CRITIQUES ET COMMENTATEURS
tendance sociologique de l'investigation spéculative n'est elle-même qu'un des aspects sous lesquels nous apparaît la doctrine de M. Alfred Fouillée, une des solutions de l'éternel Problème dont, mieux que personne, il a compris et exprimé la complexité et la multiplicité de perspectives diverses qu'il comporte, car qui donc oseraiténumérerou mcine évaluer lesattrihuts possibles de l'Être ?
Une doctrine comme celle de Scliopenliauer, une philosophie qui exerça, une influence prépondérante et décisive sur les destinées de la pensée spéculative, et qui, malgré son originalité absolue, apparaît comme une phase nouvelle, comme une conséquence logique de la grande réforme accomplie au déclin du dix-huitième siècle par Emmanuel KanI, un système aussi grandiose, aussi ingénieux, et, il faut bien le dire, aussi déconcertant, si on l'examine au point de vue du bons sens ordinaire et de la logique bourgeoise, devait inévitablement attirer l'attention d'un historien et d'un critique des idées philosophiques Ici qu'e M. Alfred Fouillée, dont l'érudition, le savoir et la haute compréhension de toutes les doctrines contemporaines nous émerveille autant que ses dons de créateur. A plusieurs reprises, le philosophe de la Psychologie tien idéea-forcefi étudia les tendances
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elles idées du .maïul mclaphysicien du Monde comnw vdlonlc et eomme repréfienlalion. Tout dabord dans un chapitre les plus substantiels et les plus instiuclils de son Jlisloire de la Philosophie, ouvrage classique que M. Fouillée a complété récemment, .en y ajoutant une conclusion qui est un pur cliefcra'uvre d'éloquence, de synthèse géniale, de lumineuse et prophétique pénétration des destinées futures de la métaphysique. Dans la Philosophie de Platon, cette admirable monographie où revit toute la doctrine du Maître inspiré et sagace qui conduit, depuis tant de siècles, les âmes altérées de vérité absolue au Banquet éternel ; dans la partie consacrée, au cours de cette immense synthèse critique et historique, à l'influence toujours visible et vivante de la pensée platonicienne sur la philosophie moderne, M. Fouillée, en quelques pages merveilleuses de lucidité, de profondeur, de brièveté synthétique, résuma la valeur et la signification, les principes essentiels et l'importance de la métaphysique de Schopenhauer. Mais c'est surtout dans un ouvrage vraiment extraordinaire par l'éclat, la variété, l'abondance d'idées, ouvrage traduit dans toutes les langues, admiré et commenté par les philosophes professionnels du monde entier, c'est surtout dans son Essai de critique des systèmes de morale contemporains
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que M. Fouillée a trace un porlrail définitif de Schopenhauer; c'est là qu'il a étudié, avec une maîtrise, une autorité et une sagacité qui ne seront certainement dépassées par personne, les tendances initiales de cette grande doctrine. Peut-être Irllustre auteur de la Psychologie des peuples européens jie rend-il pas suffisamment justice à la valeur mélai^liysique et surtout à, la valeur purement esthétique et littéraire deSciiopenhauer comme penseur et comme écrivain, cette valeur étant absolument exceptionnelle, les études nombreuses qu'il a poursuivies à différentes époques de sa propre carrière &g critique et d'historien, demeurent toutefois ce qu'on a écrit de plus remarquable, de plus profond et de plus complet en langue française sur ce sujet; et dans cet ordre d'idées, comme dans toutes les régions possibles d'érudition philosophique et de spéculation supérieure, c'est dans les ouvrages de M. Alfred Fouillée que le lecteur français devra chercher des données exactes et des renseignements dignes de foi.
Nous rendons justice, on a pu s en convaincre, aux efforts et au talent déployés par les commentateurs français de Schopenhauer, il est profondément regrettable néanmoins de ne pouvoir signaler, au cours d'une étude sur le l'auteur du Monde comme volonlé et comme représentation les traductions d'études similaires
ayaiil paru on Allemagne. Elles permettraient au public capable de s'intéresser encore aux problèmes de haute spéculation, de s'assimiler entièrement la pensée de Schopenhauer, de pénétrer certaines subtilités qui ont échappé à l'investigation des plus autorisés parmi les crilicpics français. En tous cas, les ouvrages ludcsques de valeur supérieure inspirés par cette grande philosophie compléteraient la notion que nous nous en sommes formée. Parmi ceux dont la traduction immédiate s'impose pour le renom scientifique de notre cher pays, il faut citer tout d'abord trois monographies magistrales, intéressantes chacune à des titres divers, celle de Paulsen, celle de Volkelt, et le volume de la collection des grands philosophes modernes qui établit jadis l'immense notoriété de M. Kuno Fischer, où celui-ci étudie l'œuvre et la biographie de Schopenhauer avec une minutie, un souci des moindres détails caractéristiques, une conscience scicntilique presque exagérée, mais aussi avec une autorité, une force de déduction et une érudition incomparables.
Oserai-je avouer, malgré toute mon estime pour le célèbre professeur qui a si noblement parlé de nôtre grand Descartes, malgré les très belles pages que contient son étude sur Schopenliauer, — quelques-unes sont même de toute
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l)eaulc, — oscrai-jc dire bien nettement que je place tout à fait au même rang que cette bioi-aaphie critique (on la cite pourtant d'habitude avant toutes les autres), les admirables éludes (le deux autres philosophes allemands contemporains, l'un et l'autre très connus dans leur Iiays natal, i)resriue igrnorés en France. Le livre de M. Volkelt, professeur à Leipzig-, est d'une beauté d'analyse sans égale. Il est superbe de clarté, de relief, de ressemblance.de pittoresque et les longueurs, les dissertations savantes, mais fatigantes pour le public, qui alourdissent l'ouvrage classique de Kuno Fischer, y sont totalement absentes, ce qui est rare dans un ouvrage alleuiand. C'est là un travail absolument remarquable, profond, intéressant et de facture ingénieuse, de composition sobre et habile, de lecture facile, exécuté par un métaphysicien professionnel, aussi compétent que les pédants insupportables qui pullulent au pays de Kant et de Fichte, de Schelling et de Schopenhauer, mais qui se distingue avantageusement de ses confrères par une vivacité, une clarté et un talent d'écriN ain presque comparable au talent du philosophe dont il nous expose l'histoire et la doctrine, avec tant de verve, de méthode et de sobre éloquence. J'en dirais autant de l'étude de Paulsen, et puisque loccasion m'est offerte de citer le nom du
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célèbre philosophe, comment ne pas dire que MOUS devrions posséder aussi depuis lon{?temps une liaduction de son admirable Introduction à la philosophie. Ccsi un des chels-d'œuvre de la pensée spéculative moderne, un des grands livres philosophiques de ce temps-ci; de même que l'auteur est, sans aucun doute, un des plus éminents métaphysiciens de l'époque. C'est un très grand esprit et un écrivain de valeur hois ligne, penseur de tout premier ordre, de telle envergure que rAllemagne, cette pairie de la haute spéculation, n'en possède pas en ce moment de plus robustes, de plus ingénieux ni de plus puissants. Encore une fois sa fameuse Einleitung in die Philosophie est un chef-d'œuvre authentique, il faut absolument le faire connaître en France. Et combien d'autres études allemandes parmi toute la littérature que suscita le génie de Schopenhaucr, combien de biographies, de critiques, d'essais ou autres travaux analogues mérite raientégalementd'etre traduits et connus. Le public lettré trouverait autant de profit que d'intérêt dans la lecture d'études analytiques remarquables telles que celles de Mebuis Uber Schopenhauer ou Richard Bottgen {Der Grnndproblem der Schopenhauerchen Philosophie), même dans la lecture de biographies impeccables telles que Histoire de la vie de Schopenhauer par Grisebach, sans parler des souve-