I.A IMlILOSOPlIIi: ET LE DRAME
(le la iialurc ennemie et de l'ingratitude filiale; puique Cordélie agonise enfin sous ses yeux, elle, la bonté, la charité, la divine Pitié et qu'en assistant à son trépas lamentable dans les bras du vieillard à qui le sort a tout repris, on a touché vraiment le fond du désespoir et de l'infortune.
Nos douleurs individuelles pâlissent auprès des pathétiques destinées de ces grandes figures idéales, vivants symboles de la souffrance et de l'iniquité humaine, immortels fantômes auxquels le génie des dramaturges prêtent la flamme et l'accent de la vie.
Oui, ces protagonistes du Drame éternel valaient mieux que nous et, pourtant, ils ont souffert davantage. Ce n'est pas tout. Dans l'excès même de leur détresse s'épanouit, comme une fleur mystique aux changeantes couleurs, au subtil parfum, le grand conseil d'apaisement et de résignation que la philosophie de Schopenhauer nous octroie elle aussi. Oui, l'intensité de la douleur, lorsqu'elle dépasse les forces humaines, en anéantissant en nous le désir de vivre, guérit et apaise l'insatiable et tenace volonté.
Pour celui qui n tout perdu en ce monde, jusqu'à la force de l'espoir invincible, pour celui qui n'a plus rien à attendre du sort, ni grâce ni merci, le renoncement devient facile et
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désirable. L'instant propice où les portes de bronze de l'éternité s'ouvrent au soufïïe légrer de notre dernier soupir, pour le néant ou pour une vie nouvelle, apparaît au vaincu et au désespéré, conime une délivrance. Quand tout nous abandonne, celle espérance demeure.
Quand tout nous trahit, cette certitude reste fidèle. C'est encore avec une sorte de joie que le héros foudroyé par l infortune, terrassé par la fatalité, renié, réprouvé et maudit de tous, proscrit et funeste, s'endort enfin du suprême sommeil. Dans le gouffre insondable où tout rentre et s'efface, la douleur elle-même disparaît. L'univers s'évanouit dans lultime regard du mourant, mais les larmes amères de la défaite, de l'abandon et du désespoir ne brûleront plus ses yeux qui ont trop pleuré... Et les protagoniste!' de tous les chefs-d'œuvre tragiques, en succombant victimes de malheurs inouïs, d'affronts inexpiés, d'iniquités criant vengeance au ciel, bénissent la mort qui délivre, parce qu'elle annonce la fin de toutes les souffrances.
" Triste flamme, éteins-toi, »' dit Ruy Blas. écrasé par la plus atroce des douleurs d'ici bas, le mépris de la femme qu'il aime d'un immense amour, unique et sans retour, ce mépris qu'il prévoit et redoute... '< triste flamme, éteins-toi ». Ces quelques mots mélan-