Pont., I
l’exil d’ovide.
plutôt il s’y glisse, il s’v traîne en suppliant, pour désarmer « la divinité terrible dont il n’a que trop senti la puissance 1 ». Au retour de ces voyages imaginaires où il avait entrevu pour un moment toutes les élégances de la vie et tout l’éclat de la civilisation, on comprend combien cette pauvre ville de Scythie lui semblait déserte et misérable. C’est alors que son courage l’abandonnait et qu’il disait avec désespoir : « Je n’ai plus de cœur qu’à pleurer 2. »
Ovide passa huit ans entiers à Tomi. Il eut le temps d’apprendre la langue du pays, et, comme il était un poète incorrigible, il finit par faire des vers sarmates. Les habitants, tout barbares qu’ils étaient, furent flattés d’avoir conquis un si grand écrivain, et ils le comblèrent de distinctions. Le sénat et le peuple de Tomi 3 lui accordèrent l’immunité de toutes les charges; les villes voisines suivirent cet exemple 4. On lui décerna même une couronne de laurier, et il nous dit qu’il ne l’accepta qu’à regret. C’est qu’il songeait sans doute à d’autres triomphes plus retentissants dont il était privé. Les années s’écoulaient sans que rien pût guérir ce cœur blessé; jusqu’à la fin il eut les yeux fixés sur la ville « qui des sept collines regarde à ses pieds l’univers soumis 5 ». Il ne se résigna jamais à ne pas la revoir. Les mécomptes qu’il avait subis ne l’empêchaient pas d’espérer. Il prétend qu’au dernier moment son ami Fabius Maximus avait réussi à fléchir Auguste; mais Fabius,