I.A SOLUTION nu GRAND PROBI.EMK
la paix, lui seul ne vous trahira pas... Mais ceci est vraiment un des faits les plus significatifs ot les plus importants de l'histoire intellectuelle (le l'humanité. Vu moment même où Schopenhaner est parvenu à la conclusion logique de sa doctrine, conclusion nullement arbitraire, savamment déduite, irréfutable et s'appuyant sur I efl'royable réalité de l'existence quotidienne aussi bien que sur la dialectique la plus sublime, au moment suprême où il lui faut terminer l'a'uvre de toute sa vie, résumer en quelques pages synthétiques le sens de son chef-d'œuvre, entraîné par un instinct, un appel irrésistible de son génie en qui palpite vraiment Tàme douloureuse du monde, le voici qui ne peut s'empêcher de pousser encore, malgré tout, malgré l'atroce vérité de sa haine et de sa révolte, malgré la victoire de sa philosophie et la certitude de son bon droit, le cri d'espérance qui ne s'éteindra pas, tant qu'un être Aivant continuera à vivre et à souffrir ici-bas, à chercher le sens de la vie et la chimère du bonheur. On se souvient des lignes mémorables, si souvent citées, commentées, de mille manières dissemblables et qui ont à elles seules suscité toute une littérature et toute une école philosophique, de l'aveu significatif et pathétique qui termine l'œuvre capitale de Schopenhauer. Après avoir reconnu qu'il s'est contenté de
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faire la mélaphysicfue du monde, ne pouvant se former de notions même symboliques de ce qui dépasse le monde, le g-rand philosophe reconiiaîl par cela même que, si sa philoso]>hie se termine par une négation, cette négation, bien qu'assimilable aii néant d'après la terminologie rudimen taire du langage humain, n'implique nullement la notion du néant absolu. Elle laisse à l'état de question ouverte le grand problème du bonheur, du souverain T3ien et de l'au-delà. Attitude intellectuelle d'un scepticisme purement et essentiellement kantien, qu'imposait à Scliopenhauer sa loyauté spéculative, mais qui d'un rapide coup d'aile remi)orte bien loin du nihilisme absolu, précisément à l'heure solennelle où celui-ci semblait sêir de triompher.
Rappelons une fois de plus quelques-unes des pensées admirables qui achèvent une des u'uvres les plus fortes du génie humain, en y faisant pénétrer tout à coup l'éclatante lumière des espaces infinis et des espoirs immortels.
" Les Bouddhistes emploient avec beaucoup do raison le terme purement négatif de Nirvana qui est la négation de ce monde Si le Nirvana est défini comme néant, cela ne veut rien dire sinon que ce monde ne contient aucun événement propre qui puisse servir à la définition ou à la construction du Nirvana .Lors
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donc que pur la sympathie universelle, par la charité, l'homme en est venu à comprendre l'identité universelle de tous les cires, à supprinier-tout principe illusoire dindividuation, à reconnaître soi dans tous les êtres et tous les êtres en soi, alors se produit l'anéantissement de la volonté (la béatitude dans la mort), cet état de parfaite indifférence où sujet pensant et objet pensé disparaissent, où il n'y a plus ni volonté, ni représentation, ni monde. C'est là ce que les Indous ont exprimé par des mots vides de sens comme Résorption en Brahma, Nirvana. Nous reconnaissons volontiers que ce qui reste après l'abolition complète de la volonté n'est absolument rien pour ceux qui sont encore pleins du vouloir vivre. Mais pour ceux chez qui la volonté s'est convertie et abolie, notre monde actuel, ce monde si réel avec ses soleils et sa voie lactée, qu'est-il ? Rien. »
C'est lui qui est le néant. Ainsi parle Schopenhauer, dont la profonde sagesse et l'ardente pitié font sourire Nietzsche, le Maître des générations actuelles. Paroles simples et sublimes, paroles inspirées qui éclaireront durant des siècles le labeur des philosophes et le sort ténébreux de notre race esclave, paroles fécondes qui créeront peut-être la métaphysique des temps à venir, car la portée spéculative et la signification morale qu'elles empruntent au
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génie du philosophe allemand el aux tendances essentielles de sa doctrine sont incommensurables, presque incalculables eh influence bienfaisante, certainement insoupçonnées de Schopenhauer lui-même .
Ainsi le détracteur le plus acharné el le plus éloquent du monde et de la destinée humaine, le pessimiste le plus redoutable, car il n'eut pas seulement du génie, mais aussi un immense talent d écrivain, le penseur acerbe et profond, le révolté dont le dédain superbe et la rage de négation n'épargnèrent aucune des chimères, aucune des illusions, aucun des refuges de la lamentable humanité, le grand et morose Schopenhauer lui-même est obligé, de par la lovdepuissance de la dialectique éternelle, celle qui se confond avec la vie ellemême, à reconnaître au delà du tombeau, il est vrai, dans les régions inconnues oii notre être aborde enfin, après le grand naufrage, à discerner, lui aussi, au firmament de léternité, une invariable étoile. Notre race captive et malheureuse jamais d'ailleurs ne l'avait perdue de. vue, parmi les pires épreuves, les ténèbres les plus hostiles; l'ame collective des générations, a cru en elle, a vécu dans l'espoir et la certitude de la revoir et de la retrouver. C'est l'étoile de la joie, l'astre pui- et sacré du bonheur, du bonheur absent de notre monde à nous, mais non