Trist., III
l’exil d’ovide.
se rattacher à Auguste par sa grand’mère Julie ; dans sa bizarre vanité, il voulait descendre de lui des deux côtés. Il s’indignait d’avoir pour aïeul le plébéien Agrippa, un soldat de fortune, et trouvait bien plus honorable pour sa maison que sa mère dût le jour à un inceste. Mais les rêveries d’un fou ne sont pas des preuves, et Auguste a bien assez de fautes à se reprocher sans qu’on lui en crée d’imaginaires. Du reste, quand on admettrait qu’il fût coupable, et l’on n’a aucune raison de le penser, il serait impossible d’établir quelque rapport entre cet événement et l’exil d’Ovide. Lorsque Ovide fut chassé de Rome, il y avait déjà dix ans que Julie en était éloignée, qu’elle vivait dans une prison rigoureuse et loin des regards de son père. Qui ne voit d’ailleurs que, s’il était question d’une mauvaise action d’Auguste, Ovide n’en dirait rien ou chercherait à l’atténuer? Au contraire, il la qualifie très durement; il l’appelle un crime. S’il parle de ce crime avec tant de liberté, c’est qu’il a été commis non par Auguste, mais contre lui; il s’agit d’une faute dont il a été la victime et non le héros, et qui lui a causé une profonde douleur. « Je ne veux pas rouvrir tes blessures, lui dit le poète ; c’est bien assez du mal qu’elles t’ont fait une fois l. »
Ces mots nous mettent sur la voie de la vérité : la douleur qu’Auguste a le plus profondément ressentie, parce qu’elle blessait en lui le souverain et le père, tous les historiens le disent, c’est la conduite coupable des princesses de sa famille. Il est donc probable qu’Ovide fait allusion à quelque aventure de ce genre, et que cette blessure qu’il ne veut pas rouvrir dans l’âme de l’empereur, c’est le souvenir du déshonneur de sa maison. A