‹ L'or et l'argentChapitre 28 sur 47 · I.A OlIESriON J10^ÉTA1HE · texte numérisé non relu

I.A OlIESriON J10^ÉTA1HE

lilés qui assurent à l’or et à l'argent le caractère de monnaie, la fixité de la valeur est la plus essentielle.

« La monnaie, dit-il, est d’autant plus favorable à la multiplication des échanges que sa valeur est plus invariable. » Le terme d'échançie employé ici l’est dans le sens le plus large : la multiplication des échanges embrasse toutes les transactions humaines, et la fixité équitable des couventions dépend de la fixité del'instrument monétaire qui les mesure et qui les traduit en upe langue commune.

La valeur de la monnaie est indépendante de la volonté du législateur: celui-ci la constate rt la déclare, il lui imprime en même temps un caractère d’emploi universel et de libération obligée qui la distingue essentiellement de toutes les autres marchandises, revêtues d’une valeur purement individuelle et privées de toute application légale. La monnaie ne perd jamais le caractère primitif de marchandise , mais elle est une tnarchandise sui geperis, qui se trouve marquée du sceau officiel pour la détermination précise et pour l’accomplissement régulier de tous les engagements.

Béfcnger n’a point méconnu cette vérité ; cependant il ne l’a peut-être pas assez nettement forini)lée. Les principes qu’il résume sont vrais : la valeur courante des marchandises ne saurait être une quantité fixe; elle est l’expression d’un rapport entre deux quantités; ces quantités étant variables, le rapport l’es! aussi. Jamais on n'a mieux mis en lumière une des bases fondamentales de l’économie politique, de cette

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science qui repose avant tout sur l’entente exacte de la valeur.

Ce qui est vrai d'une marchandise l’est de toutes; tous les prix s'établissent de la ménie manière, ils sont sujets aux mômes variations. Il n’existe aucune valeur fixe; en demander une, c’est demander un nombre qui exprime tous les rapports de quantité.

« S’il existait une substance quelconqne dont la valeur fût toujours la môme, elle serait plus propre qu’aucune autre A faire fonction de monnaie, car elle garantirait la pleine et entière exécution des cqnventions commerciales dont l’eflet est le plus prolongé. » Ces paroles de M. Bérenger indiquent la solution idéale de la question monétaire; il setnble que l'on devrait supprimer le mut commerciales , car il s’agit ici de toutes les conventions, à quelque ordre de transactions qu’elles appartiennent. Dans l’impossibilité de rencontrer une monnaie dont la valeur fût invariable, le commerce a choisi les métaux dont la valeur varie le moins. Nous pensons, avec Bérenger, que la perfection des monnaies est un terme qu’on ne peut atteindre, mais duquel il faut se rapprocher autant que possible. C’est le motif poqr lequel nous maintenons fermement le principe de la double monnaie légale, inscrit dans la loi de germinal an XI; il consacre en effet une faculté alternative de payement qui modère les variations de l’instrument des échanges.

Nous ajouterons avec Bérenger : « Il n’est pas moins essentiel d’avoir une monnaie doiit la valeur

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soit certaine: » et cette condition est plus facile à remplir.

La monnaie a donné aux valeurs un type matériel; elle constitue une mesure que l’on peut apprécier partout et grâce à laquelle on garantit pendant des siècles l’exécution d’une convention. Les distances se trouvent rapprochées, le monde entier devient comme une place de commerce, et chaque contrat peut relier et les hommes de la génération qui passe et les générations à venir.

De là sont nées les combinaisons variées connues sous les noms de prêt, d'emprunt, de marché éi terme, de change, d'escompte, de constitution de rente, d'assurance, etc., dans lesquelles la monnaie semble être la matière des contrats, tandis qu’elle y remplit en réalité le même rôle que dans les marchés au comptant; elle est toujours un instrument d’échange, une mesure de valeur, rien de jilus; l'action qu’elle exerce est plus souvent nominale que réelle; elle agit bien plus par rinlluence régulatrice que par une intervention matérielle. M. Hunt, un des derniers gouverneurs de la Banque d’Angleterre, dit avec raison que la monnaie n’a pas besoin d’ôtre présente pour faire accomplir la plus grande masse des conventions et des stipulations du marché.

Une monnaie fidèle et stable est la base du crédit.

« Quand on s'oblige à donner et à recevoir dans un temps plus ou moins éloigné, on est intéressé à exprimer le plus exactement possible les valeurs convenues; sans cela, l’exécution du marché n’est plus

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conforme à l’intention des parties, et il est d’autant plus difficile à conclure que les chances de variation sont plus nombreuses et plus importantes »

Nous admettons pleinement ces prémisses; nous croyons aussi qu’il est une certaine variation qu’on ne peut éviter, puisqu’il n’existe pas de valeur fixe. Cette chance appartient à la nature des choses, et les deux parties y sont également exposées, car si la valeur de la matière monétaire augmente, elle grève le débiteur; si elle diminue, elle pèse sur le créancier.

Cette difficulté impose un devoir, qui est de restreindre autant que possible la limite de la variation à subir; nous sommes obligé ici de nous séparer de l’opinion exprimée par Bérenger.

Il suppose que si, au lieu d’une matière monétaire, on en a deux qui représentent concurremment une monnaie de compte, les chances de variation doublent, tandis qu'au contraire elles se compensent : la proportion désirée se maintient d’une manière plus constante lorsque, au lieu d’obéir à l'impulsion unique de l’offre et de la demande d’un seul métal, l’instrument monétaire profUe de chaque occasion offerte pour rechercher la matière précieuse atteinte par la dépréciation même la plus légère, et en relève ainsi la valeur, en vertu de l’augmentation de la demande qui fait équilibre à l’accroissement de l’offre.

Nous croyons avoir prouvé qu’il n’est pas plus exact de prétendre que l’égalité entre la condition

’ Second rapporl de Bérenger (noiéal an X).

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du créancier et celle du débiteur se trouve ainsi compromise Ce dernier, dit-on, étant le maître de payer avec Tune ou l’autre monnaie, choisira nécessairement celle dont le cours est le plus bas; dés lors on se déterminera plus difficilement à devenir créancier. — Tel n’est point le résultat constaté par la longue expérience dont la loi de germinal an XI nous a fait profiter. Aucun embarras pareil ni aucune injustice de cette nature ne se sont manifestés; tout au contraire, l’existence de la double monnaie hhjale a permis de traverser sans souffrance et sans dommage la transition de l’emploi presque exclusif de l’argent à l'emploi plus habituel de l’or, comme aussi d’effectuer sans danger une évolution en sens opposé. La proportion admise entre l’or et l’argent se maintient d’une manière presque constante par suite de la faculté de payement ouverte aux deux substancés métalliques; elle préserve le sens véritable des conventions d’une atteinte qui aurait blessé l’équité.

Les fluctuations de la valeur isolée de l'or ou de l’argent, à supposer qu’on ait admis sur le marché universel l’un ou raujre de ces métaux précieux comme seule monnaie légale, auraient aU contraire entraîné des écarts considérables, par suite des révolutions survenues dans la production des mines et dans la somme de l’approvisionnement. Tout le monde a reconnu qu’à la suite des découvertes de l’Australie et de la Californie, le déplacement de l’argent par l’or

' Voir plus liaiil, p. 210.

KE L AN VI A l’an XI.

a servi de parachute à la baisse de valeur de ce dernier métal, baisse dont des écrivains distingués s’étaient tant eflrayés. Les prédictions im^uiélanles ne se sont point réalisées, grâce à ce merveilleux self-ariing dont on avait méconnu la salutaire influence, grâce à l’emploi simultané de l’or et de l'argent comme intermédiaires légaux des échanges. Valea, loin d’augmenter, a diminué avec la double monnaie', celle-ci s’est comportée d’une manière plus régulière que si un seul métal avait servi à la forger; les oscillations respectives ont été faibles, elles ont gravité sans cesse vers le prix légal, qui se retrouve aujourd’hui exactement en rapport avec la proportion déterminée par le marché commercial, bien que nous ayons depuis soixante-six ans assisté aux changements les plus extrêmes dans l’approvisionnement relatif de l’or et de l’argent.

La méprise de Bérenger a servi de point de départ â une erreur trop accréditée; la répétition complaisante d’un argument, peu discuté, l’a maintenue de nos jours malgré l’enseignement contraire fourni par l’expérience. Cet argument sert encore de cheval de bataille aux adversaires du sage principe consacré par la loi de germinal an XI, bien que l’attaque ne repose que sur une vaine hypothèse, démentie par la marche régulière des faits.

L’erreur commise par Bérenger sur ce point est d’autant plus singulière qu’il avait lui-même indiqué le remède naturellement appelé à écarter le mal qui le préoccupait. Si la loi fixe la valeur courante

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de l’or et de l’argent, a-t-il dit, la monnaie de compte n’est représentée ni par une quantité donnée d’or ni par une quantité donnée d’argent, mais par une raison composée : 1” du rapport établi par la loi entre la valeur de l’or et celle de l'argent; 2" de celui fixé par le commerce; 3" de la proportion pour laquelle la monnaie d’or et d’argent entre dans la circulation.

Cette raison composée maintient une stabilité plus grande de l'instrument monétaire; les éléments qui se combinent empêchent les écarts violents, ils en restreignent l’ampleur sous l’empire de la loi qui permet de se libérer avec le métal le moins évalué. L’emploi simultané de l'or et de l’argent amène une expression moyenne de la valeur, qui en conserve plus fidèlement le sens véritable.

Pour juger de l’exagération à laquelle un mauvais point de départ peut entraîner les esprits les plus éminents, il suffit de lire le passage dans lequel Bérenger s’attache à faire ressortir le péril imaginaire qu’il attribue au système qu’il combat. Suivant lui, « si l’on croit nécessaire de livrer les transactions aux incertitudes qu’il dénonce, il faut au moins prévoir la nécessité de changer le rapport de valeur qu’on établit entre l’or et l’argent, et fixer le rapport de l’un d’eux avec la monnaie de compte, car, dit-il, avec la disposition qu’ont tous les gouvernements ù affaiblir les monnaies, la valeur la plus basse serait toujours prise pour mesure. On rapporterait alternativement la valeur de l’or à celle de l’argent et la valeur de l’argent à celle de l’or, et l’on redescendrait du franc

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au soixante-seizième de franc, comme on est descendu de la livre au soixante-seizième de livre. »

Ces paroles montrent clairement quelles préoccupations troublaient l’esprit d’ordinaire si ferme de Bérenger. Ces honteuses déprédations monétaires de l'ancien régime et l’altération successive des espèces par voie de refontes avaient laissé des traces douloureuses; il s’agissait avant tout de prévenir le retour d’aussi tristes abus. Rien de plus nécessaire, rien de plus légitime que cette détermination; mais la loi nouvelle y avait suffisamment pourvu, en arrêtant d’une manière fixe et en basant sur le système métrique le poids et le degré de fin du métal précieux, or ou argent, qui constitue la valeur intrinsèque des espèces monnayées. Il ne s’agissait plus de tarir la source impure d’une véritable spoliation exercée par le fisc : rien d’analogue à l'augmentation ’ successive des espèces ne pouvait désormais se produire. C’est cependant à cette crainte chimérique que Bérenger sacrifiait l’emploi utile de la double monnaie. C’est l’unique motif qui lui faisait combattre le principe qui a définitivement triomphé dans la loi de germinal an XI.

Il oubliait deux choses capitales : la compensation naturelle qui s’établit entre les objets appelés à remplir exactement le même office, se substituant aisément l’un à l’autre, et la nature même de l’office

’ C’cliiit le terme ancien employé pour désigner l’accroissement du nombre de pièces frappées, sous la même dénomination, avec un poids donné de métal.

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