‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 93 sur 206 · Pont., II · texte numérisé non relu

Pont., II

l’opposition sous les césars.

vers ; peut-être se demandera-t-on plus tard si tu mérites ces éloges. Prends garde que l’envie n’ait le droit de répondre : cette femme n’a rien voulu faire pour le salut de son mari L» Je sais que le malheur rend injuste, cependant l’amertume et la persistance de ces plaintes laissent croire qu’elles pourraient bien être fondées. On n’apprenait pas le dévouement auprès de Livie, et il est bien possible qu’instruite à cette école la femme d’Ovide ait plus songé à ménager son influence qu’à défendre son mari.

Toutes ces supplications d’Ovide à sa femme et à ses puissants amis ne sont rien, on le comprend, auprès de celles qu’il adresse à Auguste. Il le flattait déjà avec bassesse avant sa disgrâce, il ne garda plus aucune pudeur quand il fut malheureux. Ce n’est pas assez de le mettre au-dessus des héros de l’antiquité; il lui sacrifie sans scrupule tous les dieux de l’Olympe. S’il le compare à Jupiter, c’est pour ajouter aussitôt que l’un est un dieu imaginaire, tandis que l’autre est un dieu visible 2. Le jour où son ami Cotta lui envoie les images de l’empereur et de sa famille est un jour de fête pour cette pauvre maison de Tomi. Le poète ne se lasse pas de les contempler. Il leur construit une chapelle ; il leur fait dévotement sa prière. «Ma tête tombera de mes épaules, dit-il, mes yeux sortiront de leurs orbites, avant que je souffre, ô divinités chéries, que vous me soyez arrachées. Vous êtes le port et l’autel de mon infortune. Si le Gète vient pour me tuer, il vous trouvera pressées sur ma poitrine3. » C’est le délire de l’adulation. Il a pourtant des flatteries plus savantes encore et plus raffinées. Croi-

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