Trist., I
158 l’opposition sous les césaks.
victime d’une intrigue de cour, fut obligé de st tuer, et Auguste ne lui survécut que peu de temps. Ovide s’empressa d’élever un temple au dieu qui venait de mourir, et de chanter ses louanges dans un poème gèle ; puis, après s’être mis en règle avec l’empereur défunt, il se tourna vers l’empereur nouveau et recommença ses supplications. Il connaissait pourtant Tibère, et il devait savoir ce qu’on pouvait espérer de sa clémence. Aussi trouve-t-on parfois dans ses derniers vers un accent de sombre résignation qui ne lui est pas ordinaire. « Pardonnez-moi, mes amis, si j’ai trop compté sur vous ; c’est une faute dont je veux enfin me corriger... Je suis venu dans le pays des Gètes, il faut que j’y meure, et que mon destin s’achève comme il a commencé. Que ceux-là s’attachent à l’espérance qui n’ont pas toujours été trompés par elle. Quand l’espoir n’est plus permis, le mieux est de savoir désespérer à propos et de se croire une fois pour toutes irrévocablement perdu. Il y a des blessures qui s’enveniment par la peine qu’on prend pour les guérir ; il valait mieux n’y pas toucher. On souffre moins à périr englouti tout d’un coup dans les flots qu’à les fatiguer d’un bras impuissant K » Mais ce ne sont que des éclairs; au fond du cœur, il s’obstinait à espérer, et après quelques moments de découragement il se remettait à flatter et à prier, comme si l’âme cruelle et dédaigneuse de Tibère pouvait être sensible à la prière et aux flatteries. Il était occupé à revoir son poème des Fastes pour y introduire quelques allusions au nouveau règne et quelques éloges de plus de l’ancien quand la mort le surprit à cinquante-neuf ans.
L’exil d’Ovide et les incidents qui s’y rattachent