discours de Metellus sur la nécessité de propager l’espèce (de proie (lugendu ), ou celui de Rutilius sur la mesure qu il faut garder dans les bâtisses (de modo cedi~

Page 1