Trist., I
l’exil d’ovide.
révèle tout d’un coup au moment où Ovide quitte Rome. Elle éclate alors avec une vivacité très surprenante. A l’entendre, c’est sa femme qu’il regrette le plus en s’éloignant. «Absente, je crois te parler; ton nom est le seul que ma voix appelle ; aucun jour, aucune nuit ne se passe sans que je songe à toi L » Le voilà décidément devenu le modèle des époux. Ce changement est bien brusque, rien ne l’avait fait pressentir; cependant beaucoup de critiques l’ont cru sincère. 11 y en a même qui se sont attendris d’une façon très touchante sur cette affection si cruellement brisée. J’avoue que je suis moins disposé qu’eux à m’émouvoir ; je trouve que cette passion subite n’a jamais un air bien naturel. Les éloges qu’Ovide donne à sa femme ne sont pas désintéressés. S’il lui promet libéralement l’immortalité, comme il l’avait déjà promise à Corinne, c’est à la condition qu’elle fera tous ses efforts pour le tirer de Tomi. Aussi finit-on par soupçonner que tous ces grands sentiments s’adressent plutôt à une personne influente qu’à une femme tendrement aimée. Lorsqu’il lui parle, il ne paraît pas douter de son dévouement ; il en est moins certain quand il écrit aux autres : « Assurément, dit-il à Rufus, ma femme est bien disposée pour moi par elle-même ; mais quand vous la conseillez, elle se conduit encore mieux1 2. » Voilà, il faut le reconnaître, une confiance assez tempérée. Il en vint même, quand il vit qu’elle ne réussissait pas à le sauver, à ne plus lui cacher sa mauvaise humeur : « Tu veux que je te dise ce que tu dois faire ; ne le demande qu’à toi-même, tu trouveras facilement la réponse, si tu veux la trouver. Je t’ai louée bien souvent dans mes