CRITIQUES ET COMMENTATEUR
coiilars de nos feuilles publiques constituent l'unique nourri luie intellectuelle sait va^ement que la Franco contemporaine possède un jQfi'aiid piiilosophc. un métaphysicien de génie, un penseur qui est Tégal des plus célèbres Maîtres de la Pensée spéculative, l'orgueil de notre pays, la gloire la plus authentique et la plus nol)le de notre époque. Toutes les railleries, toutes les attaques de la médiocrité jalouse et inquiète ne peuvent prévaloii- contre un fait certain: jamais la philosophie n a eu en France autant de représentants éminents et d'un zèle vraiment méritoire, si l'on songe à l'accueil indifférent que notre public lettré réserve à leurs travaux, et personne n'admire plus sincèrement que l'auteur de ces lignes la haute valeur et la signification du mouvement philosophique qui se produit depuis une vingtaine dannées au pays de Descartes et de Malebranche, où les nobles traditions de la pensée spéculative semblaient naguère abandonnées pour toujours. Mais malgré l'immense talent, l originalité, l'éclat, la profondeur de métaphysiciens tels que MM. Bergson, Boutroux, Ribot, Liard. Bourdeau, Lévy- Bruhl,Durkheim, Gabriel Séailles et tant d'autres, sans parler des Maîtres illustres qui reposent aujourd'hui du suprême sommeil, Vacherot, Ravaisson, Saisset, Secrétan, Renouvier, Brochard, l'immensité de l'œuvre accomplie.
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la multiplicité de problèmes qu'il y a abordés, la puissance d'influence morale exercée sur le mouvement philosophique européen, la maî- Irise parfaite s'exerçant dans létudc de tous les ])hénomènes de vie sociale, artistique ou intellectuelle, d'un penseur tel qu'Alfred Fouillée, lui assurent sans contestation possible, une suprématie absolue dans le monde de la haute pensée philosophique, aussi bien qu'au jugement irraisonné et instinctif de la foule. Il est pour nous ce que Kantfutjadis pour l'Ai Icmaj^ne, ce qu' Herbert Spencer a été pour les peuples anglo-saxons : le représentant le plus célèbre de la tradition métaphysique de son pays et de sa race, le Maître respecté, admiré de tous, entré vivant dans l'immortalité, le penseur dont l'œuvre et la gloire ne feront que grandir, qui a créé tout une école florissante et dont le nom, illustre et populaire à la fois, domine le tumulte des factions politiques et des intérêts égoïstes. Et ce n'est que justice. Car, je le répète en toute sincérité, M- Alfred Fouillée est un homme de génie, dans toute l'acception de ce mot qu'on emploie trop souvent aujourd'hui sans rime ni raison. Il a édifié un nouveau système de l'univers, il a reconstruit le monde sur un plan nouveau, il a créé une de ces vastes synthèses métaphysiques oùl'Enigmepremière—celledes origines et des destinées — nous semble résolue
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en une intuition géniale et où l'Image mystérieuse de l'Univers, de la Totalité de l'Être, de l'Ensemble des réalités existantes ou possibles, cette j?rande Image où chacun de nous se retrouve, selon sa belle parole, luttant, souffrant, jouissant, aimant, un instant victorieux, toujours sûr d'être à la fin vaincu, où l'Image du Monde apparaît plus précise, plus vivante, plus accessible à nos faibles regards.
Par la force immanente de réalisation, dans un devenir susceptible d'être dirigé, ennobli et utilisé pour la Cause du plus noble Idéal, parla force de passer de la. puissance à l'acte qu'il attribue aux Idées, — base essentielle et point de départ de toute sa conception du monde, — M. Fouillée a voulu abolir les antiques barrières qui subsistaient encore entre la Matière et l'Esprit, entre l'Univers physique et la conscience humaine, entre la psychologie et la cosmologie, la science positive et la science de l'Ame, la Pensée et l'Action. En tous cas, même au jugement de ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, restent fidèles aux grands principes du dualisme philoso]iliique,M. Alfred Fouillée a rétabli l'harmonie si ardemment cherchée, de la vie individuelle avec la vie universelle, et par cela même l'Unité fondamentale et ultime du Monde : par la déinonstration admirable de l'élément sociologique qui réside au fond de
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l'inslinct de recherches spéculatives, celui-ci n'élant que le hesoin de l'Universel et l'Univers étant le plus vaste des j^roupcs dont nous faisons partie; il a entièrement renouvelé la méthode et le but des sciences sociales; besogne déjà esquissée par le pathétique Guyau, ce noble penseur, mort tropjeuncaiirès avoir écrit trois ou quatre livres qui resteront parmi les plus purs chefs-d'œuvre de la philosophie et des lettres françaises, métaphysicien remarquable dont M. Fouillée a parlé avec tant d'éloquence, de flamme et d'émotion sublime dans un livre qui est lui aussi un authentique chef-d'œuvre. Mais les principes de réforme métaphysique, le renouvellement de la philosophie par l'élément sociologique, ces principes posés par Guyau avec tant de sûreté et d'aulorité ne sont encore qu'ébauchés dans son u'uvre. C'est M. Fouillée qui les a développés dans une série d'œuvres immortelles se rattachant toutes à la même doctrine des idées forces, de monisme immanent, aux tendances nettement idéalistes dans leur rigueur scientifique, qui anime le labeur philosophique tout entier de cet illustre penseur. Parmi ses œuvres il faudrait tout citer, depuis la Philosophie de Plalon, ce monument d'érudition et de pensée créatrice à la fois, où revit toute la sagesse platonicienne, jusqu'au dernier volume publié par M. Fouillée. Et la