‹ L'Optimisme de SchopenhauerChapitre 9 sur 74 · NKGATION 1;T AFFIRMATION DE LA VIF · texte numérisé non relu

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grandeur et la pérennité même de la philosophie résidant, selon nous, dans le caractère problématicfue que revotent ses investigations ambitieuses et grandioses, si reposantes et si belles parmi l'âpre précision de la Science et la mesquinerie affligeante du Déterminisme.

Aussi, quand Schopeiihauer identifie le Vouloir vivre, source de l'être, avec la souff'rance, c'est-ù-diie : quand il prononce un verdict d'ordre moral sur l'essence de l'être, sur ce monde de l'invisible, inaccessible au jugement humain, on peut dire que, sans dépasser les droits qu'assigne à chacun de nous la faculté bienfaisante de la rêverie métaphysique, il pénètre pourtant autant que ses prédécesseurs dans ces régions de l'arbitraire et de l'irréel dont les beautés nuageuses, sublimes et pathétiques échappent à toute appréciation rationnelle.

Oui, vraiment, quand un philosophe nous dit que la chose en soi, que l'Univers entier, en sa réalité première, n'est que volonté et, quand il développe sa thèse, avec une puissance et une splendeur de dialectique pareille à l'éloquence qui illumine les pages immortelles du Monde comme volonté et comme représentation, il ne peut encourir aucun blâme môme de la part des partisans du dualisme, des adversaires du monisme et ses hypothèses demeurent belles et

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fécondes, dune vérité métaphysique qui vaut bien la vérité dessciences expérimentales.

Mais s'il juge la finalité que la Réalité ultime semble envelopper avec le vague et incertain critérium de la morale humaine, il prête davantage à la discussion, il la provoque même, surtout si l'ultime verdict prononcé par le philosophe est une condamnation contre laquelle la Nature et l'Instinct de l'Ame, tout ce qui nous entoure et tout ce qui palpite en nous, proteste et se révolte. Encore une fois, au métaphysicien qui nous dit: ' Voici l'explication du Monde qui me semble en résoudre les difficultés et le troublant mystère; voici le principe de l'Être et de la Pensée, la Source initiale d'où jaillit le torrent des événements et des choses, » toutes les railleries et toutes les chicanes de la critique demeurent impuissantes à détruire son œuvre fatalement incomplète, mais toujours bienfaisante et lucide. Car son système philosophique nous éclaire et nous commente l'univers, et sa Aaleur se mesure à la quantité de phénomènes qu'il explique. Là, le métaphysicien demeure dans sa sphère légitime d'action et de noble indépendance. Un exemple très caractéristique de cette vérité, volontiers confondue avec de déplaisants paradoxes, nous est fourni par la doctrine même de Schopenhauer, et il convient d'insister tout particulièrement sur cette ques-

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tion, beaucoup plus impoilanie qu'on ne le croit en général, d'autant |)lus qu'elle se confond avec l'objet même de la présente étude.

Au pbilosoi^lie qui nous enseigne que le Noumène de Kaiit. l'absolu pressenti, la cause initiale de l'Ktre n'est que Volonté, nous ne pouvons opposer aucune objection probante, pas plus qu'à Herbert Spencer ramenant la même conception d'essence primordiale du monde à la notion de la Force, Leibniz à celle d'un atomisme dynamique et spirilualiste à la fois, Ficbte à celle du Moi subjectif. Créateur et Evocateur du Cosmos. (Je choisis ici de parti pris l'exemple d'une doctrijie d'idéalisme subjectif ayant le don d'exaspérer tout i^arliculièrement les esprits vulgaires et la logique bourgeoise, mais dont les fondements métaphysiques sont très certainement aussi légitimes que ceux du matérialisme.) Le métaphysicien nous retrace une Image du Monde, il nous apporte une solution inconnue de l'Enigme éternelle, image toujours incomplète, solution toujours provisoire, mais qu'importe ! Toute explication du Monde, chaque grand système de l'Univers, c'est-à-dire chaque grande doctrine philosophique contient une part de vérité, puisqu'elle érige en principe d'intelligibilité universelle une des forces mystérieuses dont la hiérarchie nous échappe.

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On ne saurait en dire autant de la tendance innée chez tout philosophe et qui l'incite à établir un rapport d'influence réciproque et de réaction immédiate entre le Principe métaphysique du Monde et notre sensibilité éphémère de créatures bornées et fragiles, et notre capacité de soufîrance on de joie. Remarque/ d'ailleurs que le dilemme de ce rapport, singulièrement difficile à établir en termes concevables, d'une manière rationnelle et précise, ce dilemme n'est susceptible que de deux solutions auxquelles se ramènent nécessairement toutes les autres : Le pessimisme ou l'optimisme, il n'y en a point et ne saurait y en avoir d'autres. l'Lnivers peut être conçu, analysé, compris, et leconstruit de mille façons différentes. Les relations qui nous sont imposées avec l'immensité accablante du monde et la totalité de l'être, le fatalisme des Lois ne peuvent apparaître que sous deux aspects différents et antithétiques. Ou bien la vie nous semble bonne et désirable, acceptable en tout cas. ou bien nous prononçons sa condamnation, nous la jugeons mauvaise, cruelle et détestable. Elle est digne d'être vécue, ou bien son anéantissement devient la suprême sagesse, le but ultime et la délivrance unique et sans retour. Et ni l'optimisme, ni le pessimisme ne sauraient être réfutés d'une réfutation absolue de même qu'ils ne peuvent con-

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