‹ L'or et l'argentChapitre 27 sur 47 · I-A (JI.KSIIO.N MüXÉTAiKK · texte numérisé non relu

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intrinsèque des monnaies denieure égale à leur valeur numérique.

Ce principe se traduit dans une disposition formelle du projet de l'an IX. L’article vi est ainsi conçu : « La proportion de l’or avec l'argent sera de 1 à 15 1/2. 1 kilogramme d’or vaudra donc 15 kilogrammes et demi d'argent.

« Si des circonstances impérieuses forcent à changer cette proportion, les pièces de monnaie d'or seidement seront refondues. «

Le projet de Gaudin fut renvoyé à l’examen du conseil d'Klat, et le 10 thermidor an X M. Bérenger présenta, au nom de la section des finances, un rapport qui mérite d'èlre soigneusement étudié, car il émane d’un homme que beaucoup d’entre nous ont entouré d’une respectueuse affection.

M. Bérenger était, à un plus haut degré que la plupart des hommes de cette époque, versé dans les études économiques, (ju'il aimait et cultivait avec ardeur. Il avait approfondi la grave matière de la monnaie, sans se tenir peut-être suffisamment en garde contre la rigueur dogmatique de certaines déductions.

La monnaie sert à consommer les échanges; elle est donnée et reçue comme valeur égale à celle des marchandises quelle achète; elle sert de mesure à toutes les valeurs commerciales et de médiatrice aux échanges, aux emprunts, à la plupart des transactions... C'est à raison de sa valeur réelle que la monnaie mesure celle des marchandises: elle fait donc partie de la richesse nationale... La monnaie est aux

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échanges ce que les machines, les instruments, les ouvrages d’art sont aux manufactures: elle économise le travail, multiplie les produits.

Tout cet exposé est aussi lumineux que correct; nous n’avons pas l’intention de suivre l’excursion que fait M. Bérenger sur le terrain des banques de circulation, dont il exagère quelque peu les services: mais nous ne saurions omettre un point essentiel. L’habile conseiller d’Etat a parfaitement mis en lumière le lien intime qui rattache le développement du crédit à la solidité du régime monétaire. «La question des banques, dit-il avec une certaine raison, est étroitement liée à celle des monnaies, et le bon ou mauvais état de la monnaie circulante et de la législation monétaire influe prodigieusement sur le succès des baiiques de circulation.

«Toute promesse de payement comprend trois conditions : l’époque fixée, l’espèce de valeurs promise et leur quotité; c’est sur l’observance ponctuelle de ces conditions que repose le crédit des banques, toiit comme celui des gouvernements et des particuliets. La dénomination monétaire est réglée par le gouvernement, ainsi que la fabrication des pièces qui la représentent: c’est donc le gouvernement qui détermine l’espèce et la quantité de la chose promise, et c’est lui qui doit prendre les mesures nécessaires pour en assurer la valeur. »

Le coup d’œil rapide et sagace de Bérenger le met sur la voie de la véritable question économique engagée dans le problème monétaire ; nous aurons tout à

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l’heure l’occasion de montrer combien il avait le pressentiment de la solution qui implique la fixité de la valeur la plus exacte qu’il soit possible d’atteindre.

Pénétré du besoin de cette stabilité, il critique la confusion établie entre la livre d’or et la livre d’argent, il l’accuse d’avoir dégénéré en une dénomination abstraite et vague de livre monétaire, mesure fictive représentée par les pièces d’or ou d’argent dont le poids, le titre et le rapport avec la livre ont été déterminés par la loi.

Mais comme la valeur de l’or et de l’argent, ainsi que celle de toutes les marchandises, suit le cours du marché, qui ne se règle pas par des lois, il y a eu, dit Bérenger, entre la valeur de l’or et celte de l’argent deux proportions différentes, l’une fixée par la loi, l’autre établie par le commerce. Il aurait dû ne pas négliger la solidarité qui s’établit naturellement entre les métaux précieux appelés à remplir l’office monétaire, solidarité qui, à mesure que la masse conservée augmente, résiste plus énergiquement à un déplacement notable de la proportion admise. De cette manière, {'expression de la valeur devient de moins en moins incertaine et les transactions échappent à l’indéterminé. ^

Ce que Bérenger ajoute est beaucoup plus fondé. L’incertitude qu’il attribue à ce ^ue la monnaie de compte se trouve représentée par deux monnaies de valeur différente s’était singulièrement accrue dans les temps anciens par la dégradation du numéraire. Les fraudes et les altérations avaient amené les espèces à

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présenter une multitude de valeurs inégales; la monnaie réelle, qui est appelée à mesurer les valeurs commerciales comme le mètre mesure les distances, devenait une quantité variable et indéterminée. De là venait la rareté du numéraire, et non d’une prétendue balance défavorable du commerce, car Bérenger a nettement posé le vrai principe : il n’est pas plus difficile d’acheter de l’or et de l’argent que du sucre et des mousselines: chaque espèce de marchandise se porte naturellement des lieux où l’abondance en diminue le prix vers ceux où la rareté lui procure l’emploi le plus avantageux.

Les banques de dépôt ont servi d’abord à fixer la valeur des monnaies; cet avantage a été si grand que toutes les places où l’on a fondé ces banques sont devenues le centre d’un commerce considérable. Cela suffit pour montrer ce que peut une bonne législation monétaire, et quelle est 1 importance d un numéraire

fidèle.

Pénétré de cette conviction, croyant rencontrer un jbstacle dans l’emploi simultané de l’argent et de or comme monnaie courante, Bérenger sacrifie 1 or. liais la section des finances ne voulut pas consacrer e principe qu’il préconisait, elle rejeta la proposition le laisser au Amtoerce le soin de fixer la valeur de a pièce d’or; elle Vulut que. la valeur des pièces l’or étant mesui^'è Mr celle de la monnaie d’argent, ia loi déterminât âfe i^port.

Bérenger désapprm^etexpédient, qui place, dit-il,

le législateur dans l’ktljtoàtivc de conserver un rap-

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port inexact ou de faire suivre à la législation toutes les variations du marché ; il condamne plus fortement encore le plan du ministre des finances, qui faisait fabriquer des pièces d’or de 20 et de 40 francs, sauf à les refondre pour en augmenter ou diminuer le poids, selon les variations dans la valeur de for. « C’est, disait Bérenger, de toutes les combinaisons celle qui est le plus directement en opposition avec les principes, puisqu’à une valeur incertaine elle ajoute un poids incertain. Elle détruit les rapports entre le système monétaire et celui des poids et mesures, le tout pour avoir des pièces de 20 et de 40 francs dont la valeur réelle aura changé le lendemain de leur fabrication et qu’il faudrait tenir en fonte perpétuelle pour remplir les intentions du ministre. »

La critique est acerbe et entachée d’exagération. Le principe indiqué par Gaudin a été en partie appliqué depuis l’an XI, sans entraîner les inconvénients prévus par Bérenger. Il est vrai que ni Bérenger ni Gaudin n’avaient mesuré la puissance du levier qui allait être mis en mouvement, ni finfluence réelle de l’emploi simultané de for et de l’argent sous l’empire d’une législation sincère et exacte, qui exclut toute altération frauduleuse et dont l’allure n’est point gênée par les préjugés du système mercantile.

Nous avons analysé le premier rapport de Bérenger; il témoigne de la divergence d’idées qui surgissait dès lors et qui devait conduire à modifier le système ei^clusif de la prédominance absolue de l’ar-

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gent. Sans contredit, la logique rigoureuse était du côté de la loi. dont on coniineneait à tempérer les rigueurs systématiques; mais les besoins de la circulation et l'influence pressentie d'un régime plus complet dominaient les tendances doctrinales. Bérenger lui-même, le plus habile et le plus vigoureux défenseur d’une organisation monétaire coulée d'un seul jet, procédant d’axiome en axiome, à la manière des mathématiciens, se laissera envahir par l'irrésistible courant qui creuse un lit plus large.

Des nuances essentielles distinguent le deuxième rapport présenté par Bérenger au conseil d’Etat, le 17 fructidor an X; c’est le dernier document officiel qui précède l’an XI; il est curieux de montrer la marche des idées et les transformations subies par le système primitif.

Les consuls avaient chargé la section des finances de soumettre au conseil une série de questions sur les monnaies. Voici celles qui ont plus directement trait au sujet que nous avons abordé :

1“ L’unité monétaire sera-t-elle représentée par un seul ou par plusieurs métaux, par une quantité d’or et d'argent également variable, ou par une quantité variable d’or?

2° L’unité monétaire étant représentée par un seul métal, auquel donnerait-on la préférence?

Bérenger examine ces questions, il étudie l’état de la législation des différents peuples et les opinions des savants qui ont écrit sur ces matières. C’est sans contredit le travail le plus remarquable et le plus

LA QDESnON MONÉTAIRE

complet qui ait été consacré à ce problème; il épuise les considérations invoquées à l’appui de ce qu’on a improprement nommé Yétalon unique, et ceux qui ont défendu la même cause n’ont eu qu’à puiser dans cet arsenal. Mais il s’y rencontre aussi d’autres indications à recueillir ; une étude approfondie du deuxième rapport de Bérenger inspire la conviction qu’aucun argument valable n’avait été omis contre la décision définitivement adoptée. Cette décision se fortifie à ce contact redoutable.

Ce document porte la date du 17 fructidor an X. Bérenger commence par définir la monnaie, car, pour décider les questions particulières, il faut être fixé sur la doctrine générale de la législation monétaire.

La monnaie sert à préparer et à consommer les échanges, à mesurer la valeur de toutes les marchandises et à régler l’exécution des conventions commerciales.

En dégageant la pensée de Bérenger des considérations purement théoriques, remarquables d’ailleurs par leur justesse, on constate les points suivants :

L’usage de la monnaie est le résultat nécessaire de la division du travail, comme la division du travail est le résultat des échanges:

La législation a tantôt perfectionné, tantôt détérioré la coutume, mais elle ne l’a pas introduite;

Le choix de la matière monétaire n’est pas au libre arbitre du législateur;

La valeur de la monnaie est fondée sur celle de la

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matière monétaire, et l’augmentation de valeur que celle-ci acquiert par son emploi à ce nouvel usage n’est pas bornée à la partie qui fait fonction de monnaie;

La monnaie n’est utile qu'en multipliant les échanges, et le principal objet de la législation monétaire doit être de perfectionner cette propriété.

Ces motifs divers ont fait adopter par les peuples civilisés l’or et l’argent, car la valeur de ces métaux est plus fixe que celle de la plupart des marchandises; elle est considérable par rapport à leur poids. Ces métaux sont presque inaltérables: ils ont la dureté et la ténacité nécessaires pour recevoir et pour conserver toutes les formes qu’on leur donne; sous tous ces rapports, ils sont très-propres à faire office de monnaie, et comme aucune autre substance ne réunit ces avantages au même degré, on les préfère généralement. Ce n’est donc ni par ordre, ni par convention, ni par accident que l’or et l’argent sont monnaie, mais par ronmifliicc, parce qu’aucune autre marchandise n’est aussi favorable à la multiplication des échanges que les métaux précieux, en un mot par la force des choses, qui surmonte toujours et nécessairement tous les efforts contraires.

On le voit, Bérenger place l’or et l’argent sur la même ligne, comme l’avait fait Turgot, et, comme ce grand économiste, il les croit tous les deux destinés par la nature des choses à remplir la fonction monétaire.

Ce n’est pas tout : il déclare que de toutes les qua-

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