‹ L'or et l'argentChapitre 6 sur 47 · L. Woi.owsKi · texte numérisé non relu

L. Woi.owsKi

de rineUtut.

L’OR ET L’AHOENT ENVmüÉS TOMME INSTHUMEMS MOflÉTAinES'

Une des questions le plus débattues, on ce qui coilcerrio le problème monétaire, est celle de l’emploi simultané des deux métaux précieux, l'or et l'argent; on lui a Improprement donné le nom de (/wtiion du duubU éfnlnn> De celle dénomination équivoque est venue la confusion qui règne à (;e sujet dans beaucoup d’esprits.

Il existe un étalon, ü’est-à-dirc une mesure fixe, absolue, invariable, à laquelle toutes les autres quantités se rappor tent sans aucune cliaiico de mutation quelcomiuo, il existe un étalon pour la longueur, c’est le mètre ou l’aune; il existe un étalon pour le poids, c’est le kilogramme ou la livre; il existe un étalon pour la capacité, c’est le litre. Chaque grandeur se mesure ainsi par une grandeur déterminée, stable, certaine, de la même espèce.

( Extrait d’une lettre adressée A .W. Alfrnl iMiham, un des diredeurs de la Banque d'Angleterre.

XOTKS PKELIMINAIRKS

En vertu de ce principe, la valeur doit être mesurée par une valeur; mais ici la nature de l’objet employé comme point commun de comparaison, change. Il ne s'agit plus d’une conception en quelque sorte abstraite, immuable, permanente, mais d’une chose qui possède une valeur, et qui est par là même sujette à se modifier par rapport aux autres objets dont elle est appelée à traduire l’évaluation en une sorte de langue universelle.

Employer ici le même terme A'étalon, c’est risquer fort d’induire en erreur ceux qui acceptent d’habitude une similitude de dénomination pour une identité de signification.

Il n’existe pour mesurer la valeur rien qui soit comme le mètre, le kilogramme ou le litre, quantités immuables destinées à déterminer la longueur, le poids ou la capacité. Afin de rester dans la rigueur de la langue scientifique, et cette rigueur est indispensable pour qui désire éviter toute équivoque captieuse, il faut reconnaître qu’il n'y a pas et qu’il ne saurait y avoir d’éto/on, c'est-à-dire de mesure invariable do la valeur; on ne rencontre ici qu’un tertium coniparationis, une quotité intermédiaire assujettie aux conditions des choses contingentes, c’est-à-dire au changement, une marchandise-tierce appelée à mesurer les- autres marchandises, tout en se modifiant elle-même dans le cours du temps et dans l’étendue do l’espace.

Le consensus yentium et la loi qui lui a servi d’expression ont adopté les métaux précieux, l’or et l’argent, pour remplir cet office fécond d’instrument des échanges, destiné à faciliter les transactions en servant à la fois do mesure, d'éguivalent et de monnaie, c'est-à-dire de moyen U'galde libération, appelé à effectuer la solutio de tous les engagements, c’est-à-dire à les terminer et non pas à créer une obligation nouvelle comme la simple dutio ta sotulum.

SUR LA ylESTION MONÉTAIRE. XXIX

J’emploie ici les termes juridiques, car il est essentiel de joindre à la conception economique de la monnaie la conception qui la distingue; il en résulte des conséquences importantes dont il faut tenir grand compte.

La monnaie est sans contredit une marchandise qui sert à évaluer et à faire circuler les autres marchandises; elle les ramène à un dénominateur commun et elle en forme Véquiludent-, mais, outre ces qualités, elle possède encore celle d’être la seule marchandise libératoire, la seule qui traduise tous les engagements et qui, faute de l’accomplissement de ceux-ci, les remplit et les exécute.

Ces propriétés précieuses et spéciales permettent suffisamment d’apprécier les services rendus à la civilisation et aux rapports mutuels entre les hommes, par la monnaie, dont les métaux précieux, l’or et Vuryent forment la substance. Ces deux métaux sont les seuls employés d'une façon générale et permanente à remplir l’office monétaire ; inutile d’en développer les raisons suffisamment connues. .Mais il est utile d’ajouter que ces métaux ont de tout temps été mis en œuvre, .soit simultanément dans certain pays, soit séparément dans divers États, et qu’ils ont été tous deux munis de la faculté libératoire.

Jamais jusqu’ici on n'avait conçu la pensée d’exclure d’une manière absolue l’un des deux métaux précieux employés sous forme monétaire avec le pouvoir qui en dérive, non pas seulement des relations légales dans tel ou tel pays, mais des relations de tous les États ; la pensée do constituer Vanité monétaire sur le principe de V uniformité métallique n’a pas encore été soumise à un examen suffisamment approfondi. Ce système amènerait des conséquences graves, qui n’ont pas été complètement mises en lumière.

Nous avons dit quo la valeurn’a point à’étalon inrariable;

XOTKS l'dfXlMINAIRKS

tout ce à quoi il est permis d'arriver, c’esl à constituer un instrument de comparaison, une marcliandhc-tiercc, qui s’éloigne le moins possible do la rigoureuse inllexibilité des /loids et tiiesim-s véritables. Le consensus ÿentium, basé sur la nature îles choses, a fait admettre dans ce but, de tout temps, parmi les peuples plus ou moins civilisés, l’or et l'argent simultanément, sans exclusion d'aucun do cos doux métaux précieux. On a fait plus, dans beaucoup d'Etats, en vue de la faculté libératoire, qui est un caractère essentiel do la monnaie : on a déterminé tantôt la quotité d’pr et tantôt la quotité d'argent qui devait servir d'unité de compte légal -, ailleurs on a calculé comment on pouvait (aire correspondre dos quotités déterminées d’or et d’argent, admises simultanément pour représenter Vunité de compte, et dotées en môme temps do la faculté de libération. Tel est le système français consacré par la loi de germinal an XI, système qu'on a prétendu désigner sous le nom (le double étalon, Ooppelwabruny.

Il en résulte non pas une proportion invariable, qu'aucune injonction législative ne saurait établir entre Ib et demi d’argent et I d’or, mais, ce qui est tout différent, un change légal, la faculté de so servir comme moyen de libération, poids pour poids en métal fln, au môme titre de 9 dixièmes, de fjuinie et demi d'argent ou de un d'or.

Cette disposition, arbitraire on apparence, se résout on une mesure plus constante de la valeur, en une expression plus fidèlement régulière des engagements et des transactions.

Il n’existe pas deux étalons de la valeur, l’or et l’argent, c’est vrai; mais il ne saurait non plus en exister un seul, qu’on veuille lo construire d’or seulement ou d'argent seulement. Chacun de ces métaux sera atteint parles révolutions successives do la production et des frais d'exploitation. Chaque

suit r,\ yi’KSTION MOXKrUltE. .NXXI

chaiigi'ionnt qui l(’s nITeclera mi haussa ou nn baissa fnra nallro une oscillaliou «le valeur bien plus forlu, alors qu’à Vo/fre nccmo ne viendra point correspondra une augmentation' naiurelln do la litmnmie. Or la faculté do sa libérer moyennant un poids défini d’or ou A’nrgent, soit (ians la même pays, soit dans dos pays différants, fait que du moment où une certaine diminution do valeur réduit l’un tlos deux métauï, on le rechorchc afin de profiter, dans le même État ou au dehors, de la fiut<sinwe lihéruluire qu'il exerça à ineillour compte, Avec ta facilité et la rapidité des communications cl avec la commodité du transport des métaux précieux, à chaque variation de prix qui les affecte correspond un déplacement qui entretiaol l'équilibre universel dos évaluations métalliques dans le monde. Ce jeu régulier d’un nivellement nécessaire explique comment chaque variation subie, soit par l'or, soit par l’argent, rencontre immédiatement une rontri; /Mulk- qui arrête soit l’élévation, soit la diminution ultérieure, et qui renferme l’oscillation subie dans un rayon restreint, on |a ramenant sans cesse vers le centre de gravité.

Tel est le résultat excellent de la faculté liltérutaice main> tenue soit dans les mêmes pays, soit dans des pays ditTérents, à Toc et à \arqent. Dans le premier cas, chaque débiteur possède une faculté altenialive de payement, soit en or, soit en argent, et eu usant do cette faculté il travaille à maintenir la stabilité de la wetuic çammune, puisqu’il empêche la /M>is.ie do prendre une proportion quelque peu large au détriment du métal plus olfert.

Un elTet analogue se produit à l’égard des relations mutuelles des pays à ôase {l'or et des pays à ba»e d'aryenl. Ils possèdent, à oùté (lu métal préféré par la loi monétaire, une certaine inasse de l’autre métal .destinée aux rapports extérieurs, et le mouvement de compen.mtion se produit spontanément.

KOTES PRÉLIMINAIRES

Telle a été jusqu’ici la cause du faible écart qui s’est produit durant le dix-neuvième siècle outre la valeur de l’or et la valeur de l’argent, bien que nous ayons traversé sous ce rapport les révolutions les plus soudaines et les plus décisives; après avoir vu d’abord la valeur de l’or hausser, sous l’empire d'une production relativement diminuée vis-à-vis de l’argent, nous l’avons vu baisser sous l’influence inverse d’une énorme et subite augmentation des provenances de l’Oural, de la Californie et de l'Australie. Hausse et baisse de Torse sont renfermées dans des limites fort étroites, bien que la production relative de Tor ail triplé ou quadruplé. Après des oscillations successives, nous sommes revenus au rapport primitif de 15 et demi à 1, indiqué par la loi de germinal an XI (1803). C’est là un phénomène dont le remplacement alternatif de l’argent par Tor et de Tor par Targent donne seul l’explication pratique.

La loi française ne consacre point un double êiulo/i; en ouvrant la faculté de payer ou en or ou en argent, elle n'entend nullement fixer d’une manière absolue ou la valeur intrinsèque de chacun des deux métaux précieux, ce qui serait impossible, ou leur valeur relative, ce qui serait difficile. Elle sait à merveille que chacun de ces métaux varie et quant à la valeur propre qu’il possède et quant au rapport qui s'établit avec l’autre métal. Mais la faculté ouverte de se libérer soit en or ou en argent, suivant une évaluation définie qui résulte d'un change légal établi au moment où la loi a été rendue, conduit à ramener des variations inévitables au centre de gravité marqué par la détermination légale. Le législateur n'affiche point la prétention d’immobiliser ce qui est essentiellement mobile par essence; mais il arrive, en permettant la substitution du métal qui faiblit au métal qui s’élève, à modérer les fluctuations et à rendre

la mesure de la valeur moins exposée à une altération soudaine et profonde.

En un mot, personne n’a songé à créer pour la valeur unjmode d’appréciation permanent et infaillible, comme celui qui résulte de l’étalonnage fixe des poids et mesures. Mais comme on se trouvait condamné à se servir d'un mode variable d’évaluation, on s’est attaché à le rendre moins imparfait; on a d’abord, dans ce but, choisi non pus Cor ou l’argent, mais Vont l'argent; on en a déterminé le poids et le titre pour constituer la monnaie, signe et gage do toute estimation Ou a doté cet instrum'ent d’échange d'un attribut considérable, qui est la puissance libératoire vis-à-vis do tous les engagements. En admettant d la fois l’or et l'argent dans l'oftlce intermédiaire do la circulation et de l’accomplissement des conventions, on a modéré l’action inévitable do chacun de ces métaux pris à part ; on s'est servi de cette variabilité môme pour en combattre l’elTet, au moyen de l’emploi alternatif de l’or et de l’argent. Ce résultat se produit d’une manière directe dans les Etats qui, comme la France, ouvrent la double faculté de payer en or ou en argent: il se manifeste d’une manière indirecte, et par voie de compensation internationale, entre les pays dont les uns ont admis l’or et les autres l’argent comme base des transactions. L'obstacle créé par l’instabilité relative do la valeur des deux métaux précieux a lui-même servi de moyen pour rectifier cette instabilité et la ramener à des écarts fort exigus.

Ceux qui s’élèvent contre ce qu’ils nomment le double étalon, oublient que l’influence de l’emploi simultané des doux métaux précieux pour la fabrication des monnaies diverses, dans les divers Etats, conduit pareillement à l’équilibre et préserve la mesure admise pour la valeur des choses d’une altération soudaine et trop marquée.

Noms l'KÉLIMINAlIlKS

On cilo l’exemplü de l'Angleterre comme ayant réalisé le système monétaire par excellence, en n'admettant que l’or pour monnaie type, et en reléguant l'argent dans le rôle de monnaie subsidiaire, espèce de billonà plus haute dose de métal pur. L'Angleterre a pu procéder ainsi sans dommage, parce que d'autres pays retenaient l’argent comme type monétaire exclusif ou comme type concomitant avec l’or. La brusque alluvion de l’or survenue depuis vingt ans a rencontré, pour en tempérer l’action, des masses énormes d’argent à déplacer. La demande do l'or a donc grandi à mesure que {'offre en est devenue plus large.

Que serait-il arrivé si, depuis le commencement du siècle, l'or seul avait été reçu comme instrument monétaire universel? Ku triplant do volume dans l’espace d’un demisiècle, il aurait amené une profonde subversion dans les prix et dans la portée de tous les engagements privés ou publics d’une certaine durée. La coexistence de l’argent sur le marché monétaire du monde a préservé celui-ci d’une commotion violente.

L'Angleterre elle-même, tout en se servant exclusivement du type or en Europe, emploie le type argent dans les possessions immenses de l’Inde, et vise seulement à y introduire l’or comme valeur libératoire sur le pied do l’argent, c’est-à-dire à faire ce qui se pratique en Franco.

Un attribue aujourd’hui à la masse d’or et à la masse d’argent répandue parmi les nations civilisées une valeur do cinquante et quelques milliards, divisée par portions à peu près égales entre les deux métaux. Supposons que l’un d’eux fût démonétisé, et que l’on renonçât de gaieté do cœur à la moitié des instruments métalliques mis en mouvement pour accomplir les transactions, le résultat inévitable sera un exhaussement formidable sur la valeur du métal préféré, et

désormais seul admis comme agent de la libération des débiteurs; nous disons exhaussement formidnhle, car, quel que suit le taux auquel on l’évalue, ce taux formerait l'expression de la charge nouvelle imposée aux débiteurs. Tous les contrats à long terme : contrats de rente, d’hypothèque, de bail, de prêt, etc., se trouveraient atteints par celte véritable calamité. La loi, dont le devoir est, en cas do doute, de ménager la position do X’obligè, l’aggraverait.

Partout les Etats ont à supporter une dette publique considérable; le poids do cette dette deviendrait plus lourd, au détriment de tous les contribuables et au profit exclusif dos rentiers.

Au moment où des nations entières : ITtalie, les Etats- Unis, l’Autriche, aspirent à sortir du triste régime du papiermonnaie en revenant sur le terrain solide de la circulation métallique, on voudrait supprimer l’office monétaire de l’argent ; a-t-on calculé le résultat de celte coïncidence d'une demande plus active des instruments métalliques avec la disparition arbitraire do la matière première appelée à les constituer? Les pays qui, comme l'Autriche, la Russie, les EtaLs-Uins et l'ilalie, ont participé aux conférences monétaires, ne sauraient y figurer sérieusement si elles conservaient le régime odieux et ruineux du papier-monnaie; il y aurait quelque chose de dérisoire à discuter sur la préférence à donner à l'or ou à l’argent, tant qu’on se refuserait à livrer l’un ou l’autre, et qu’on continuerait à payer en chiffons de papier, munis du cours forcé.

Rétablir la circulation métallique dans ces vastes contrées, peuplées de plus de cent soixante millions d'habitants, ce sera absorber beaucoup d’or et d’argent. Le moment do songer à une démonétisation téméraire de l’argent ne saurait être plus mal choisi.

NOTES PRÉLIMINAIKES

Pourquoi tenterait-on une aussi périlleuse entreprise? Pour arriver, dit-on, à Vunilé des mnnnaies, comme à l'unité des jmdset mesures, pour rendre les moyens de libération identiquement les mêmes, en les dotant partout d’un pouvoir invariable ! Certaines méprises et de nombreuses illusions semblent se mêler à l'aspiration légitime qui porte aujourd’hui les nations diverses à se rapprocher de plus en plus par un système analogue des poids et mesures et des monnaies. En ce qui concerne les poids et mesures, tout le monde semble d’accord ; c’est que ceux-ci reposent sur des types invariables, toujours les mêmes dans la durée des temps et dans l’étendue de l’espace. 11 n’en est pas de même des monnaies; non-seulement le même poids, au même degré de fin d’un métal quelconque, ne possède aucune valeur identique avec celle qu'il rencontrait dans les siècles écoulés, mais encore celle même valeur diffère suivant les contrées, et ne se trouve ramenée à un certain équilibre qu’en vertu des variations, sans cesse indiquées par le chanye. 11 y aura toujours un certain désaccord entre la valeur propre aux monnaies frappées de la même manière et d’après le mémo type dans les divers pays ; la gravitation naturelle de l’or vers un niveau commun subira toujours les frais do transport et l'action du temps que le transport exige. Le cours du change continuera de dominer le marché international; il y aura similitude des pièces monétaires, il no peut pas y avoir parité absolue de la valeur, qui est fixée par la loi de l’offre et de la demande.

A proprement parler, la loi monétaire expire aux frontières de chaque pays; et, comme l'écrivait lord Liverpool: sur tout marche étranger le métal seul contenu dans chaque pièce opère comme une marchandise.

D’ailleurs Vunité des monnaies n’exige point d’unemanière

SCR LA OCESTION MONÉTAIRE. XXXVIl

impérieuse le sacrifice absolu de l'un des deux métaux, dont l’action simultanée s’exerce d’une manière si utile en contribuant à maintenir la stabilité relative de la mesure de la valeur.

On ne saurait exiger des nations qui vivent sous un régime différent un pareil sacrifice ; non-seulement il leur serait [iréjudiciable, mais il entraînerait aussi do mauvaises conséquences pour les pays portés à se croire à l’abri de tout danger, parce qu’ils usent exclusivement du métal qu’ils prétendraient faire prévaloir partout d’une manière absolue.

Nous avons essayé de montrer comment les pays à base d’or seraient atteints par la suppression monétaire de l’argent; celui-ci contribue à maintenir la régularité des transactions même dans les États où l’or seul obtient une valeur légale, non pas comme monnaie d’appoint, mais comme monnaie véritable, expression et solution de tous les engagements.

Le monde possède aujourd’hui comme agents monétaires, d’une façon cumulée ou d'une manière séparée , et l’or et l’argent. Ce double instrument de la circulation est nécessaire aux transactions, il maintient aussi leur allure régulière ; toute exclusion arbitraire de l’un des deux métaux troublerait l’action do l’autre.

Deux voies se présentent pour arriver à une solution qui concilie les exigences de l’équité avec les conseils do la prudence.

La meilleure à suivre serait celle qui ferait admettre partout le double emploi facultatif de l’or et de l’argent, tel qu’il est pratiqué en France depuis le commencement du siècle, sans nul inconvénient sérieux et avec une élasticité qui conduit à restreindre les variations de la mesure adoptée pour la valeur des choses et pour la détermination des transactions.

Si des préventions ennicinées faisaient obstacle à cette solution simple et rationnelle, on pourrait convenir d’une

xxxvm

NOTES PRÉLIMINAIRES

monnaie internationale on or, qui amènerait partout la solution de tous los engagements, en étant reçue à un taux uniforme dans les caisses publiques. Chaque pays serait libre, pour lui et pour les Etats qui se rallieraient sous l'empire d'une convention distincte, à consacrer aussi l’arjen/ comme monnaie libératoire à l’intérieur, et l’avantage naturel recueilli par cette combinaison netarderaitpoint à la généraliser.

Nous n’avons guère parlé do la monnaie (T ap/Mint, soit qu’elle consiste en pièces divisionnaires d’argent h titre affaibli, soit qu’elle soit formée do cuivre, etc. Cette sorte li’ instrntnent conventionnel n’agit que dans des transactions restreintes, pour des sommes limitées ; il n’influe point sur la mesure générale de la valeur et ne joue qu'un rôle purement subsidiaire dont il est inutile de s’occuper ici. Chaque pays doit consulter à cet égard ses convenances ; les divers États peuvent conclure, pour l’admission de ces pièces d'une valeur conventionnelle, des arrangements particuliers. La question monétaire, prise dans le sens véritable qui doit lui être attribué, se renferme dans la détermination des types destinés à servir dans la généralité des rapports engagés entre tous les citoyens, de types dotés de la iikine /missanre libératoire.

Coque nous rencontrons aujourd'hui dans le monde cl ce qu’il est nécessaire d’y maintenir, c’est l’action simultanée de Corel de l’argent La stabilité des transactions, l'équitable exécution des contrats et des engagements et les besoins de la circulation, ne pourraient qu'ftre atteints d'une manière fâcheuse par toute solution exclusive.

L'unité du système monétaire n'exige point un pareil sacrifice, il ne faut point la confomlro avec cette uniformité matérielle h laquelle un examen incomplet .lu problème voudrait subordonner l’économie régulière dos conventions.

Dans l’étal actuel des choses, trois motifs militent contre

son LA QUESTION MONÉTAIKE. XXXIX

l’oxclusion de l’arRonl, exclusion qui deviendrait la source de graves injustices et de nombreux embarras.

Nous entrons, tout le monde le reconnaît, dans la phase de la diminution relative de la production do l’or, et de l’augmentation relative de la production de l’argent.

D'uo autre côté, les relations commerciales .s'accrois.sent, leur importance augmente, les populations grandissent , ot do plus en plus les progrès de la civilisation substituent le régime de Yécommie monétaire aux relations rudimentaires de l’économie naturelle, qui admettait l’échange direct pour les produits et pour les services [Nntural-Wirtschnft) .

La demande générale do Vinstrument métallique doit donc augmenter d’une manière normale. L’Angleterre, qui a pris les devants pour, les questions de commerce et do crédit, et qui sait le mieux, au moyen d’une large organisation des virements et des compensations, économiser les instruments matériels de la circulation, possède cependant aujourd’hui beaucoup plus d’orque par le passé; la masse du métal précieux qu’elle utilise dans l’office monétaire a presque doublé.

Enfin, comme nous l’avons déjà indiqué, de grands Etats, réduits par diverses causes à se servir d’un papier-monnaie déprécié, travaillent à reprendre les payements en métaux précieux.

Il y a donc emploi suffisant pour les deux métaux dans la circulation monétaire; rinconvénient de la suppression absolue de l’un des deux, comme instrument légal des transactions, serait d’autant plus grave, rien ne viendrait le compenser, .sinon une vaine satisfaction donnée à l’esprit de .système. Les grandes lois du marché monétaire s’appliquent aussi bien à l’or et à l’argent, employés simultanément, qu’à l’un de ces métaux, qui serait arbitrairement choisi; elles ne commandent en aucune manière l’identité absolue d’une

XL XOTKS PKÉUMINAIRES.

seule matière mise en œuvre, et s’accommodent aisément du rapport établi entre l’or et l’argent, utilisés soit dans les mômes pays, soit dans des pays difTérents, en qualité d’agents de la circulation.

Loin de soulTrir de ce rapprochement et de cette dualité, l'avantage principal de l’action métallique sur l’ensemble des transactions y gagne et se fortifie à ce contact ; les oscillations de la valeur de l’or et de l’argent contribuent par une influence réciproque à rendre plus stable la mesure adoptée, Vévaluateur général qui détermine le sens et la portée de toutes les conventions.

Cet évaluateur commun, quand on se trouve en présence do doux métaux dotés d’une vertu analogue, ne se rencontre exclusivement ni dans l’un ni dans l’autre ; il se combine dans une espèce de moyenne, maintenue d’une façon plus stable que ne pourrait l’être un seul métal appelé à remplir l’office monétaire dans tout le monde civilisé.

Cette moyenne vers laquelle tondent toujours l’or et l’argent par une action et une réaction réciproques et constantes, alors qu’ils sont appelés et par la nature des choses et parla détermination des législateurs, à servir d’intermédiaires aux relations matérielles, ramène dans un rayon étroit les écarts violents. La variation des quotités recueillies exposerait chacun dos deux métaux précieux à ces fluctuations, si on abandonnait l’un d’eux à une impulsion exclusive, en supprimant le correctif apporté par l’existence simultanée de l’autre métal, également admis comme instrument monétaire, soit sur le môme marché national, soit sur d’autres marchés du monde civilisé.

Page 1