‹ L'Opposition sous les CésarsChapitre 94 sur 206 · Pont., II · texte numérisé non relu

Pont., II

l’exil d’ovide.

rait-on que les vertus d’Auguste qu’il célèbre le plus volontiers sont précisément sa clémence et sa bonté? Tous les malheurs qui le frappent ne l’empêchent pas de dire « qu’il n’y a rien dans l’univers de plus doux que César 1 ». Jamais il ne s’est plaint à lui d’avoir été trop rigoureusement traité. Au lieu de lui reprocher son exil, il le remercie de lui avoir laissé la vie. « Je craignais tout, lui dit-il, parce que j’avais tout mérité ; mais ta colère a été moins grande que ma faute 2. » C’est tout à fait ainsi que, dans les monarchies de l’Orient, il est dans l’étiquette que la victime commence par demander pardon au bourreau.

Quelque indulgence que nous ayons pour un si grand malheur, ces flatteries nous répugnent. On les lui reprochait déjà de son temps, et il répondait avec une franchise qui nous désarme : « Dites, si vous le voulez, que j’ai les sentiments d’une femme; je reconnais que mon âme est faible dans l’infortune3 ». C’est sur la nature qu’il en rejette la faute : « J’étais hé pour le repos et les loisirs, j’avais horreur des affaires sérieuses, je ne connaissais pas la peine ». Peut-être aurait-il été plus juste de s’en prendre à la façon dont il avait vécu jusque-là. La vie du monde a quelque chose d’amollissant; elle peut ajouter à la valeur d’un homme médiocre, mais un homme distingué y perd son temps et sa force. Ce frottement de tous les jours, qui donne aux caractères le brillant et le poli, leur ôte une partie de leur vigueur. Il en est des âmes comme des corps : l’aisance du maintien et la grâce des attitudes ne s’obtiennent qu’aux dépens de la fermeté, et d’ordinaire on ne s’assouplit qu’en s’énervant.

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