LETTRE DE M. RAU A M. WOLOWSKI
Heidelberg, le 3 dccombre tSfilt.
(( Je viens YQRS soumettre quelques observations qui m’ont été suggérées par vos Notes. J’ai lu cette brochure nvec beaucoup d'intérêt, et je suis généralement d’accord avec les opinions qui y sont déve-
confusion d’idées qui a été occasionnée ep France par le terme étalon n’exjste pas chea nous,
loppées.
« La
A l’appi:i du mémoire sur l’or et l’argent. 43
parce que nous ne désignons pas par le même mot l'unité de mesure pour les clioses matérielles, soit le volume et le poids des corps, et celle des prix. Il est reconnu qu’il n’y a pas de mesure parfaite pour les prix ou valeurs, et que les métaux sont seulement plus propres à cet objet que d’autres matières.
« Je trouve une idée très-juste dans votre défense en faveur du type double, basé sur la loi du 7 germinal au XI. En effet, si l’on pouvait opter entre les payements en or et ceux en argent, on pourrait arriver à établir un taux moyen pour les deux métaux. Si, par exemple, l’argent devient meilleur marché que 1 15,5 or et qu’on paye plus souvent en argent, ce dernier sera plus recherché. On empêchera ainsi une baisse ultérieure, et il haussera même probablement. Mais ce résultat se rattache è une condition sur laquelle je dois appuyer, savoir : que l’option entre les deux métaux, en vertu des payements admis par la loi, puisse réellement être pratiquée par le citoyen. Or c’est ce qui n’a pas Heu en France; l’argent a été entièrement évincé (à l’exception des pièces de 2 francs et au-dessous, qui en contiennent 0*^835, soit 1 2/9 pour 100 de moins que n’en avaient les grandes pièces). Quant aux pièces de 5 francs, on n’en frappe plus guère (pour 439 405 francs en 1860, voir l’/lanuaire), et celles qui existent ne sont que rarement en circulation. Elles ont été exportées à une époque où le taux de l’argent était plus élevé que le 1/15,5 vis-à-vis de l’or. Or on ne peut plus faire de payements en argent, parce qu’il n’y a plus de monnaie d’argent. A cet effet, il faudrait
OÜELOÜES INDICATIONS
d’abord introduire celle-ci de nouveau et mettre en exécution l’article 3 de la convention du 23 décembre 1865, c’est-à-dire frapper de nouvelles pièces de 5 francs en argent, ce qui n’agréerait guère aux partisans de l’étalon d’or unique
« Il n’y avait pas de moyen d’empêcher la forte exportation des écus d’argent tant qu’elle était lucrative, c’est-à-dire tant qu’à l’étranger on pouvait, par exemple, avoir 1 livre d'or pour 15 livres et un tiers d’argent, qu’on pouvait ensuite échanger en France contre 15,5 livres d’argent. Du reste, ces deux choses, savoir l’importation de l’argent et la fabrication d’écus en argent sont des choses faciles, si l’argent continue à baisser. Au mois de novembre de cette année, le taux de l’argent se trouve être en Allemagne à peu près 15,54. Il se peut que cette baisse ait été déterminée en partie par l’exploitation des raines de Nevada aux Etats-Unis, et ailleurs. Mais il est probable aussi que les mesures prises par la France et les autres Etats de l’union monétaire y sont pour quelque chose, comme vous l’indiquez en vous en rapportant à lu loi de germinal.
« J’approuve beaucoup votre manière de voir quand vous voulez empêcher qu’on ne proscrive l’argent et que vous tracez le tableau des conséijuences fâcheuses qui résulteraient d’une pareille mesure. Ce
' Celle obsci v.ilion t!c M. Uau dcinamie à éire recliliée. Il existe encore en France environ 1 niilliani de francs de monnaie d'argent au litre légal de 1100 millièmes, et on a frappé depuis deux ans pour environ 1;i0 millions de pièces de 5 francs. La seule olijeclion élevée par le savant économisle, se Ironve ainsi écartée. (.Vole de M. fVoloiviki.)
A l’appui du MÉMOIKE SUR l’oR El l’ ARGENT. 43
sont justement des considérations de cet ordre qui m’ont déterminé contre l’adoption de l’étalon d’or.
«L’union douanière allemande, avec 38250000 habitants, a peut-être 1 milliard de florins en grandes pièces d’argent. Sur cette somme, environ 850 raillions de florins deviendraient superflus si nous accédions à la convention monétaire. Ce chiffre revient à environ 17 millions de livres d’argent qui sortiraient du pays, en produisant une forte baisse de l’argent vis-à-vis de l’or. On expédierait plus d’argent dans l’Asie orientale, en subissant une perte considérable par rapport aux frais de fabrication des monnaies, aussi bien qu’au prix de vente de l’argent et à celui d’achat de l’or.
«Ces données, sur lesquelles nous sommes d’accord, me font penser qu’il est bon que le continent nordest de l’Europe conserve son métal , c’est-à-dire qu’il maintienne le type d’argent, qu’ainsi les deux parties de l’Europe se partagent entre les deux métaux pour empêcher par cette circulation réciproque de fortes fluctuations dans le taux de leur prix. Mais le besoin du grand commerce, qui demande une monnaie d’or, est tellement général qu’il faut en tenir compte. C’est lu pièce de 25 francs qui serait la mieux appropriée à ce but, surtout si l’Angleterre consentait à modifier son souverain d’or. Cette pièce de 25 francs devrait avoir un prix fixe en argent dans les caisses de l’Etat, soit 6 thalers deux tiers, et 10 florins autrichiens.
« Les variations du prix de l’argent dépasseraient rarement 1 1/2 pour 100. »
QL'ELQCES JNWCATIONS
Les idées exprimées par M. Rau se rapprochent beaucoup de celles de M. Rosclier et d’autres professeurs d’économie politique. Un des plus éminents, M. de Laveleye, de rUniversité de Liège, après avoir défendu, dans un travail publié il y a deux ans, ïétalon d’or, revient maintenant vers le système contraire; tel est aussi l’avis de M. Périn, de l’üniversité de Louvain. En Angleterre, cette métropole à peu près unique de l’emploi exclusif de l’or, bien qu'elle se serve d’argent dans l’Inde, la publication récente de M. Ernest Seyd : On Btillion and foreign exchanges, followed by a De/’cnce of lhe double valuation, démontre qu'il y aurait danger politique,
• économique et social à faire adopter l’or d’une manière exclusive par les peuples civilisés. Il développe avec force les avantages attachés à l’emploi simultané de l’or et de l’argent. Le mouvement se propage rapidement, et quand on aura compris combien la stabilité de l’expression nuinérigue de la valeur se trouverait ébranlée si l'on ne se servait que d’un seul métal, et combien serait injuste et illégale à l’égard des débiteurs l’adoption du prétendu étalon d’or, la question sera jugée.
L’application de la loi de germinal an XI n'a causé aucun mal; le principe quelle contient, et qui n’est nullement celui d'a» double étalon, se justifle pleinement devant la science et s’accorde le mieux avec les exigences de la pratique.
Les partisans déclarés du changement qui ferait adopter un seul métal comme instrument légal des
A l’aitui du mémoire sur li’oR ET l’argent. 47
transactions reconnaissent que le système de l’an XI a duré jusqu’i’i ce jour sans de graves inconvénients*. Ils font plus, ils avancent que ce système a rempli un rôle fort utile, lorsque les arrivages énormes d’or nouveau risquaient de produire une Véritable révolution monétaire; l’action modératrice s’est exercée alors au moyen des masses d'argent à déplacer; Enûn les arguments donnés en faveur de la circulation simultanée des deux métaux ne laissent pas que de les toucher Cette coexistence peut être commodci car l’or et l’argent possèdent également les qualités requises pour servir de monnaies : on pourrait done les laisser subsister conjointement dahs le système monétaire lit les mêmes écrivains déclarent qufe la monnaie il’est pas autre chose qu’un disque de métal contrôlé et certifié par l’Etat*: Il semblerait dès lors qu’ils devraient conclure à l’emploi simultané de l’dr et de l’argent.
Ils y concluent en effet < alors qu’il s’agit d’üne monnaie facutlalive; c’est-à-dire Üe la monnaie à laquelle 1a loi n’attribuerait aucune pùissanee libératoire. Simple matchandisej elle obéitait alors aux principes qui règlent le mouvement de toutes les raar-
' thvrh-veri/dùs (le l(t tunirlllssloH mbiléiaile (le 18C7 ; dpililbn Ut SI. .MiLltfl r.lictilllerj p. 23.
* Aléiiie opinion, ibij.
* Même opinion, ibid.
‘ Les |iiêct-s Ile itniliiiilie lie soiit tpic des lihgols cbrlillcs ; Il ferait iilile que l'Élat cerlilül des linguls des deux inélHUX: Le double niounayage, exécuté .sous ces réserves, aurait l’avantage d'aider dans une certaine mésiiré le comincrct avec l'Asie, qui préfère l'argèlit. (SUtlibl Glicvalièrj lue. Ht., |l. 24.)
OÜELOUES INDICATIONS
chandises. Mais, nous l’avons dit plus d’une fois, tout en constatant que le caractère de marchandise appartient et doit appartenir au numéraire, nous avons ajouté que c’était une marchandise distincte de toutes les autres, munie d’un attribut légal qui n’est dévolu qu’à elle seule.
La monnaie n’est point un étalon de la valeur, ni une mesure dans le sens strict du mot; elle est la traduction en langage numérique du prix des choses, elle précise le sens des conventions et amène la soltilion des engagements. L’expression anglaise legal TENDER, offre légale de payement, et la vieille expression allemande Wàhrung, qui emporte la même signification, correspondent exactement à la nature propre de l'instrument monétaire; comme le fait justement remarquer M. Rau, cette langue scientifique, plus exacte, empêche de tomber dans la confusion qui mêle la monnaie avec les poids et mesures et les assimile dans une catégorie commune.
L'idée juridique donne une empreinte distincte à la monnaie, qui du rang de simple marchandise s’élève au rang de moyen absolu de libération. Il faut sortir de l’équivoque : si la monnaie n’est autre chose qu’un disque de métal contrôlé et certifié, le rôle facultatif qu’elle remplit ne permet aucune exclusion de matière première, or ou argent.
Si elle a une autre vigueur, elle l’emprunte à la loi, qui la constitue moyen commun de libération, et qui peut, sans blesser aucun principe d’économie ni aucune règle d’équité, ouvrir un mode alternatif de
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payement en espèces d’or ou d’argent, soumises à un taux de change déterminé; celui-ci constitue le centre de gravité autour duquel oscille forcément la valeur variable des deux métaux.
Appelés à remplir la même fonction, ils sont unis par une solidarité naturelle, que le c/tange légalement fixé rend plus étroite encore. Tout le monde est d’accord sur la nécessité d’éviter les variations, mais non sur le caractère et la probabilité mesurée de celles-ci. On prétend que les changements sont plus grands quand on emploie deux métaux pour monnaie, au lieu d’un, car, dit-on, on subit alors les variations des deux métaux. On oublie que ces variations, au lieu de s'ajouter et de grossir en se cumulant, se modèrent au contraire et se compensent. Ce qui serait plus vrai, ce serait de dire qu’avec les deux métaux les variations peuvent être plus fréquentes, mais qu’elles se trouvent forcément beaucoup plus faibles, en se rapprochant d’une stabilité parfaite, autant que la possibilité matérielle le permet, tandis qu’avec un seul métal les écarts deviendraient peut-être un peu plus rares, mais ils se produiraient d’une façon plus vive , en risquant d’altérer l’expression des transactions conclues pour un ternie quelque peu éloigné. La stabilité des engagements ne pourrait qu’y perdre.
Lorsque l’on cède un produit ou un service contre du numéraire, on n’accomplit pas un simple troc, on ne vise point à posséder d’une manière stérile l’or ou l’argent obtenu en échange. Ce à quoi l’on vise, c’est
so
QUKLQUES INDICATIONS
à obtenir le pouvoir d’acquérir où l’on veut* comme on veut et quand on veut) un produit équivaleiiti La puissance d’acquisition qui réside dans le numéraire sera d’autant mieux prisée qu’elle se conservera plus égale en mettant d’accord l'intérêt commun des parties et l’équité.
Comment parvient-on à la maintenir d’une manière plus certaine dans cette condition désirable d'équilibre? Nous pensons que c’est au moyen de l’emploi simultané de l or et de l’argent.
La fixité materielle de la monnaie sera sans aucun doute plus grande, si celle dont on se sert n’est fOrgée que d'un seul métal 5 c’est même lé, pour nous servit de la locution anglaise, un Iniism ‘. Mais la fixité de la valeur économique ne suit point la même loi. On s’imaginerait à tort qu’il suffitj pour l'obtenir, de se prononcer d’une manière absolue soit pour l’or, soit pour l’argent, en excluant toute rivalité et tolit concours;
Qu’un disque de métal soit monnoyé, il n’en garde pas moins 1a qualité d’une substance variable, que le changement de forme extérieure n’efîaee point. Les Inétaux précieux n’échappent nullement à cette infirmité matérielle. L'idée de la fixité de la irt/cwr empruntée à l idenlité du métal employé est donc erronée. Le débiteur paye et le créancier reçoit plus ou moins qu’il n’a été stipulé, si depuis le moment où la convention a été passée, le taux du métal, constitué comme instrument légal de payement, a augmenté ou diminué. «Le créancier et le débiteur courent, dans un temps donné, une
‘ L’iio suite lie Vérité iiiiïve.
A l’appui du -MÉMOIRE SUR l’oH ET l’aRGENT. 51
certaine chance, selon que le métal de payement haussera ou baissera Jusqu’ici nous sommes pleinement d’accord avec .M. Michel Chevalier, qui se sert dans ce passage d'un langage scientifique aussi correct que la pensée qu’il exprime. Nous cessons de l'être lorsqu'il ajoute : « .Mais si les deux métaux sont étalons, il y aura double chance à courir, car aux variations de l’un il faut ajouter les variations de l’autre.»
Nous avons suffisamment expliqué pourquoi nous repoussons ce terme impropre d'étalons, quand il ne s’agit que du mode lé^jal de payement. « Il est un fait établi, c’est que dans les échanges on fait intervenir une marchandise intermédiaire qui variera peu sans doute, mais enfin qui variera. Ces légères oscillations sont acceptées d’avanfeV » C’est dit à merveille, et nous n’avons jamais prétendu autre chose; seulement il faut que ces oscillations soient légères, et pour y arriver il ne faut pas employer un seul métal précieux qui s’élève ou qui s’abaisse sans contre-poids, selon les modifications de l’approvisionnement, mais utiliser l’or et l’argent, car les variations qu’ils éprouvent se balancent par une inlluence réciproque, et font de cette variabilité môme un levier d’équilibre. L'obstacle devient moyen, s'il est permis de rappeler ici le sublime langage d’un de nos plus illustres écrivains.
Mais, disent des économistes distingués, qui, tout en repoussant l’application exclusive d’un des rné-
‘ Prnch- verbaux île la Commission monétaire île 1807, p. 23.
‘ Jbiil.
yiELOLES INDICATIONS
taux sur le marché universel, pensent qu’il en est autrement lorsqu’il s’agit d’un pays isolé : si un Etat emploie la double monnaie, il sera toujours en perte, ses débiteurs le payeront avec les espèces qui vaudront moins, et tes changements successifs amenés dans la circulation par l’invasion intermittente du métal le plus évalué entraîneront une détérioration continue dans les espèces, destinées à se dégrader de plus en plus et à s’affaisser complètement, ha position peut être commode pour les voisins, qui profitent doublement de la facilité ouverte par les pays dotés des espèces d'or et d'argent, également munies de la puissance libératoire d’après un rapport constamment maintenu, alors que la valeur relative est essentiellement mobile.
Nous ne pensons pas avoir atténué le principal argument invoqué en faveur du système qu’on décore du nom d'étalon unique. E.ssayons d’en saisir la portée véritable.
Nous craignons fort que les écrivains qui persistent dans cet ordre d’idées , n’aient oublié que chacun des motifs qu’ils invoquent rencontre une contre-partie qui l’efface, et qu’en fin de compte il ne reste debout que la flxité relative acquise au bénéfice de l’emploi simultané de l’or et de l’argent, quand on s’attache à prévenir les écarts soudains et extrêmes et qu’on se résigne à une fluctuation peutêtre un peu plus fréquente, mais de beaucoup plus faible. Celle-ci n’impose à chacune des parties qu’un sacrifice minime, qu’on pourrait considérer comme
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une sorte de prime d'assurance payée afin de mettre à l’abri de véritables sinistres qu’entraînerait l’emploi universel d’un seul métal.
Le centre de gravité de la valeur métallique, auquel tendent les oscillations restreintes, est le même que celui qui se retrouve dans l’autre hypothèse, après des oscillations beaucoup plus larges et par conséquent beaucoup plus périlleuses. Il n'y a aucune détérioration des espèces métalliques, préservées, par la fixité du titre et par l’identité du poids, de toute altération intrinsèque.
L’emploi d’un seul métal n’empêche pas la valeur de celui-ci de varier, et même de varier dans des proportions plus fortes. Si la France et le reste du continent n’avaient point maintenu, grAce à l’emploi intérieur de l’argent, le prix de l’or, après l’alluvion récente de ce métal, à quel danger l’.\ngleterre n’aurait-elle pas été exposée?
Il est un autre côté de la question que nous nous bornerons à indiquer ici, mais dont l’importance est grande. Des hommes bien placés pour en juger, entre autres M. Ilaggard, caissier de 1a Banque d’Angleterre, se sont plus d’une fois plaints de ce que l’argent n'y circulait plus A l’égal de l'or. Avec les deux métaux employés au payement, la réserve des banques résiste mieux, elle est moins exposé aux variations subites et extrêmes du taux de l’escompte, qui se manifestent surtout là où l’or domine sans partage ou bien quand il acquiert un rôle prépondérant, comme cela a eu lieu en France depuis une dizaine d’années.
yl’EI-OL'KS I MUr.A lit KSS
On s’inquiète du change des espèces d’or et d’argent qui se régularise facilement, ii peu de frais, et on oublie la gravité des perturbations du taux de l’escompte, que multiplie l'emploi exclusif ou plus général de l’or?
Le pays qui emploie une double momoie reçoit, dit-on, 1e métal d’un prix atténué, et il livre en échange celui qui fait prime; mais il ne perd rien, il arrive à tout compenser en maintenant dans un rapport plus fidèle la position relative des débiteurs et des créanciers. L’expérience a d'ailleurs été faite sur la plus grande échelle en France, depuis la loi de germinal an XI J ceux qui en demandent la révision devraient commencer par établir le compte fidèle des prétendues pertes que cette loi nous aurait fait subir. Ces pertes n’existent point; loin d'amener une perturbation quelconque, l’influence bienfaisante du système régulateur qu’on voudrait supprimer, en a prévenu une très-grave, lors des riches arrivages d’or.
C’est pour la première fois qu’on voit proposer un changement radical dont les faits observés ne révèlent en aucune manière la nécessité ; c’est pour la première fois que l’on voudrait faire courir au pays une périlleuse aventure, sans pouvoir justifier par aucun argument pratique cet entraînement de l’esprit d'innovation et de système.
Mais, dit-on, l’argent revient : la prime qui l’a fait porter au dehors a disparu; les choses en sont revenues à l’état primitif du rapport de 1 à 15 1/3
A L’Al'Pri nu MÉMOinE SUM l'(3II El t’AnnENT.
indiqué entre l’or et l’argent par la loi de gerniinal; nous sommes donc menacés de subir une monnaie lourde, encombrante, à laquelle répugnent les habitudes prises. L’or est le numéraire naturel des peuples riches, avec l'argent nous retomberions au niveau des peuples pauvres. Il faut donc se bâter de démonétiser nos pièces de 5 francs ou d’en afl'aiblir le titre, afin de maintenir l’or dans la circulation!
L’alarme qu'on témoigne de cette façon n'est-elle pas singulière? On accusait, il n'y a pas longtemps, la loi de germinal de nous avoir ravi notre argent, et maintenant quand l'action régulière du marché nous le restitue en partie, on y trouve un sujet de plainte plus vive encore. Gardons-nous de ces exagérations mal fondées: rendons-nous un compte plus exact des véritables éléments de la circulation, et du rôle que remplissent aujourd'hui les métaux précieux.
L’importance de ce rôle est loin d’avoir décliné, mais il s’est transformé. Il ne s'agit plus, surtout dans les régions commerciales, du transport matériel des espèces, mais bien de la solide garantie qu’elles fournissent alors qu’elles servent de couverture aux billets de banque, qui passent de main en main en qualité d’agiles véhicules du numéraire immobile. Il s’agit aussi, et h un degré bien plus élevé encore, de la fixité qu’elles assurent à l’expression numérique qui sert à traduire toutes les transactions en instruments de crédit, dotés aujourd’hui d’une activité bien supérieure à celle du numéraire. Les espèces d’or, aussi bien que les espèces d’argent, ne constituent
OIELODES INDICATIONS
plus que l’appoint des transactions commerciales, surtout dans les pays les plus riches. Le Clearing-hoit.se de Londres a fait en une année pour 125 milliards de francs d’affaires avec quelques millions de billets et moins de 1 million d’or. Les virements, les compensations, les chèques, les billets de banque constituent presque tout le mouvement des régions plus élevées de l’industrie; deux autres régions renferment les transactions moyennes et les petites transactions : les unes et les autres commencent à se solder au moyen des comptes en banque. Les métaux précieux ne circulent guère que dans les envois faits de pays à pays ou entre les particuliers. Pour les exportations et les importations, la différence des frais de transport, quand on y comprend l’assurance, est faible; en ce qui concerne les particuliers, on évoquerait è tort la fantasmagorie de lourdes piles d’argent dont ils seraient chargés: avec la pièce de 5 francs en argent, les pièces de 10 et de 20 francs en or, et les billets de 50, 100, 500 et 1000 francs, on pourvoit sans peine à tous les besoins et à toutes les convenances. Nous ne parlons pas de la pièce d’or de 5 francs, l’expérience l’a fait condamner; elle coûte trop cher, car elle s’use trop vite, et elle est trop perdable, pour employer l’expression populaire. S’il est ressorti quelque chose de certain de l’enquête monétaire de 1808, c’est ^ la presque unanimité des trésoriers payeurs généraux et des Chambres de commerce, s’accordant pour condamner la pièce de 5 francs en or.
Le billet de banque, avec les coupures pratiquées
A l’appci du mémoire sur l’or et l’aruent. 57
aujourd’hui, s’adapte aisément à tous les payements; les énormes réserves métalliques de la Banque circulent sous cette forme agile et commode, dont elles couvrent et garantissent la pleine sécurité. Deux ou trois pièces de 5 francs d’argent, quelques pièces de 10 et de 20 francs, et le surplus en billets de banque, cela suffit à tout, cela ne peut ni trop déranger ni incommoder personne de ceux dont l’aisance ou la richesse se traduit par l’habitude de porter une certaine somme. Du reste, en fait, ce sont les plus riches qui possèdent relativement le moins d’espèces métalliques; il en existe peu chez les banquiers et chez les commerçants, ceux-ci mettent en mouvement le billet et le chèque: il en existe le plus, toute proportion gardée, chez ceux dont la condition est la plus modeste, et ils ne répugnent nullement à la pièce d’argent de 5 francs. Les habitants de la campagne ont conservé pour cette nature de numéraire une prédilection marquée, à moins qu’il ne s’agisse de sommes plus fortes, comme celles qui proviennent de marchés de bestiaux, et qui jadis se soldaient en /ouw d'or. Aujourd'hui, à côté de l’or, le billet de banque commence à occuper une large place même dans ces opérations. Mais porter avec soi cinq, six, huit écus de 5 francs en argent, cela ne gêne point les populations rurales ; elles aiment sentir dans les poches un numéraire qui pèse, sans les fatiguer. A côté de l’or, elles emploient volontiers l’argent.
Les avantages monétaires appartiennent également, de l’aveu de tous, aux deux métaux précieux : sur un
QUELQUES INDICATIONS
seul point l’or l’emporte : il rcprt^ente une valeur supérieure sous un volume plus luible, il est plus léger à porter. C’est vrai; mais sans atténuer en rien cette supériorité relative, il faut reconnaître qu’elle arrive à un rang secondaire dans les attributs de la monnaie, et que les procédés modernes de la circulation alténueni singulièrement la portée de cette différence On ne saurait trop le répéter : l'or aussi bien que l’argent ne figure plus guère dans les transactions, que pour former les appoints; en dehors de fractions relativement faibles, les espèces demeurent presqu'immobilcs dans les grands réservoirs métalliques ; elles se bornent à fournir le gage et à préciser le sens des négociations accomplies.
Dans la campagne récemment ouverte en Allemagne afin de réclamer le payement légal en or {Gold~ wahrung), le désir de s'affranchir des petits billets de banque joue un grand rôle. Nous comprenons cette répugnance pour des coupures qui descendent à un thuler (3 fr. 75), à un /form (un peu plus de 2 francs) et même au-dessous, monnaie de papier aussi malpropre qu’incommode ; nous connaissons le danger qui accompagne cette exagération de l'émission fiduciaire. Mais, pour s’affranchir de cet inconvénient, ne suffirait-il pas de poser, comme nous l'avons fait, un minimum rationnel au-dessous duquel la coupure de papier ne descendrait pas ? Une fois ce parli pris et mis à exécution, la circulation de l’Allemagne, comme celle do 1a France, s'accomplirait aisément avec le triple élément de l'or, de l’argent et du billet.
A l’appii dü mémoire sur l’or et l’argent. S9
II suffirait, pour concilier les rapports internationaux, d’adopter le régime de la double-monnaie, en écartant la crainte superstitieuse, inspirée par une formule trop peu discutée. On est sur la bonne voie, .sous ce rapport.
Dans la réunion de la Société des Economistes de Berlin, du 31 x)clobre dernier, M. le conseiller Michaëlis, dont on connaît la haute compétence dans les matières économiques, s’est exprimé en ces termes:
« Herr Professer Wolowski verdiene grossen Dank dafür, dass er dem Dogma der alieinigen (îoldwâhrung entgegentrete ; denn hierzu habe viel moralischer Muth gehOrt, gegenüber dem absprechenden Dogmatismus vieler Volkswirthe. Durch nichts erleichtern wir das Auffinden des richtigen Weges mehr, aïs dadurch, dass wir die eigenen Vorurtheile wegréumen, die wir uns selber in den Weg gelegt haben. »(M. le professeur Wolowski mérite une vive gratitude pour s’être élevé contre le dogme de l’emploi de l’or comme unique moyen de payement légal, car il a fallu un grand courage moral pour affronter ainsi le dogmatisme hautain de beaucoup d’économistes. Rien ne facilite mieux l’accès du droit chemin, que d’écarter les préjugés dont nous l’avons nous-mêmes encombré.)
Nous avons essayé de traduire fidèlement des paroles, trop flatteuses pour nous; il paraissait nécessaire de les reproduire alors qu’on persiste de nous opposer, au lieu de raisons, un prétendu isolement parmi les hommes voués aux études économiques.
60 QUKLOUES INI)ICAT10^S
Oui, nous avons peut-être été presque seul au début, il nous a fallu le couraye moral, dont parle M.Michaëlis , alors qu'il s’agissait d'explorer un aspect nouveau de la question monétaire; si l’on manquait d’un pareil courage, on risquerait fort de voir les diverses branches des connaissances demeurer stationnaires. Toute vérité a commencé par être une négation presque isolée de l’erreur accréditée. 11 nous est arrivé, plus d’une fois, d’éprouver en France l’atteinte d’attaques peu mesurées de la part de ceux qui devraient tenir le plus à conserver le calme nécessaire dans un débat scientifique. Mais nous en avons été largement récompensé par le concours nombreux d’adhésions formelles, ou d’expressions d’encouragement de la part de ceux dans l’esprit desquels nous avons éveillé le doute, et qui reconnaissent la nécessité de soumettre à un examen nouveau et approfondi un problème dont l’importance et la difficulté ne semblaient pas être suffisamment appréciées.
Le président de la Société des Economistes de Berlin, l’habile défenseur du free-trade, M. Prince-Smith, nous envoie une lettre d’adhésion motivée aux principes contenus dans nos Notes sur la question monétaire; on y lit ces mots :
« Par cette petite publication vous ave/, rendu un grand service et très à propos, au monde entier. »
M. Max Wirth, l’auteur de l’ouvrage sur les Banques, directeur de la Statistique Suisse, dit :
« Je citerai votre opinion et déclarerai ouverte-
A l’aPPL'1 du MÉMOIHE SUR l’oR ET l’aRGENT. 61
ment mon adhésion dans la préface de la troisième édition démon deuxième volume qui est sur le point de paraître. »
Le savant, professeur Rau, de Heidelberg, correspondant de rinslilut de France, nous a adressé la lettre publiée plus haut (p. 42 et suiv.).
Notre illustre ami Roscher, professeur à Leipzig, correspondant de l’Institut de France, déclare, tout en faisant des réserves pour la question relative à l’emploi intérieur de la monnaie :
« Je reconnais, d’accord avec vous, que la transition du payement en argent au payement en or doit exciter en Allemagne une vive inquiétude, et je regarderais comme un malheur l’adoption universelle de l’or comme type unique de payement légal (Und esganz besonders fur ein Ungliick hielte, wenn die gesammte IVelt überhaupt zur alleiniger Goldwührung üherginge).
« Est-il vrai, comme vous l’expliquez ingénieusement en rappelant le pendule compensateur, que le but principal, qui est de mieux préserver la monnaie des fluctuations du marché, puisse être plus sûrement atteint par le mode de payement mixte (or et argent) que par le payement légal, uniquement prescrit en or ou en argent?
« Je n hésite nullement à répondre oui, quand nous nous plaçons au point de vue élevé qui embrasse le monde dans un grand système économique. Avec le payement mixte la variation du prix des instruments de la circulation peut être plus fréquente, mais elle sera moins forte qu’avec un métal unique... Cet
OÜELOÜES INDICATIONS
avantage d’une plus grande uniformité de prix constitue un progrès utile. Quelque chose d’analogue se présente aujourd'hui sur le marché universel, alors que certains Etats y portent le type or et les autres le type argent...
a Vous avez rendu un nouveau service à la science en faisant de celte question st difficile, mais si importante, l’objet de la discussion publique. »
Le docteur Wolgfang Eras, rédacteur de l’.lunuatre allemand d’ Economie politique, après avoir brillamment soutenu notre doctrine au Jlandelstag de Berlin, nous écrit :
« Vous avez probablement appris que la Société des Economistes de Berlin, sous la présidence de M. Prince- Smith. s’est occupée de la question monétaire. 11 n’y a pas eu de vote (on n’en émet point dans tes discussions de la Société des Economistes, pas plus à Berlin qu’à Paris), mais, d'après ce que je sais, la grande majorité des économistes de Berlin se range à vos idées.
« Veuillez m’autoriser à faire une traduction allemande de votre mémoire sur l or et l'argent, question monétaire; je la ferai procéder d’une introduction, et j’ose croire que cette publication contribuera à dissiper la confusion d’idées qui règne encore chez nous dans bien des régions au sujet du type monétaire. » L’éminent professeur d’économie politique à Manchester, M. Stanley levons, sans abdiquer les tendances anglaises favorables à l'emploi de l’or, déclare :
« Je n’ai garde de me prononcer catégoriquement dans la ijuestion du type monétaire double ou simple.
A l’appui du mémoire sdh l’or et l’argent. 63
elle me paraît hérissée de difficultés énormes, elle touche à une foule de faits et d’éléments d’appréciation, qui échappent à l’analyse exacte et qu’il faudrait pourtant connaître. La théorie y entre pour autant que la pratique.
a En ce qui concerne la théorie, vous avez admirablement développé le principe de ce qu’on nomme le double étalon et le danger auquel nous serions exposés de voir le taux de l’or hausser par suite de la démonétisation de l’argent.
a Les économistes de ce côté de la Manche prétendent d’ordinaire que' le système d’un double type monétaire, expose le pays aux fluctuations extrêmes des deux métaux... Ils ont perdu de vue l’action compensatoire dont vous parlez. En statuant que les payements peuvent s’efiectuer en or ou en argent d’après un taux légal, la loi do l’an XI, comme j’envisage maintenant cette matière, doit avoir pour effet de prévenir les fluctuations extrêmes du taux des deux métaux. C’est comme si l’on pratiquait une communication entre deux réservoirs qui arrivent à maintenir un niveau moyen, au lieu de monter et de descendre indépendamment l’un de l’autre'. Ainsi la loi monétaire qui régit la France a été sans doute pour beaucoup dans le maintien de l’or et de l’argent à un taux resfiectif presque uniforme. Je crois que l’once d’argent au degré anglais de fin, qui valait 59 deniers à Londres en 1845, ne s’est pas élevée en
* M. le (loclcnr Wolfgiing Eiüs s'élait servi d’une image analogue au Uandelslaij de Uerlin.
QUKLOCKS INDICATIONS
moyenne annuelle à plus de 62 deniers (1859) après les nombreuses découvertes d’or, pour retomber ensuite à 60 deniers trois quarts, en 1867. Je crois qu’en somme l’or et l’argent ont subi une dépréciation commune considérable, mais leur valeur relative n’a pas varié au delà d’une baisse maxima de 5 pour 100 Certaines personnes prévoyaient que la baisse de l’or se traduirait par une hausse de l’argent, elles avaient méconnu ce fait que l’or nouveau allait se déverser dans les canaux occupés par l’argent. L’or et l’argent influent réciproquement sur leur taux...
« ... Quoique je sois loin de pouvoir me prononcer avec assurance en cette matière, je vois et je dois reconnaître qu’en théorie, vous et les autres défenseurs de ce qu’on peut appeler le type monétaire alternatif, avez raison. Les choses se présentent autrement au point de \ue pratique, ce qui fait que j’incline à espérer l’extension du settl payement en or *. »
Le doute méthodique de M. Stanley-Jevons se trouve déjà partagé par beaucoup d’autres professeurs d’économie politique, qui, d’abord surpris de l’attaque dirigée contre ce qu’ils regardaient comme un axiome passé en force de chose jugée, étudient la question à nouveau.
' Ce taux marque les poiiils exirômes; l’écart du point central n'est même pas de moitié, en hiuisse comme en baisse.
* M. \V. Stanley-Jevons croit h une angmetUalion rapide des approvi>ionnenienls d'or; cette pen.sée domine la .solution pratique qu'il entrevoit ; mais on peut comparer la réserve et le ton dotit il use, qiiatid il parle d'une (piestion liéris.sée de graves diflicultés, avec le dogmatisme trancli.int ipii s'étale trop sotivenl chez nous.
A l'appii du mémoirk sur l’or kt l’argeni. 65
Nous pouvons nommer M. Schmoller, professeur
sciences d'EtaLk l’Université de Halle, il s’exprime ainsi :
« J’avoue que j’avais auparavant une opinion différente, j’étais convaincu de la supériorité de ce qu’on nomme le mode de payement simple [Einfach Wahrung). Vos écrits m’ont prouvé que nombre d’arguments sérieux militent en faveur du payement double {Doppel-Wahrung). La stabilité du marché y gagne beaucoup.
«... Je ne me trouve pas à même maintenant de vouloir me prononcer catégoriquement dans cette grave question. »
M. Hannsen, professeur d’économie politique à l’Université de Berlin, compte au nombre des premières autorités scientiûques de l’Allemagne, il dit :
« J’ai beaucoup médité sur la question capitale que vous avez posée dans le domaine de la discussion publique en Europe, en montrant le sens véritable de la loi de germinal an XI, qui n’a point créé un double étalon monétaire, dans l’acception attribuée d’ordinaire à ces termes, et en indiquant le danger auquel pourrait exposer l’adoption de l'unique étalon d’or dans le monde, au moyen de l’union monétaire des peuples civilisés.
« Je n’ai pas définitivement arrêté mes idées en cette matière : je reconnais la justesse de votre théorie, mais je ne suis pas encore parvenu à écarter quelques objections pratiques.
gUELQUGS INniCATIONS
« Tous ceuï qui ont sérieusement étudié cette question, se trouveront d’accord avec vous sur un point essentiel. Vous avez eu le grand mérite de le mettre en lumière. — Si la loi accorde au débiteur la faculté d'opter pour les payements entre l’or et l’argent, ce mode alivrnatif crée une mesure de la valeur sinon parfaite, du moins plus stable que celle qui se rattache exclusivement à l'un des métaux précieux. L’Europe, ou plutôt le monde civilisé, est redevable à la loi française de n’avoir pas été sérieusement troublé dans les intérêts ûnanciers par la perturbation qui menaçait les prix respectifs de l’or et de l’argent, à la suite des énormes arrivages de la Californie et de l’Australie. Une partie de ces arrivages a servi à la France, où la monnaie d’or remplaça successivement la monnaie d’argent...
a Une des principales considérations qui déterminent l'Allemagne en faveur de l’or, c’est la perspective de pouvoir ainsi restreindre la circulation de la monnaie de papier et des billets de banque
« Je termine comme vous en disant : .idhiic sub judice lis est, et en regrettant qu’à l’heure qu’il est je n’aie pas pu encore prendre un parti dans cette question qui est si difflcile à résoudre. Je vous serai toujours reconnaissant pour les points de vue nouveaux et pleins d’intérêt sur lesquels vous avez provoqué la méditation de ceux qui s'intéressent à ce grave probité. »
Le disciple et l’émule de Roscher, notre excellent ami, M. Knics, professeur d’économie politique à
A l’aPI>UI nu MÉMOIRE SUH l’oR El l’aRGENT. 67
l'ünivcrsité de Heidelberg, se tient (également dans une attitude d’expectative raisonnée i
« Vos traités sur la question monétaire, nous écrit-il, constituent un grand service et pour la science et pour la pratique de l’économie politique.
« Je me suis fortement étonné de ce que vous ayez été rudement malmené, en votre qualité de défenseur de la loi de germinal. Votre défense contient une partie absolument nouvelle, elle ne saurait être réfutée par des sentences connues de tout le monde et inexplicables après le changement du terrain de lu controverse.
« Je ne suis pas encore en état de dire mon dernier mot sur une question que j’étudie de nouveau avec zèle depuis quelque temps. A cette heure je ne peux pas prouver votre raisonnement en tous points, quoique j’aie la conviction qu’il est d’une haute importance, tout entier et dans tous les cas. 11 me faut attendre que mon jugement soit devenu plus mur et au eus où une différence d'opinion resterait, faire connaître mes idées par une exposition plus réfléchie. »
Nos savants collègues de Belgique, M. Emile de Laveleye, professeur d’économie politique è l'IIniversité de Liège, et Perin, professeur d'économie politique à l’Université de Louvain, accentuent davantage leur opinion. Le premier, après avoir longtemps hésité, nous écrit qu'il incline décidément de notre côté; le second nous a donné, dès l’origine de la discussion, un assentiment entier.
QÜKU,>LES INDICAIIONS
L’ancien président du Sénat d’Italie, M. le comte Frédéric Sclopis, que ses travaux ont depuis longtemps placé au premier rang des savants de ce pays, n’est pas moins affirmatif.
« J’ai lu, nous écrit-il, votre travail avec autant d’intérêt que de profit. Vous avez réduit à la plus simple expression une question que de nombreuses discussions avaient embrouillée. Cet écrit est clair, court et concluant; tel est le langage de la droite raison. Seulement je crois que vous avez eu tort de finir par ces mots : Adhuc sub judice lis est. Votre mémoire aura force de chose jugée en faveur de l’association des deux métaux précieux dans l’accomplissement de la fonction monétaire. »
Cette opinion a d’autant plus de poids qu’elle émane d’un penseur qui joint aux lumières de l’économiste la science du jurisconsulte ; en effet, la monnaie légale soulève plus encore une question de droit qu'une question d’économie politique.
Si nous nous sommes décidé à publier une partie des lettres écrites par des hommes haut placés dans l’estime du monde savant, ce n’est pas un triste sentiment de vanité qui nous y a porté; nous avons voulu montrer à quel point se trompent ceux qui, traitant ce débat d’une manière trop superficielle , n’aperçoivent point ce qu’il présente de délicat et de difficile. Il ne suffit plus de recourir à des affirmations hasardées, ni de se retrancher dans l’autorité d’une formule doctrinale, acceptée jusqu’ici, parce qu’elle n’avait pas été suffisamment étudiée ; elle ne
A l’appui DD MÉMOIRE SDR l’oR CT l’aRGENT. 69
concerne d’ailleurs en aucune manière le nouveau problème soulevé par la monnaie internationale, destinée à régler les transactions du marché universel. Nous n’avons point la prétention d’affirmer la force victorieuse du système que nous défendons, mais nous le croyons de nature à provoquer et à supporter une discussion approfondie.
La loi de germinal an XI, ne nous paraît avoir été ni suffisamment étudiée dans son principe, ni justement attaquée. Tout s’est borné à des sentences doctorales, sans démonstration quelque peu approfondie ; les inconvénients du système qui nous régit n’ont été prouvés ni en droit, ni en fait, et quand on affirme que la question est vidée contre la loi de germinal, on ne tient compte ni de l’opinion presque unanime des hommes pratiques, à ce connoissanis , qui la défendent, ni de l’avis des économistes, qui se partagent sur la solution 'du problème. La section d’économie politique, statistique et finances dont nous avons l’honneur de faire partie à l’Académie des sciences morales et politiques, ne compte quun membre, M. Michel Chevalier, qui demande instamment la révision de la loi de Tan XI, tandis que les autres la repoussent ou bien tout en admettant le principe théorique d’une seule monnaie légale pour un pays pris séparément, ne croient nullement à 1 urgence d’une modification législative *.
' La section se compose, par ordre d’ancienneté, de MM. le baron Cliarles Dupin,— Hippolyte Passy,— Michel Chevalier,— marquis d’Audiffret,— Wolowski, — Léonce de Lavergne,— Vuitry,— Levasseur.
OlIEIXJl'ES IMtICATIONS
La société d’économie politique a vivement discuté cette question ; ce qui nous fait bien augurer de 1 avenir, c'est que des hommes jeunes, pleins d’avenir, dont les convictions se forment à la lueur du débat, au lieu d'être embarrassés de liens anciens, se prononcent dans notre sens. L’auteur de l'histoire du Communisme, connu par d’autres travaux importants, M. Alfred Sudre, nous écrit ;
« J'ai lu avec le plus vif intérêt votre notice sur l’emploi simultané ou plutôt alternatif de l’argent et de l’or comme monnaie. Votre opinion me paraît bien fondée. »
C’est dans ce sens que s’expriment M. Léon Say, qui porte dignement un nom illustre , et les deux jeunes et brillants lauréats d'un concours récent de l’Académie des sciences morales et politiques , MM. Leroy-Beaulieu et Georges Renaud. Ce dernier nous adresse une note qui résume d'une manière heureuse ses idées en cette matière '.
Un jurisconsulte éminent, qui est aussi un écono-
' La valeur des choses est une qiiantUé variable, l’oiir mesurer la valeur, il faut aünieltre une valeur; celle-ci ne saurait être d’une fiüilc absolue, ce serait ini|iussible à obtenir; niais elle doit être aussi peu variable que possible.
La monnaie est celte valeur. Pourquoi jouit-elle do cette fixité relative? Parce que l'or et l'argent ne jouent (|u'nn rôle relativement insignifiant dans les usages ordinaires de la vie; que leur usage le plus rrêqncnt et le plus fructueux est celui qu'on eu fail sous foruic de tnun- «nie; que leur mode d'utilité, ils le tiennent en grande partie de la loi établie jiuur répondre aux besoins de ceux qui échangent.
Quand je di.s que la valeur de la monnaie a une grande fixité relative, j’entends dire qu'elle a une variabilité moindre ; voilà tout.
Cette valeur inonélairc doit servir de mesure à la valeur des clioses.
A l’appui du mémoire sdh l’or et l’argent, 71
miste exercé, et qui l’a bien prouvé quand il a ouvert un cours d'économie politique à l’Ecole de droit de Toulouse, M. le professeur Rodière, adhère à toutes nos idées en matière monétaire.
Il impoiTc dune de rcdiiire ici encore, s’il est possible. In variabilité au miniinuni.
Cmntncnl y arriver?
L.i valeur de l'or est exposée à varii r suivant l’activité de la production et l’abondance de ce métal sur le marché
La valeur de l’argent est exposée aux mêmes cbanccs.
Ne prendre (pie l'or ou que l’argent pour rauiiiiaic, c’est prendre pour mesure de la valeur une valeur encore susceptible de subir des variations trop rapides.
Que faire?
te que nous devons obtenir, ce n’est pas une unité fisc de la valeur, un étalon de la valeur. Pour mesurer des quantités variables, on ne peut employer ici qu’une mesure elle-même variable. Mais cette mesure doit varier aussi peu que pos-ible.
Or la mouuaie tient en partie sou utilité de la loi. Est-ce que la loi ne punirait pas augmenter cette utilité?
Certainement.
La loi dit ; « Le r.qipoi t actuel de valeur de l’or et de l’argent est do 13 et demi. Je ne puis afiirmer que ■P'.oü d’argent vaudront constammculâO centigrammes d’or. Je n'en ai pas le pouvoir. La râleur d'nn uiêine objiT varie suivant les individus et les circonstances. Je no puis obliger à exister toujours une chose, comme la valeur, ipii ne mo doit pas son existence. Je puis senlcnient dire, en dehors de toute idée de rapport de valeur : 4*, 30 d'argent seront refus pour 29 centigrammes d'or, c'est-à-dire dans le rapport de 13,5 (i I.»
Conséquencos :
Le rapport des deux métaux vient à varier.
1° Il s’élève à 16, c’est-à-dire 4*, 64 d’argent valent 29 centigrammes d’or. Or, d’après la loi, dans les payements de marchandises, 29 centigrammes d’or ne seront reçus que pour l.i même quantité de marchandises valant 4s,30 d’argent 11 y aura donc avantage, dans cette variation de rapport de valeur des deux métaux, à payer les marchandises en argent, et l’or se retirera de la circulation ou s’exportera;
2° Le rapport tombe à 13, c’est-à-dire 4s,33 d’argent valent 29 centigrammes d'or,
La loi admet l’échange de 4*, 60 d’argent contre 29 centigrammes
QL'ELOUES INDICATIONS
On connaît depuis longtemps l'opinion, conforme à la nôtre, que M. Courcelle-Seneuil a émise. Nous
d'or. Il y aura doue avaiilage à payer en or. L'argent se retirera à sou tour de la circniulion ou s'exportera
De celle façon, la valeur île l'or et 'de l'argent oscille autour d'un point, sans pouvoir s'en écarter sensililcment dans aucune circonstance. On obtient ainsi nue valeur aussi peu variable ipio possible, et à l’abri des pcriurbalious qid résulteraient de l'abandou ou de la rareté inévitable, dans le cas où nu seul métal serait adopté pour monnaie.
Cbacnn reste maiire de clioi.sir son unité, un d’en changer si bon lui semble. C'est la liberté dam l'emploi de runilc monétaire.
Li monnaie îi deux métaux est, en économie politique, l'équivalent du pendule compensateur en phy>ique; c'est aussi la voile que l'on tourne dans tel ou tel .sens, suivant la direction du veut, suivant la direction des prix les moins élevés de l’un on l’autre métal.
Les pays producteurs du l'im des deux métaux adopteront l'autre pour unité, parce que sa valeur sera moins variable chez eux. L^s contrées produisant de l'or adopteront l'argent, et celles produisant de l'argent prendront l’or. Toutes n'eu maintiendront pas moins dans la loi ce principe, que 4*, 50 d'argent seront reçus pour 29 ceiiligranmies d’or.
Je conclus à l'emploi simultané des deux métaux précieux comme monnaie et i l’établissement d’un rapport légal entre les qiiantités échangeables des deux mét iiix précieux.
Je suis arrivé à la certitude de cette vérité, non pas en disant :
La loi déclare que d’argent valent 29 centigrammes d’or.
Elle n’est pas en dioit de le déclarer.
Mais j’y suis arrivé en disant :
La loi déclare que 4», 50 d’argent xcronl reçut pour 29 centigrammes d'or.
Eu déclarant que 4*,50 il’argent seront reçus pour 29 centigrammes d’or, la loi provoque en phénomène ; l'emploi successif, dans la pratique, comme monoaie, de l'ur ou de l'argent, quelquefois même l’emploi simultané.
Elle établit ainsi une unité monétaire alternative.
Mais il faut pour cela que le commerce des métaux précieux soit entièrement libre. Georges Renaud.
* M. Renaud fait avec raison ressortir comine un avantage ce mouvement naturel et libre, que des économistse distingués ont cependant présenté comme un argument contre l'adoptien de la double monnaie légale.
A l’aPPCI ini MÉMOIRE SUR l/OR ET l’aRGENT. 73
pourrions accroître ces indications en y joignant un grand nombre de noms d’auteurs connus et respectés ; ceux-là suffisent pour qu’on sache à quoi s’en tenir sur notre prétendu isolement. Les idées dont nous avons essayé d’étre l’interprète ont rapidement gagné parmi les hommes de science, en France et en Europe, le terrain qu’ elles occupaient déjà dans le domaine de la pratique.
Il importe de ne pas s’y méprendre : autre chose est la question de l’emploi exclusif d’un métal ou de deux métaux dans le même pays, seule question qui ait été abordée par les écrivains jusqu’à ces derniers temps, autre chose la question de l’emploi simultané ou exclusif de l’or ou de l’argent comme monnaie internationale sur le marché universel. C’est un problème qui, loin d’être résolu, se trouve à peine abordé et qui demande une mûre délibération.
On s’est armé d’une résolution récente du handelstag de Berlin pour prétendre que la question se trouvait tranchée en Allemagne dans un sens contraire à notre doctrine. Il ne sera pas inutile de retracer rapidement le véritable état des choses.
La diversité des monnaies, la multiplication des billets de banque aux plus faibles coupures, l'absence de l’or et le désir d’arriver à la numération décimale ont provoqué au delà du Rhin, parmi les connmerçants et les industriels, un mouvement prononcé en faveur d’une réforme monétaire. Indispensable à l’intérieur du pays, celle-ci peut resserrer aussi les liens internationaux, en s’accommodant' aux
C'ÜELOCES INDICATIONS
formes du numéraire employé par les peuples civilisés.
Ainsi que cela se pratique pour les jurisconsultes qui ont leur réunion annuelle {juristentag), pour les économistes convoqués en congrès scientifiques, pour les médecins, les botanistes, les instituteurs, etc., etc., une espèce de congrès libre des villes et dès chambres de commerce s’est constitué en prenant le nom de hamleJsing, dans le but d'examiner les principales questions d’économie praticjue, afin d’inviter les gouvernements s’occuper de la solution de ces problèmes. Il a plusieurs fois donné lieu à des discussions pleines d’intérêt qui, sans aboutir à aucune décision obligatoire, ont éclairé des sujets importants.
A une première session tenue à Heidelberg en mai 1801, le handelsiag s’est prononcé dans le sens de l’unification monétaire de l’Allemagne. Il a pris pour base la convention signée à Vienne le 24 janvier 1857, et adopté la division de la livre d’argent fin en 30 tbalers, en prenant pour unité monétaire le marc, égal au tiers du thaler. Il a recommandé en même temps le monnayage des pièces d’or, à la taille de 77 1/2 à la livre, à neuf dixièmes de fin, c’est-à-dire entièrement pareilles aux pièces d’or de 20 francs, et l’admission de ces pièces dans les caisses publiques, suivant un tarif officiel basé sur le cours des métaux précieux.
Cette solution fut également admise par le handclsiag réuni à Francfort le 27 septembre 1865.
Il s’agissait, comme on le voit, de maintenir l’argent comme seul moyen de payement légal, en faisant
A l’appui nu MÉMOIRE SUR l’oR ET l’aRGENT. 75
de l’or une monnaie périodiquement tarifée Kuivant le taux du marché. Le vote avait été presque unanime; cependant les gouvernements allemands n’y donnèrent aucune suite, malgré l’insistance des délégués du handdstag.
Les choses en étaient là lorsqu’à l’occasion de l’exposition universelle une conférence monétaire internationale se réunit à Paris pour délibérer sur les bases d’une union monétaire, qu’elle recommanderait à l’attention des divers gouvernements. Il faut être fixé sur la nature et la portée de cette conférence, qui s’est bornée à un examen théorique des diverses questions portées devant elle, et n’a même pas formulé d'avant-projet. Sans manquer en rien à ce que commande la haute position des commissaires, il est permis de dire que les procès-verbaux, rédigés avec soin, ne portent nulle trace d’une discussion approfondie. Presque aucun des problèmes si graves qui se rattachent à l’emploi de l'or ou de l’argent comme instruments de payement légal n’a été abordé : on s’est borné à des affirmations. Nous aurons occasion de soumettre à une étude complète les travaux de la conférence; qu’il nous suffise, pour le moment, d’en signaler le résultat.
L’opinion de la majorité était formée d’avance en faveur de ce qu’on nomme l'étalon unique d'or; néanmoins il ne faut pas oublier les remarques faites par le docteur Soëtberr, rapporteur au handelstag récent de Berlin. Les Etals dont le système monétaire est le plus solide , savoir : l’Angleterre, la Hollande et l’Al-
QÜELQCBS INDICATIONS
lemagne du Nord, ont mis le plus de réserve à se déclarer en faveur de l’union monétaire, tandis que les délégués des Etats-Unis, de la Russie et de l’Autriche, qui ont le papier-monnaie, y ont mis le plus de zèle.
La conférence a décidé à l’unanimité, moins la voix de la Hollande, qu’il y aurait possibilité de réaliser l’union monétaire a sur la base et sous la condition de l’emploi de l’étalon d’or exclusif, en laissant à chaque Etat la liberté de garder transitoirement l'étalon d’argent. »
M. Mees, président de la banque des Pays-Bas, avait déclaré qu’il considérait comme un inconvénient d’adopter universellement l’étalon d’or, parce que l’argent ne serait plus qu’une monnaie divisionnaire et que, par suite, l’or hausserait considérablement de valeur. Cette observation n’amena aucun débat.
Les réponses formulées après un examen rapide sont des solutions doctrinales recommandées à l’attention des gouvernements, comme pouvant servir de base à des négociations ultérieures. Sans contredit, l’opinion ainsi exprimée mérite attention, mais elle ne saurait entraîner la balance, surtout lorsqu’on n’a vu donner aucune suite effective à la délibération. La conférence avait décidé que ses votes seraient communiqués aux divers Etats, et que le gouvernement français, d’après les réponses qui lui seraient adressées, convoquerait, s'il y avait lieu, une conférence nouvelle. La formule admise n^rle : O II serait désiraLlo u obtenir une réponse avant le 15 février prochain (1868). »
A l’appui bU BfÉMOlRK SUR l’oR ET l’ ARGENT. 77
Cette formule a réuni l’adhésion de Bade, de la Bavière, du Danemark, des Pays-Bas, de la Prusse, de la Turquie et du Wurtemberg, ainsi que du Portugal et de la Russie, qui ont ajouté : «Ou plus tôt, si faire se peut. »
L’Autriche, la Belgique, l’Italie, la Suède et la Norwége réclamèrent une date plus rapprochée, le 1" octobre 1867, tandis que les Etats-Unis votèrent pour le 15 mai 1868 et la Grande-Bretagne pour le 1" juin 1868.
Plus d’une année s’est écoulée sans qu’aucune réponse soit parvenue, par conséquent sans qu’on ait pu donner suite à ces débats préliminaires-, tout se borne encore, pour emprunter une expression de M. de Parieu, à une semence « dont l’époque de germination est très-difficile à déterminer. » Si l’Autriche, pays qui n’a dans la circulation régulière ni monnaie d’or ni monnaie d’argent, mais la triste monnaie de papier, est entrée en négociation distincte avec la France, la commission royale réunie en Angleterre a émis un avis négatif.
Le représentant de la Prusse à la conférence monétaire de Paris, M. le conseiller Meinecke, tout en se prononçant en principe abstrait pour l’étalon d’or, a conservé la plus grande réserve quant aux déterminations ultérieures. Les paroles qui ont servi à formuler son opinion sont utiles à rappeler ‘.
O II ne prétend pas invoquer les sympathies de la conférence en faveur du système monétaire prussien;
' Conrérunce inuiiéUire iiileniationale; procès- vui baux, p. 19 et 10.
QUELQUES INDICATIONS
car il pense qu’on ne peut remplacer l’étalon d’or dans tous les pays qui l’ont adopté par l’étalon d’argent, seul en vigueur en Prusse. Ce serait donc à la Prusse à renoncera son étalon, si elle voulait se rallier à une union monétaire générale. Or en Prusse on est satisfait de l'étalon d'argent, la circulation monétaire dont il est la base est excellente, et on n'a aucune raison urgente d'y apporter un changement aussi considérable que celui qui résulterait de la suppression de cet étalon. D’autre part, la difficulté d’adopter l’étalon d’or est beaucoup plus grande pour la Prusse que pour tout autre pays. Cependant, sans avoir la pensée de modifier dès à présent son système monétaire, le gouvernement prussien ne manquerait pas de prendre la question en considération, si les travaux de la commission aboutissaient à une base d’entente monétaire générale. Il étudierait avec soin quels seraient pour lui les meilleurs moyens de s’y rattacher, et lorsqu'il aurait pris quelques mesures à cet égard, il les com* muniqueraità ses confédérés du Nord, dont le concours lui est indispensable, en même temps qu’aux Etats du sud de l’Allemagne, ses cosignataires dans le traité de 1857. M. Meinecke ajoute que c’est avec ces réserves qu’il prendra part à la discussion et qu’il donnera ses votes. »
Certes ce langage n’a rien qui permette de présumer une prochaine adhésion de la Prusse à l'union basée sur l’emploi exclusif de l’or '.
’ Une lettre écrite le 19 février 1869 par M. Braun, député et économiste distingué, confirme cette appréciation.
A l’appui dü hémoihe sur l’or et l’argent. 79
Les faits accomplis depuis deux ans le permettent encore moins. Les résolutions prises en octobre dernier au handelsiay de Berlin n’ont pas la valeur qu’on leur attribue quand on ne porte pas une attention suffisante sur la marche du débat.
L’écrivain distingué, le statisticien éminent qui a mis le plus d’ardeur à demander le payement exclusif en or. la goldwàhrung , n’a pas invoqué de raisons bien puissantes; il s’est surtout fondé sur deux circonstances qui lui semblent à tort préjuger la solution. — Il a proposé, comme rapporteur, le retrait des décisions antérieures du handehtag : 1“ parce que les gouvernements allemands n’ont pas donné suite à la proposition du 17 septembre 1865, arrêtée au handehtag de Francfort ; 2° parce que les décisions de la conférence internationale de 1867 semblent avoir définitivement vidé le débat à l’avantage de l’or; l’Allemagne devrait accepter docilement le fait accompli.
C’est singulièrement exagérer la portée des arguments produits; si les gouvernements allemands n’ont pas admis la décision prise à deux reprises par handehtag, ce n’est point qu’ils soient décidés en faveur de l’or, mais à cause d’autres difficultés relatives au mode d’unification proposé pour la monnaie germanique. Cela prouve, soit dit en passant, que la juste considération dont le handehtag est revêtu ne suffit point pour donner à ses conseils réitérés l’autorité décisive qu’on a prétendu leur conférer chez nous. C’est un congrès d'hommes éclairés qui se livre à des investigations utiles , mais sans autre influence que
OLELQIJES INDICATIONS
celle des raisons mises en lumière ; ce n’est pas un corps constitué appelé à prononcer sur des questions qui impliquent un grave changement de législation et de rapports sociaux. Le premier motif invoqué par M. Soëtberr n’est pas de nature à relever l’importance de la nouvelle détermination admise par le handelslag.
Le deuxième motif est plus faible et plus fugitif encore. La conférence internationale de 1867 n’a même pas abouti à un avant-projet-, eWe s’est bornée à la solution doctrinale de quelques points, après un débat fort court où tes affirmations ont joué un plus grand rôle que la discussion sérieuse d’un problème hérissé de difficultés dont on ne paraissait pas saisir la gravité. Aucune suite n’a été donnée à ces thèses; au lieu de faire avancer la question de la monnaie internationale, la conférence de 1867 risque fort de l’avoir fait reculer, car elle a détourné de la voie pratique ouverte par la convention monétaire de 1865, convention qu’on pourrait facilement étendre, et améliorer en l’étendant, surtout si l’on parvenait à faire établir dans les divers Etals un change légal uniforme entre l’or et l’argent; on arriverait ainsi à supprimer ce qui a été un mal nécessaire, la monnaie d'appoint à titre altéré. Mais, au lieu d’avancer dans la voie déjà ouverte, on court après une solution contraire au développement séculaire des instruments employés comme intermédiaires des échanges, contraire à la nature des choses, qui a également destiné l’or et l’argent à la fonction mo-
A l'aPPDI du mémoire sur l'or LT l’ ARGENT. 81
nétaire, on abandonne une route tracée, sur laquelle il serait facile d’obtenir la conciliation de tous les intérêts et les facilités désirées de la monnaie internationale.
M. le docteur Soëtberr invoque les deux motifs dont nous venons de montrer la fragilité, et il ajoute ; « Cela suffît pour décider le handelstag à revenir sur la décision précédente. » Sans être trop exigeant, il nous paraît que l’on pourrait désirer davantage, d’autant plus que dans sa loyauté M. Soëtberr ajoute : « La proposition d’introduire le type or en Allemagne rencontrera une vive opposition, elle aura à vaincre d’importantes objections et de graves ditfîcultés. Beaucoup de ceux qui avaient gardé le silence le rompent, aujourd’hui que la solution semble se rapprocher du terrain pratique, pour se prononcer énergiquement en faveur de l’état des choses actuel et pour s’opposer à la réforme. » Telle est notamment l’attitude unanime et énergique de la représentation commerciale de Berlin.
Cela ne suffît pas pour arrêter M. Soëtberr, alors que d’autres grands Etats lui paraissent, nous ne savons de quelle manière, donner l’exemple, et qu'il s’agit d'établir l’unité monétaire en Allemagne. Ce dernier motif est, sans comparaison aucune, le plus sérieux; mais les avantages de Yunité intérieure, s’ils préparent un rapprochement international, ne doivent pas risquer de produire une véritable révolution métallique, sans nul profit pour les relations commerciales du monde.
ÜUELQCES INDICATIONS
Le savant rapporteur n'est pas de ceux qui tranchent dogmatiquement les questions dont la difficulté complexe se dérobe à leurs yeux. Tout en combattant sa doctrine, nous rendons hautement justice à son esprit impartial et à su rare connaissance des faits statistiques, connaissance dont il a depuis longues années fourni des preuves nombreuses. Loin de nier l'influence salutaire exercée de notre temps par l’emploi légal des deux métaux, il la constate en ces termes :
« On doit reconnaître que l’emploi de la double monnaie aux fêtais Unis et en France a préservé depuis 1850 l’or d’une baisse rapide. » Il montre aussi que, malgré la demande accrue de l’argent pour les Indes, le rapport entre les deux métaux n'a été que faiblement altéré.
Ou il nous soit permis d’ajouter que nous avons obtenu la preuve directe de la manière calme et mesurée adoptée par M. Soëtberr dans l’examen de cette question; aussi avons-nous eu la satisfaction de voir que la dissidence des vues, loin d’affaiblir nos anciens liens d’amitié, n'avait fait que les raffermir par l’échange loyal des idées. C’est ainsi que M. Soolberr nous écrit :
a Je dois, d’un autre côté, remarquer que les arguments développés par vous avec tant de vigueur pour la défense du système monétaire français ont une importance plus grande que ne le croient les adversaires de ce régime; plusieurs de cos derniers paraissent n’avoir point compris la valeur véritable de ces arguments; ils répondent à ce que vous n’avez
A l’appui du mémoire sur l’or et l’argent. 83
nullement soutenu *. Il en est de la question monétaire comme de beaucoup d’autres problèmes engagés sur le terrain de l’économie politique. Chacun des deux systèmes présente un côté brillant et un côté plus obscur ; on doit peser lesavantages mis en regard pour faire pencher la balance et admettre la solution préférée, en acceptant les inconvénients qu'elle entraîne. On ne saurait contester que l’emploi d'une double monnaie légale, notamment en France et aux Etats- Unis, a exercé sur l’ensemble des intérêts économiques la plus heureuse influence pour faire équilibre à la soudaine et énorme production de l’or californien et de l’or australien. Vos adversaires en prennent beaucoup trop à leur aise pour combattre vos idées. »
Une pareille appréciation a de quoi nous raffermir dans nos efforts, d’autant plus que les principaux motifs que nous faisons valoir no sont point contredits par M. Soëtberr.
Après avoir signalé l’exagération des craintes de baisse qui faisaient réclamer, il n’y a pas plus de dix ans, la démonétisation de Vor, le savant rapporteur reconnaît que depuis quelque temps sont nés des soucis en sens contraire. On prévoit que l’or va renchérir et l’argent diminuer de prix. Certes, cette perspective n’a rien d’encourageant pour l’adoption de l’or seul comme monnaie légale dans la confédération
• Cela s’applique iintammcnt à la rniifiision créi'e i’i plaisir pour nous présenter Gotnme le défenseur d'un double étalon, d’uue double meture de lu valeur, alors que nous ii’avons jamais parlé que d’un double mode de payement légal, d’une option qui combine l’action des (Jeux métaux, et qui restreint leurs variations naturelles. L. W.
QUELQUES INDICATIONS
germanique. A quel prix pourrait-on espérer cette transformation, alors que la masse d’argent que l’Allemagne possède est énorme? Nous avons vu que le professeur Rau l’évalue à environ 2 milliards; le calcul de M. Soëtberr va plus loin encore. Or cette masse se trouverait précipitée sur le marché par la menace d’une démonétisation à courte échéance. 11 ne s’agirait point de l’addition successive de quelques centaines de millions d’argent, fruit de l’extraction laborieuse des mines, mais de l’offre soudaine d’une somme colossale, déjà transportée et réunie sur le continent européen. Qu’on se rappelle l’effet produit par l'action de l’or hollandais quand il a été privé de la puissance légale de libération et réduit à la valeur commerciale: quelques centaines de millions ont suffi pour jouer un grand rôle dans l’affaiblissement temporaire du prix de l’or ; ils y ont contribué plus vivement que les arrivages échelonnés des placers nouvellement découverts. L’influence d’une offre simultanée de sommes d’argent qui se chiffrent par milliards ‘ deviendrait désastreuse ; la matière première métallique dont se compose la circulation actuelle au delà du Rhin perdrait beaucoup de valeur, en même temps que l’or, élevé à une puissance exclusive, gagnerait rapidement un exhaussement de prix; Véchaïuje projeté entraînerait donc une charge considérable.
Pour ne pas trop effrayer le handelstag, M. Soëtberr
' Les Étuis scaiiiiiiiavus fcrai>!iit cviduiimii'iit cc que décideruil l'AIluiiiugiie, et la llullaiide clle-iiième sérail entraînée de ce c6lé.
A l’appui du mémoire sur l’or et l’argent. 8.^»
a essayé de montrer que l’argent continuerait h circuler en masse comme monnaie d’appoint. Mais s’il porte de ce côté la précision de calcul qui lui est habituelle, il reconnaîtra promptement qu’il ne s’agit là que d’un emploi relativement restreint : en consultant l’expérience de l’Angleterre, et en admettant les prévisions les plus larges, la monnaie d’appoint n’absorberait pas le sixième de l’argent qui circule aujourd’hui sous forme de numéraire. Que deviendraient les cinq sixièmes?
Dire quela suppression des petits billets, inférieurs à 10 thalers, suffirait pour maintenir l’usage de l’argent, c’est oublier le rôle assigné naturellement aux nouvelles pièces d’or, dont la valeur doit descendre à 20, 15 ou 10 francs, et même au-dessous, c’est oublier l’argument principal qu’on fait sans cesse valoir en faveur de la réforme monétaire quand on indique l’avantage de manier de légères pièces d’or au lieu de lourdes pièces d’argent.
Le débouché offert par la vaisselle plate ne nous rassure point : nous ne sommes plus dans l’âge où les magnificences de l’orfèvrerie s’étalaient dans des châteaux luxueux ; l’on fabrique plus de ruuh que d’argent massif. Enfin le recours à l’emploi accru de l’argent pour \a photographie ne semble guère peser dans la balance.
S’appuyer uniquement sur ce qu’on appelle la décision de la conférence de Paris, ce n’est pas assez. Celle-ci n’avait aucun pouvoir de nature à donner cette gravité aux solutions purement théoriques qu’elle a
QUELQUES INDICATIONS
poursuivies. Elle a simplement recommandé celles-ci à l’élude des divers gouvernements, qui ne semblent pas très-pressés de conclure.
M. Soëtberr, après avoir invoqué à tort l’autorité de la chose jugée, exprime l’opinion que les inconvénients de l’emploi du double métal l’emportent sur les avantages qui lui appartiennent. Pourquoi? Parce que, dit-il, la mesure de la valeur doit être une et stable. C’est toujours la même confusion, qui aboutit à la même méprise. On commence par supposer qu’il s’agit d’obtenir un étalon fixe de la valeur, ce qui est une chimère, et l'on oublie les leçons de l’expérience dont il résulte clairement que la fixité relative de la monnaie s’établit le mieux par faction combinée des deux métaux.
Le rapport de M. Soëtberr concluait à la pièce de cinq francs en or comme base du système de la monnaie internationale; si c'est dans le but de faciliter la comparaison des divers multiples de cette unité admis dans les divers pays, ce système peulêtre défendu ; mais il ne reposera point sur une base matérielle, usuelle, car un disque d’or d’une aussi faible valeur est d’un emploi incommode; il devient trop coûteux par le frai considérable qu’il subit.
Les motifs développés dans le rapport de M. Soëtberr n’ont guère répondu à l’attente générale; il fallait que la cause fût mauvaise, pour ne pas fournir de raisons plus décisives à un écrivain d’un mérite aussi réel, à un dialecticien aussi vigoureux.
On semblait au handelsiag ne pas s’attendre à une
A l’appui nu MÉMOIRE SCR l’oR ET l’aROENT. 87
discussion prolongée; la pensée d’une solution déjà arrêtée par la conférence de Paris pesait sur le débat, et le désir dominant d'unifier la monnaie germanique poussait à l’adoption rapide du projet de la commission. Néanmoins, au sein même de cette réunion, des voix autorisées ont combattu les propositions faites; plus du tiers des membres se sont refusés à les voter, en présence des critiques nettement formulées. Ce résultat n’était pas prévu ; on croyait que tout se bornerait à un simple enregistrement, et la surprise de ceux qui invoquaient la loi suprême de la nécessité a été grande quand ils ont rencontré une opposition aussi forte, opposition qui n’a fait que grandir au dehors depuis la réunion du handelstag de Berlin, et qui s'appuie sur l'opinion d’économistes allemands d’une haute distinction d'esprit.
M. le docteur Schmidt, délégué de Berlin au dernier handelstag, a combattu avec vigueur les aperçus de M. Soëtberr. Les motifs invoqués pour faire adopter exclusivement l’or lui ont paru fort insufûsants, et il a montré que les circonstances invoquées n’avaient point la signification qu’on leur prêtait. On avait parlé de l’Autriche, mais celle-ci est hors de cause puisqu'elle subit le papier-monnaie.
M. Schmidt a invité ceux qui abordent cette question à ne pas oublier le capital énorme dont la monnaie fournit l’expression en rentes, en dettes, en impôt, en traitements. Pour tout ébranler, il faudrait une invincible nécessité, et rien de pareil ne se rencontre. Il ajoute que, pour passer à la seule mon-
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naic d’or, il faudrait que celle-ci eût été longtemps en usage, comme cela avait eu lieu en Angleterre; pour le peuple allemand, ce serait une langue nouvelle à étudier, il risquerait fort de rester longtemps sans la comprendre. EnOn ceux qui préconisent tant les avantages naturels qu’ils attribuent à l’or devraient avoir plus de confiance et, au lieu de recourir à la contrainte légale, attendre que l’or occupe le terrain.
Le conseiller privé Riedel, directeur des archives, connu par des travaux économiques sérieux, s’est énergiquement prononcé contre un type légal unique, soit d’argent, soit d’or. Il y a vu un abus d’autorité qui troublerait profondément les relations naturelles. Suivant lui, les représentants sincères du commerce libre ne sauraient admettre une pareille décision. Comment contraindre le négoce à renoncer à l’argent, base actuelle de toutes les transactions? Ce serait un véritable coup d’Etat, et cet acte de violence serait une violence inutile. Aucune néce.ssilé, aucun motif sérieux n’y conduit. Si le système de l’or est bon, qu’on laisse faire la monnaie d’or, sans la doter d’un monopole légal, et le mouvement s’opérera de lui-même.
Mais on fait cette objection : « Il ne faut qu’un seul métal pour servir de mesure du prix, d’instrument d’échange, de matière monétaire. » C’esi, dit M. Riedel, une théorie surannée de l’école, condamnée depuis longtemps par le raisonnement et par l’expérience. Nonseulement la coexistence des deux métaux est possible, mais elle fournit la meilleure garantie d’une évaluation exacte de toutes choses.
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D’accord avec la doctrine pure de l’économie politique, avec celle de Turgot et de Jean-Baptiste Say, M. Riedel a retracé l’action naturelle et simultanée des deux métaux, de l'or et de l’argent; il a indiqué comment elle fournissait un moyen d’équilibre et empêchait les fluctuations extrêmes, il a démontré l'utilité de leur action commune et de leur influence réciproque.
Chez un peuple où règne iargetU seul, quand on veut passer à l’or, il est nécessaire que pendant longtemps les deux métaux fonctionnent, non-seulement sous forme de tolérance, mais sur un pied d'égalité. Ce sera une transition naturelle vers l'usage parallèle et simultané des deux monnaies; on arrivera à l’usage de l’or sans contrainte exclusive. Cela ne saurait dépendre d’un règlement monétaire ni de la condamnation arbitraire de l’argent. Fiez-vous à la supériorité de l’or, si vous en êtes convaincus.
M. Riedel a formulé son principe dans un amendement qui consistait à substituer l’introduction des mots la monnaie d'or au lieu de la monnaie umque en or. Cet amendement a réuni trente-sept voix contre soixante-cinq. Les représentants de Berlin, qui persistent à ne vouloir que la monnaie d’argent, se sont joints, dans cette occasion, aux partisans exclusifs de l’or.
La doctrine de M. Riedel est celle de l’économie politique pure, qui envisage les monnaies d’or et d’argent comme de simples marchandises; elles ne .se dilTérencient des autres produits livrés sur le marché
QtlKLQUES INDICATIONS
que par la qualité de disques contrôlés et certifiés, qui eu garantit le poids et le titre. Sous cet aspect, rien ne saurait faire accorder la préférence absolue i\ l’une ou à l’autre monnaie, et rien n'est plus contraire aux idées de libre commerce que d'en privilégier une. L’économie politique pure n’admet ni étalon ni mesure aucune de la valeur: on ne saurait en argumenter pour conclure à une règle dont la force dérive uniquement d’un principe de droit pratique et d’un acte d’administration.
C'est pour assurer l’exécution des contrats et pour faciliter les rapports que l'autorité législative intervient et qu’elle détermine l’emploi d’une monnaie légale dotée du pouvoir de libération. 11 ne s’agit là en aucune manière d’un principe quelconque d’économie politique: nous reconnaissons que le législateur, en étudiant les intérêts sociaux et en consultant l’expérience, peut n’attribuer le pouvoir de libération qu’à un seul métal, que ce soit l’or ou que ce soit l’argent, ou bien l’attribuer aux deux métaux. S'il prend ce dernier parti, il se trouvera d'accord avec la doctrine économique, qui s’accommode mol de l’exclusion et de la contrainte ; nous devons le constater avec une vive satisfaction, cet accord du droit et de l’économie politique, dans les Etats qui possèdent une double monnaie légale, conduit à la solution pratique la plus sûre et la plus exacte, à celle qui, s'appuyant sur l’expérience constatée, concilie tous les intérêts et assure le mieux l'équitable stabilité des conventions. C’est que, au lieu de contrarier les rap-
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ports naturels, il leur donne l'essor : l'or et l’argent, par les qualités spéciales qui les distinguent et par l'aptitude monétaire qu’ils partagent, sont tous deux appelés par la nature des choses, indépendamment de toute convention et de toute loi, à servir d’instrument d'échange entre les hommes, et l'instinct uni' versel des peuples nés k la civilisation a constamment utilisé celte double richesse. On comprendrait donc qu’on essayât de surmonter quelques difficultés pour maintenir cette condition naturelle, mais il est diffi-» cile d’admettre qu’on s’expose à des difficultés sérieuses-afin de la troubler. C ost comme si l'homme en possession d’un bras d’or et d’un bras d’argent prétendait se faire amputer de l'un afin de fortifier l’autre, en suivant d’une manière trop fidèle le précepte de Toinette '. Nous préférons un autre genre de traitement.
Si M. Riedel a vigoureusement combattu l’adoption exclusive de l’or, M. Weber, de Darmstadt, ne l’a que faiblement défendue. Il s'est borné à dire que l’Allemagne envie depuis plusieurs années la position que l’umon monétaire procure â la France, à la Belgique, à la Suisse et à l'Italie. Bien de plus simple que de partager cet avantage; il suffit pour cela d’adhérer à l’union, sauf des modifications secondaires, en adoptant pour base l’emploi simultané
' On se rappelle celle charmanlc saillie ilii génie de Molière, dans le Malade imaginaire, acte lll, sc. xiv ; Me couper un bras el me crever un ail, afin que l'aulre te porte mieux!... La belle opération, de me rendre borgne el manchot ! Ibid., sc. xv. Le bonhomme Ârgan a raison.
QUELQUES INDICATIONS
de l’or et de l’argent en qualité de monnaie légale. C’est un moyen facile et rationnel : il conduirait promptement au but, qui est la constitution déûnitive de la monnaie internationale.
Du reste, 31. Weber est de bonne composition; il ne s’agit point pour lui de l’application immédiate d'une règle absolue, mais d’une simple recommandation. On ne doit pas s’occuper de l’Autriche, tant qu’elle se sert de papier-monnaie; on a répété que le gouvernement prussien ne se déciderait point à mettre hors de cours le thaler, mais il n’est nullement nécessaire de le faire. — Nous le voyons, il est difficile de se montrer plus conciliant.
Telle n'est pas l’attitude du représentant du commerce de Berlin, le conseiller Conrad. « J’ai vainement cherché, dit-il, au point de vue du commerçant, les motifs qui devraient faire renoncer à la monnaie d'argent. Ne nous conduisons point comme des femmes vouées à la mode du jour, qui rejettent des vêtements d’une forme convenable parce qu’on les avait adoptés depuis longtemps, et qui en recherchent d’autres, sans savoir ce qu’ils coûteront, ni quel service ils pourront rendre. Les savants, en s’abandonnant à des recherches abstraites, se trompent quelquefois; ils avaient prédit que l’or baisserait beaucoup, l’expérience a répondu, et les prévisions actuelles du docteur Soëtberr pourraient bien ne pas échapper à une pareille mésaventure. Quels sont les inconvénients causés par l’emploi de l’argent? J’ai vainement essayé de m’en rendre compte; j’ai vu que, grâce à cette
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A l’appci du mémoire sur l’or et l’argent. 93
monnaie, nous avions évité les complications et les crises, et que le taux de l’escompte s’est maintenu chez nous plus bas qu’ailleurs'; ce sont des raisons pour conserver notre base métallique. En cas de guerre, les variations de l’or sont plus rapides; le frédéric d’or s’est élevé, en 1866, beaucoup au-dessus du cours légal.
« La commodité de la circulation en or ne présente nullement l’avantage prédominant qu’on veut lui attribuer; les grands payements se règlent en traites et en billets; quant à Yargent de poche, à la petite circulation du commerce ordinaire de la vie, il s’accommode fort de l’état de choses actuel et ne réclame que la suppression des trop petites coupures du billet de banque. Changer la base métallique, c’est affronter une transition coûteuse, qui causerait à la Prusse seule une perte d'au moins 50 ou 60 millions de tha- 1ers (environ 200 millions de francs). »
Après avoir développé avec force ces considérations, M. Conrad a insisté sur l’atteinte qu’éprouverait le crédit, si les propositions du comité du handehtag rencontraient une application pratique; il a fait ressortir le trouble apporté dans l’accomplissement des engagements publics et privés, qui se chiffrent par milliards.
Il n’est qu’un point sur lequel M. Conrad se trouve d’accord avec M. Soëtberr : il veut s’en tenir à une seule monnaie légale, mais il entend conserver comme type l’argent, en s’appuyant sur l’exemple des Hollandais, qui répugnent aux innovations hasardées et qui
OCELQÜES INDICATIONS
savérit bien calculer. Les h^sultats de la conférence de 180*7 lui Ont paru singulièrement grossis dans la mention qui en avait été faite : En ce qui concerne uoit commhsaires prussiens, ils ne se sont expliques qu'avec une grande réserve, ajoute M. Conrad.
En résumé, le représentant de l’opinion unanime du commerce berlinois ne voit aucun motif d’abolir le payement légal enafgent (Silberwahrung) et aucun avantage particulicï dans l’adoption du payement légal en or {G olduvhrung). Un pareil changement entraînerait une dépense énorme, sans nulle compensation; il ébranlerait toutes les relations dü crédit, aussi M. Conrad mahifeste-t-il une opposition absolue à la réforme propbsée par l’organe de M. le docteur Soëtberr.
Le docteur Eras, rédacteur de V Annuaire allemand dè l’économie politique, a développé dans une àllo-^ cution remarquable les motifs qui s’opposent à l’â^ dopliOn exclusive de la monnaie légale d’br; ért augmentant la demande de ce métal, on en élèverait éonsidérablèmettt la valeur, tandis que Yojfre dè l’argent, exclu dé l’outillage monétaire, en réduirait le prix. Sans doute, on peut toujours acheter de l’or, mais à quel taux? Il faudrait subir une hausse énorme.
On éprouve une singulière impression quand on voit des pays réduits au papier-monnaie, comme r.\utriche et la Russie, discuter platoniquement sur la supériorité de l'or. Us devraient comprendre qu’ils n’ont pas voix au chapitre, tant qu’ils n’auront pas
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rétabli la base solide de la circulation qui maintient le sécurité et l'équité des rapports. Cette base a besoin de la plus grande fixité qu’une mesure matérielle puisse fournir. Ici , M. le docteur Eras, en se servant d’une image ingénieuse, a comparé les approvisionnements d’or et d’argent, reliés par le change légal, aux liquides contenus dans deux bassins mis en communication fun avec l'autre. Le niveau se maintiendra d'une manière constante; le moyen d’équilibre que donne au pendule compensateur la jonction de deux métaux et qui permet de calculer plus exactement le temps qui passe se rencontre dans le rapport établi entre les deux bassins où coulent l'or et l’argent. De cette manière, la mesure métallique de la valeur se maintient de niveau par 1e concours des deux élé^ ttlents dont l’intlüence combinée constitue une monnaie fidèle.
M. SeytTarl, de Crefeld, s’est borné à faire ressortir d'une manière générale les avantages d’une monnaie internationale, sans insister sur un mode particulier d’application de ce principe. La plus grande partie de ceux qui songent à la réforme monétaire sont indill’érents aux moyens, ils ne tiennent qti'au résultat. Une fois qu’il sera établi que celui-ci peut être atteint en utilisant et l'or et l'argent, les idées exclusives auront fait leur temps.
Le conseiller de justice Hinschius s’est prononcé contre l’or employé comme seule monnaie légale. Il s’est attaché au côté juridique de la question, et il a montré combien était grave l'obstacle que présentent
OCELQl’ES INDICATIONS
les conventions à longue échéance et la dette publique, ainsi que les obligations et actions de chemins de fer et autres compagnies.
Il résulterait de l’introduction de la monnaie légale d’or, qui écarterait celle d’argent, non-seulement de graves préjudices, mais de nombreuses contestations judiciaires et des complications infinies.
M. Mosle, de Brême, a montré qu’on ne saurait passer subitement de la monnaie d’argent à la monnaie d’or. Durant l’époque de transition, on pourra juger si l’or est réellement plus commode et plus utile, mais c’est à lui de conquérir sa place, au lieu de recourir à la contrainte.
La commission avait proposé, dans le paragraphe 4, d’admettre pour unité de compte, après l’adoption de la monnaie légale d'or, une pièce identique en valeur à celle de cinq francs, avec les multiples décimaux et la division en cent schellings; ou bien le gulden, qui correspondrait exactement au dixième d’une pièce de 25 francs, avec la division en cent kreutzers.
M. Mosle a demandé la suppression entière de cette disposition, qui n’a été votée qu’à la majorité d’une seule voix, par 53 membres du congrès contre 57. On voit à quel point les opinions se trouvaient divisées.
Une seule pensée prévalait, celle d’arriver à la constitution de la monnaie internationale; M. Heimandahl, d’Elberfeld, s’en est simplement rendu l’organe.
L’importante cité de Breslau , représentée par M. Fromberg. s’est ralliée à la proposition de M. Uiedel : « Nous pouvons, nous devons 1a voter, dit
A l’aPI’IH nu MÉMOIRE SUR u’OR ET L’aRGENT. 97
M. Fromberg, autrement nous serions exposés à de grands sacrifices. »
31. Christ, d'Elberfeld, a insisté sur ce point que le petit commerce emploie plus d’espèces que le grand commerce; l’or ne lui convient pas, il faut conserver l’argent.
Dans une réplique chaleureuse et habile, 31. le docteur Soëtberr n’a rien négligé pour concilier le plus grand nombre de suffrages au système qu’il a formulé. (I On ne saurait, dit-il, me reprocher d’avoir atténué les graves difficultés du passage de l’emploi de l’argent à celui de l’or. On en a souvent tenu trop peu de compte, ou on les a complètement méconnues. 3Iais il faut marcher résolùment au but, il faut établir Xunité monétaire pour l'Allemagne. La déclaration du commissaire prussien à la conférence monétaire semble ne pas laisser le choix; elle indique comme voie unique pour y arriver la monnaie d’or. Qui veut la fin veut les moyens. »
Cette interprétation nous semble beaucoup trop absolue : la manière réservée dont s’est exprimé M. SIeinecke, dans une hypothèse qui concernait la monnaie internationale et non la monnaie allemande, se refuse à une traduction aussi forcée. Les arguments tirés de la conférence de Paris sont loin d’avoir la portée que 31. Soëtberr veut leur prêter.
Il ne suffit point, pour expliquer l’abandon des résolutions du handelstag de Heidelberg et de celui de Francfort, d’insister sur ce qu’on ne les a point appliquées. En premier lieu, il s’agissait alors aussi
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Ol’ELQUES INIllr.ATIONS
d’une ihottnaié létjalê unique, de l'argent seul, et non de l’emploi simultané des deux métaux précieux, et l'assertion que l’unité monétaire allemande basée sur le calcul décimal ne peut naître que de l’adoption de l’or comme moyen exclusif de payement légal n’est rien moins que justifiée. D’ailleurs ce n’est point là une démonstration doctrinale comme on avait droit de l’attendre d’nn savant tel que M. Soëtberr; c'est simplement un expédient auquel il a recours pour fortifier une thèse fortement ébranlée.
C’est salis doute de l’habileté que de faire valoir les résultats Obtenus à la suite de l’examen de cent cinquante caisses du royaume de Wurtemberg, dans lesquelles on a constaté que 31 pour 100 de la réserve étaient en argent, 31 pour 100 en or, et 38 pour 100 en monnaie de papier. Que peut-on inférer, pour l'ensemblo de r.\llemagne, de la situation d’un petit pays en relations constantes avec les États étrangers et pesant fort peu dans la balance générale?
On y rencontre toute sorte d’espèces d‘or et d’argent, françaises, hollandaises, anglaises, américaines, etc., souvent rognées et à empreinte presque effacée; cela peut fournir un motif pour réclamer la réforme monétaire en Allemagne, mais ce n’osl pas une raison pour inaugurer la domination exclusive de l’or. Oui veut trop prouver, en mettant en avant même des indications insignifiantes, ne prouve rien.
Personne ne prétend qu’il ne faille point mettre un terlne à la confusion qui règne actuellement en
A l’appui DC MÉMOIKE SUR l’oR ET l’aRGENT. 99
Allemagne, mais on ne saurait en tirer Comme conclusion l’emploi (le l’or seul.
M. Soëtberr ne se dissimule point la gfavité de la mesure qu’il propose: une première appréciation lui avait fait porter de 600 à 700 millions de llialers (2 milliards à 2 milliards et demi de francs) la circulation de l’argent en Allemagne: dans son second discours, il a expliqué ce chiffre en l'appliquant à la circulation métallique, or et argent, et aux réserves des banques Celles-ci doivent nécessairement être comprises dans l'inventaire; quant à l’or, il est loin de circuler au delà du Rhin par grandes quantités; c’est notre pièce de 20 francs qui y domine avec avantage de prix, ce qui prouve que, de ce côté du moins, la France n’a plus riert à gagner. Quel que soit le mode d'évaluation admis, c’est entre 1 milliard et demi et 2 milliards qu’on estime au plus bas les espèces et les lingots d’argent de la Confédération germanique. C’est une somme considérablci et M. Soëtberr luimême avoue que 300 à -400 millions de lhalers (au delà de 1 milliard jusqu’à 1 milliard et deini) Seraient jetés sur le marché, pour être remplaci^s par de l’or. « Cette somme agira doublement, dit M. Soëtberr, sur le rapport du prix des métaux précieux. C'est une masse énorme, il serait difficile de prévoir ut de calculer les conséquences d’un pareil déplacement... On ne saurait disconvenir qu’üile olTrc considérable d'argent en Èurope, alors que la demande de ce métal pour les Indes s’est ralentie et que l’on verrait en même temps la demande de l’or s’accroître d’une
ino
OlIKLQUtS INDICATIONS
façon correspondante, ne fût de nature à causer un ébranlement notable dans les proportions de valeur actuelle entre l’or et l’argent. » Aussi M. Soëtberr conseille-t-il de procéder avec une grande prudence, en adoptant des moyens de transition; il combat ceux qui ne s’en sont pas sufGsamment préoccupés, car, loin de nier, il afGrme l’inGuence considérable que la réforme monétaire ne saurait manquer d’exercer sur le prix de l’argent. Ce passage de son discours a trop d’importance pour que nous prétendions l’analyser; nous préférons en donner la traduction complète :
A voir de quelle manière le côté juridique do l’adoption de l’étalon d’or a été exposé dans le premier des mémoires publiés par votre comité, on serait porté à croire que cette transition peut s’opérer sans grandes secousses, pourvu qu’on laisse subsister en même temps l'étalon parallèle ou simultané — tel que l’auteur, M. le docteur Grote, l’a proposé — sans attribuer au nouveau système monétaire aucune action rétroactive sur les conventions et les engagements pécuniaires contractés antérieurieurement. Il dit qu’on pourra s’en remettre aux parties ellesm«!ines pour s’entendre à l’amiable sur ce genre do conversion, ou éventuellement faire vider les différends par les tribunaux. Un pareil mode de procéder semble séduisant à force de simplicité. Mais si le gouvernement, par des réformes monétaires radicales, contribue à produire une énorme baisse dans le taux lie l’argent, sans adopter en même temps une espèce de compensation , le gouvernement se doit aussi à lui-même de protéger les anciens créanciers contre une dépréciation violente de leurs créances constituées et fixées à une date antérieure au nouveau régime monétaire.
Cela no pourra guère se faire qu’au moyen d’une espèce de
A l’apfdi du mémoire süh l’or et l’argent. 101
coup d’Ètat nécessité par les considérations d'un cas de force majeure; le gouvernement établirait de la manière la plus consciencieuse et la plus judicieuse un taux fixe d’après lequel les payements concernant des engagements pécuniaires pourraient désormais se faire on or. Le mode de transition ainsi effeclué écarterait en grande partie les craintes entretenues au sujet d'une forte dépréciation de l'argent et d'une grave perturbation dans les relations actuelles.
Nous rftviendrons sur l’idée de M.Grote relative au système parallèle de l'argent fonctionnant à côté de l’or, sans ûxation légale de la valeur monétaire. Qu’il nous suffise, pour le moment, de faire remarquer que ■M. le docteur Soëtberr reconnaît la nécessité d’une sorte de coup d'Etat financier pour passer d’un régime k l’autre. C’est peu encourageant.
Ce coup d’Etat aurait pour but de fixer 1e taux du change légal entre l’ancienne et la nouvelle monnaie libératoire; il ne fallait donc pas tant s’élever contre le principe de la loi de germinal, qui n’a pas fait autre chose, et cela sans user d’aucun coup d’Etat, tout au contraire, en régularisant autant que possible l’expression permanente de la mesure des valeurs, en la rendant plus stable par l’action combinée des deux métaux précieux.
iM. Soëtberr est revenu à plusieurs reprises sur l’idée qu’il ne saurait être question d’un passage subit k un nouveau système basé sur l’or. 11 faut employer à celte évolution au moins de cinq à dix ans. La masse du métal privé de la fonction légale ne peut que porter le trouble sur le marché; il ne s’agit point ici de l’adjonction successive de nouvelles exlrac-
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lions, dont la place se fait naturellement, et qui correspondent eu grande partie aux besoins causés par la déperdition du frai, qui porte sur une quantité énorme de métal, par la consommation dans les arts et dans l’industrie et par le développement de la population, de la production et des échanges, C'est un mouvement violent qui se fait au moyen d’une masse toute prête, dont l’influence se fait sentir en exerçant une pression considérable, Quand la Hollande a démonétisé l’or, elle n’en possédait que pour 84 millions de guldens, moins de 200 millions de francs, et cette somme, relativement faible, a plus promptement contribué à déprécier l’or que les arrivages de la Californie et de l'Australie. Que serait-ce si l’Allemagne, en démonétisant l’argent, en jetait sur le marché environ t milliards , consacrés aujourd’hui à la circulation monnayée, sans parler du billon?
Nous recevons en ce moment un document des plus iniportanls, communiqué par M, (ie Bismark au conseil de la Confédération du nord de l’Allemagne, 11 porte la date du 12 février 1869. Les relevés qu’il donne se résument dans le tableau suivant ;
E'^pèces d’or. . .
Hspècexl'arpenl.
Muniiaiede billon enarjîcnl. . , Uonnaii* de cuiivre
Total.. .