Pont., I
15f) l’opposition sous les césars.
Le vieux Varron, qui n’était qu’un paysan et qu’un mal appris, supporta courageusement la mauvaise fortune : « En quelque lieu que vous soyez, disait-il à ceux que l’exil effrayait, la nature n’est-elle pas partout la même?» Au contraire, Cicéron, Ovide et Sénèque, des gens d’esprit, habitués à fréquenter les sociétés élégantes, quand il leur a fallu quitter Rome, ont passé leur temps à gémir. C’est que la vie mondaine crée, en dehors des besoins véritables, une foule de besoins imaginaires, et il arrive de ceux-làcomme des affections déraisonnables, ils s’emparent du cœur plus fortement que les autres, et l’on ne peut plus supporter d’en être privé. C’est le monde et ses plaisirs qu’Ovide a le plus vivement regrettés. Sa pensée ne quitte jamais ces réunions distinguées dont il était l’âme ; il songe à ces lectures publiques où ses vers étaient accueillis avec tant d’applaudissements ; des rivages du Pont-Euxin, il croit voir « ces temples, ces théâtres de marbre, ces portiques, ces gazons du Champ de“ Mars et ces beaux jardins publics où se promène la jeunesse 1 ». Quand revient l’époque de quelque fête, il en suit de loin tous les incidents; on dirait vraiment qu’il y assiste. « Maintenant on monte à cheval ; voici l’heure où l’on s’escrime dans des combats pacifiques. On lance la balle ou le disque. Le théâtre s’ouvre, et chacun applaudit avec passion les acteurs qu’il préfère. » Lorsqu’il envoie à Rome un de ses livres, il part avec lui, et son imagination l’accompagne. Qu’il est heureux de revoir encore une fois ces lieux qu’il ne peut oublier! Voilà le Forum, la Voie sacrée, le temple de Vesta ; cette porte ornée d’une couronne de chêne, Ovide la reconnaît bien, c’est celle du Palatin. 11 y pénètre ou