‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 82 sur 206 · Trisl., II · texte numérisé non relu

Trisl., II

140 L’OPPOSITION SOUS LES CÈSARr

la vérité, il ne peut pas s’agir ici des désordres de la première Julie, depuis dix ans éloignée de Rome; mais ce scandale n’est pas le seul qui se soit produit dans le palais du réformateur des mœurs publiques. Malgré l’exemple terrible qu’il avait donné, les mêmes fautes se renouvelèrent, et il fallut recourir aux mêmes châtiments. Auguste eut à punir sa petite-fille, la seconde Julie, qui avait imité la conduite de sa mère. Elle fut accusée d’adultère avec un jeune homme de grande maison, Silanus, et reléguée dans une ville d’Italie où elle vécut encore vingt ans. Or l’époque où son crime fut découvert et puni est précisément celle de l’exil d’Ovide. Cette coïncidence ne nous permet-elle pas de supposer que c’est aux amours de Julie et de Silanus qu’Ovide a été mêlé, et que nous tenons la cause véritable de la colère d’Auguste contre lui ?

Ce fait une fois admis, tout s’explique. Les quelques mots échappés au poète pour sa justification deviennent clairs; ils nous laissent entrevoir de quelle façon il est entré dans cette intimité et quelle place il y a tenue ; recueillons-les avec soin pour essayer de jeter quelque jour sur cette ténébreuse histoire.

Il n’est pas difficile d’imaginer comment se nouèrent ces relations qui l’ont perdu. « Ce sont mes vers, dit-il, qui, pour mon malheur, ont fait souhaiter aux hommes et aux femmes de me connaître l. » On comprend que Silanus et Julie, dans l’ardeur d’une affection partagée, aient désiré se lier plus étroitement avec le poète des Amours et de l’Art d’aimer. Ce désir d’une petite-fille

Page 1