L’EXIL D’OVIDE
Ut
de l’empereur était un ordre. Ovide obéit volontiers et se félicita sans doute d’une liaison qui le rapprochait du maître ; mais comment ne prévit-il pas les dangers qu’elle pouvaitentrainer pour lui? Comment l’exil de la première Julie, la mort d’Antoine, tous ces terribles souvenirs qu’on ne pouvait pas oublier, ne lui ont-ils pas appris à se tenir sur ses gardes ? Il comprend lui-même que son imprudence fut étrange, et il essaye de nous l’expliquer, «c Ma première faute, dit-il, fut une erreur1 », et ce mot d’erreur revient sans cesse dans ses vers. Il veut dire sans doute qu’il se trompa d’abord sur la nature de l’affection de Julie pour Silanus, et qu’il la crut moins coupable qu’elle ne l’était. J’avoue qu’il m’est bien difficile de le croire sur parole. Comment supposer qu’un homme aussi clairvoyant dans ces sortes d’intrigues, qui en avait écrit la théorie et qui en connaissait la pratique, se soit laissé abuser par des personnes qui, le sachant peu sévère, n’avaient pas de raison de se cacher devant lui? C’est en vain que pour nous convaincre il accuse sa simplicité et répète plusieurs fois qu’il n’était qu’un sot2: il y a des gens qui ne parviendront jamais à se faire passer pour naïfs. En supposant même qu’il se soit trompé à l’origine, son erreur ne pouvait pas être bien longue. Quand elle a cessé, quand il a reconnu à quelles relations il était mêlé, quelle conduite s’est-il décidé à tenir?