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vaincre ceux que leur tempérament, leurs idées, leur nature morale rendent réfraclaires à la tendance initiale d'une de ces deux grandes doctrines. Car si Schopenhauer nous prouve en une série d'éblouissantes analyses et d'éloquentes descriptions didactiques que la volonté est l'essence du monde, nous ne trouverons certes aucun argument probant qui puisse réfuter son système, et lui prouver qu'il se trompe. Mais s'il poursuit sa démonstration jusqu'à vouloir établir une identité absolue entre vouloir et souffrir, s'il Acut nous convaincre que tout n'est que douleur et déception en ce monde, comment parviendra-t-il à nous convaincre, si notre être tout entier aspirant au Bonheur, au Triomphe et à la Joie, affirme en avoir éprouvé, bien des fois, les effets, l'ivresse et la volupté, l'exaltation et le charme, à nul autre pareils. Si notre Ame refuse de croire que la Vie est un Mal, si elle refuse d'en abdiquer l'illusion, si elle juge le pessimisme une doctrine aussi incomplète et aussi inadmissible que l'optimisme intransigeant de Leibniz, de Read ou de Cousin, malgré tout le génie de Schopenhauer, malgré la part terrifiante de vérité que contient sa doctrine, le pessimisme n'aura point de prises sur ses tendances et ses convictions intimes.
On a accoutumé, de nos jours, à railler assez niaisement la classique division des facultés de
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rallie en trois j^roupcs iielleinenl dillorcnciés : la scnsibililt', rinlelligencc et la volonté.
Or. en bonne foi et en toute sincérité philosophi(jue. aucune classification ne s'adapte mieux à la vérité même, aucune ne correspond, d'une façon plus précise et plus sagrace, aux modes divers de notre vie présente, telle que l'ont élaborée les formes innées de notre orjïanisation psychique et les réactions qu'exerce sur elle l'incompréhensible Univers, même en admettant que celui-ci ne soit pas autre chose que la manifestation dune Force psychique et toute immanente... Oui, on peut sentir, comprendre ou vouloir la vie. Le monde peut être conçu, senti ou voulu par la créature périssable qui en contemple quelques instants les mirages changeants. Le cycle des sensations, des pensées et des sentiments humain s est parcouru tout entier. La totalité des réactions du Moi frémissant malgré lui aux orages multiples des sens, de l'Ame et de l'Esprit, s'exprime dans l'histoire des trois sciences fondamentales auxfiuelles aboutissent les trois tendances initiales que certains ouvrages de vulgarisation scientifiques >Dnt quelque peu discréditées, en isolant chacune de ces facultés avec un formalisme superficiel et stupide, tandis que dans la réalité concrète elles se complètent et se relient en une svnthèse vivante. La sensibilité, la raison et le
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sens moral fonneiitrunitc vivante (le ri 11(1 ividii. i^'Eslli(''li(|ne est la science qui correspond à la sensibilik', (|ui la reflète en son essence intime et ses inspirations les plus hautes, celle de l'instinct cix^ateur ; de même ([ue, par une harmonie analogue, la Métaphysique est la science rationnelle par excellence, puis(iue la Raison trouveen elle la satisfaction de ce besoin ardent d'unité universelle qui la tourmente et que les sciences fragmentaires ne peuvent lui donner; de même, enfin, que la Morale ou rEthi([ue exprime ce (lu'il y a de plus noble, et de plus profond dans la volonté humaine, tendant toujours à un but nouveau. Voilà une belle décou verte, nous dirat-on peut-être, et que l'on peut s'oft'rir à prix réduit, en ouvrant n'importe (luel manuel de philosophie scolaire. Mais il ne s'agit point ici d'une découverte quelconque. S'il est beau de formuler une méthode nouvelle ou une vérité Inconnue, il est parfois utile de rappeler certaines vérités, très anciennes déjà mais qu'on oublie un peu trop souvent, sous prétexte d'innovation et de modernisme. La bonne vieille division des sciences philosophi(iues en trois groupes distincts est du nombre de ces vérités bienfaisantes injustement dédaignées et une étude rapide, mais attentive des conclusions, qui s'imposent à Schopenhauer dans les régions de la métaphysique pure aussi bien que
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dans celles de l'esthélique et de la morale, nous fournira quelques arguments décisifs à l'appui de la thèse que nous voudrions développer nous-mêmes et qui présentera peut-être le système du grand philosophe sous un jour nouveau.