‹ L'or et l'argentChapitre 22 sur 47 · I.ES OHIGI.NKS · texte numérisé non relu

I.ES OHIGI.NKS

n’esl pas le point de vue auquel se place la loi de germinal an XI; loin de provoquer la fraude et les variations de la monnaie, elle cherche à les prévenir : il nous sera facile de le montrer.

Il est une autre considération que .Mirabeau passe sous silence, et dont ceux qui ont attaqué la double monnaie légale ont été surtout préoccupés dans le passé : c’était la crainte de voir émigrer le métal trop peu évalué. Nous y reviendrons.

Mirabeau conclut en faveur de Vargeui choisi pour mesure monétaire, parce que les mines d'argent sont plus abondantes que celles d’or. Il ne songe qu’à l’abondance du numéraire, en retenant cette erreur du système mercantile, sans réflexion sur la vérité fondamentale que l’abondance naturelle ou factice avilit la monnaie, et sans faire de 1a fixité relative de l’instrument d’échange l’objet principal de ses méditations.

Il admet comme signes secondaires et additionnels, pour les petites transactions le cuivre, pour les grands achats et les voyages l’or; mais, tout en voulant favoriser au moyen de cette extension Yabondance du numéraire, il demande que les espèces d'or varient de prix suivant le cours du marché; à son avis, elles devraient être plutôt une marchandise qu'une monnaie; l’empreinte servirait à rendre authentique la vérité du titre et du poids, et non à assurer la valeur flxe et invariable des espèces. L’argent seul deviendrait et serait appelé monnaie constitutionnelle.

Aucune trace d’une recherche quelconque, faite

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pour établir que l’argent a une valeur plus stable que l’or; tout au contraire, Mirabeau puise dans Vabondance de l’argent le motif principal de la préférence exclusive qu'il lui donne.

Cette solution s’explique aisément par la tendance naturelle laquelle se livrait le grand orateur, et qu’il exprime en ces termes :

O II est possible enfin d’imaginer tel signe monétaire qui, sans renfermer une valeur variable, une valeur intrinsèque inhérente à sa matière, aura au contraire une valeur fix.e , immuable et réellement adhérente, au moyen du gage extérieur qui lui sera hypothéqué. Et voilà comment le papier peut devenir une monnaie, si on lui donne pour sûreté une hypothèque territoriale. »

C’est la décevante doctrine des assignats,- il est superflu de la réfuter aujourd’hui; une douloureuse expérience en a suffisamment fait justice.

Mirabeau continue la déduction du principe qu’il a posé; il insiste sur une équivoque de nature à troubler un esprit d'ordinaire si lucide : la monnaie est non-seulement une mesure, elle est encore un gage desûreté; mais ce gage, cette sûreté, Mirabeau les trouve dans ce lien de droit qui rattache le signe à une valeur extérieure essentiellement variable et difficile à réaliser, la terre.

Il reproche aux auteurs de s’être attachés à considérer la monnaie dans la forme, la matière, l’empreinte, la valeur, le titre et le poids. C’était, en effet, s’affranchir pleinement de l’idée du signe de confiance;

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et Mirabeau y revient, en plaçant le numéraire sous l’égide de la volonté souveraine. A ses yeux, six caractères essentiels constituent la monnaie :

1“ Il faut qu’elle soit fabriquée et mise en circulation par la souveraineté;

2“ Quelle porte l’empreinte déterminée par la souveraineté:

3“ Quelle ail une valeur fixée par la souveraineté;

h° Quelle ail un (jat/e pour sûreté de celle valeur;

5" Quelle soit garantie par la souveraineté;

b” Que personne dans l’empire ne puisse la refuser.

Nous voilà loin de la simple et décisive définition du jurisconsulte Paul ; au lieu de déclarer et de garantir la valeur des espèces, l’Etat la constitue; au lieu d’avoir une valeur propre, le numéraire n’est plus que le signe d'une valeur qu’il emprunte à un gage extérieur. Aucun doute n’est permis à cet égard, car .Mirabeau complète ainsi l'exposé d’une doctrine fantastique ;

« Toutes les fois qu’on pourra appliquer à une matière quelconque les six caractères qui constituent la véritable monnaie, cette matière sera propre à devenir monnaie; et comme ils sont applicables à d’autres matières qu’à l’or et à l’argent, on pourra faire d’autres monnaies que celles d'or et d’argent; ainsi nous pourrons, en toute rigueur, nous soustraire au joug tributaire de l'Espagne et du Portugal, qui seuls possèdent les grandes richesses en mines d’or et d'argent. »

Qui ne voit ici une singulière parenté avec les

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Ihéories des rêveurs qui ont voulu renverser ce qu’ils ont nommé la tyrannie usurpée de l'or et de l'argent? Oui n’aperçoit les fatales conséquences que devait entraîner une fausse et téméraire conception?

Le marquis de iMirabeau était mieux inspiré que son Qls, quand il regardait comme les trois plus grandes inventions de l’esprit humain Valphabet, la monnaie et le tableau économique. Sauf ce dernier, aussi oublié aujourd'hui qu’il était exalté jadis par l’école des physiocrates, le souvenir reconnaissant du du marquis de Mirabeau ne l’égarait point. Lu monnaie a créé la langue commune des rapports matériels entre les hommes, comme l'alphabet leur a permis de s’entendre à travers l'espace et le temps. Mais, pour que la monnaie remplisse la grande mission qui lui appartient, pour qu’elle féconde la production en ravivant l’échange, pour qu’elle favorise la division du travail et l’association des efforts, il faut qu’elle demeure fidèle, stable, précise, et que, comme le philosophe de l'antiquité, elle puisse, forte de la substance qui la constitue, dire, elle aussi ; Omnia mecum porto.

•>\irabeau regarde l’or et l’argent comme moins précieux, en qualité de métaux destinés aux monnaies, qu’en qualité de matières premières de plusieurs branches d’industrie qui font vivre des milliers de familles ; il oublie de quelle manière le mécanisme monétaire entretient l’ensemble de la production et du commerce, et comment les espèces métalliques s’appuient sur l’emploi utile qu’on peut faire du métal , qui en constitue le prix. Mirabeau arrive à

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