SECONDE PARTIE
Messieurs,
Après avoir, comme je viens de l’exposer, répété un grand nombre de fois les expériences qui précédent, toujours opérant sous l’influence des rayons solaires sans pouvoir découvrir quelles causes déterminaient ou empêchaient la production de l’or artificiel, quand je variais les procédés ou que j’y apportais seulement de légers changements, je voulus enfin m'assurer de l’effet réel de la lumière en opérant en dehors de cette influence. Voici le résumé de mes tentatives dans cette voie, tentatives couronnées de succès.
Ayant mêlé douze parties d’acide sulfurique concentré et deux parties d’acide azotique à 40 degrés, je remplis de ce mélange, jusqu’au quart de leur capacité, tubes de verre où je projetai de la limaille d’argent
et de cuivre, préparée avec les métaux purs, le cuivre entrant pour un dixième de cet alliage. Après la première réaction, accompagnée d’émission plus ou moins abondante de gaz nitreux, selon la quantité d’acide azotique admise dans le mélange on voit la dissolution prendre une belle teinte violette : on porte alors à l’ébullition qu’on maintient pendant plusieurs jours, en ajoutant de temps à autre, selon le besoin, de l’acide sulfurique pur et concentré, de manière à chasser tout l’acide azotique.
Cette durée prolongée de l’ébullition est nécessaire parce que les deux acides forment une combinaison très stable ; tant que cette combinaison subsiste, l’or ne se dépose pas. On peut aussi remarquer qu’après plusieurs jours d’ébullition, si l’on vient à ajouter à la dissolution un peu d’eau, il se produit encore un faible dégagement de gaz nitreux, ce qui indiquerait que l’acide sulfurique très concentré a plus d’affinité pour l’eau que pour ce composé azoté. Pour se débarrasser des vapeurs nitreuses, qui pourraient y rester encore, il faut y ajouter un peu de sulfate d’ammoniaque et faire bouillir de nouveau.
Dans ces expériences l’or paraît dissous à la faveur du gaz nitreux, car, à mesure que la quantité de gaz devient plus faible, l’or se précipite en pellicules excessivement
l’or
minces qui se déposent, par le refroidissement, sur les parois du tube du côté où il est incliné ; on peut les y distinguer à la vue simple. Quand la quantité d’or produit est assez grande, le métal se réunit en masse au fond du tube.
Un autre moyen, d’un effet moins lent, consiste à remplacer, dans l’expérience précédente, l’acide azotique, par l’azotate de potasse.
J’ai varié, je le répète, ces essais à l’infini; sauf sous l’empire de circonstances accidentelles, j’ai généralement observé les mêmes résultats.
C’est à l’Académie qu’il appartient de prononcer sur la valeur de ces expériences. Je suis prêt, comme je l’ai exprimé au début de ce mémoire, à opérer sous les yeux d'une commission prise dans le sein de l’Académie avec les réactifs qui me seront fournis par cette commission.
J’ai beaucoup médité sur une théorie probable qui peut guider les chimistes dans les opérations ayant pour but la productiou de l’or artificiel. Je pourrais exposer les fortes inductions, les analogies plus ou moins frappantes, capables d’éclairer les doutes sur la valeur des agents auxquels j’attribue la production de l’or ; mais je comprends la nécessité d’être sobre de réflexions et de ne point abuser de l’indulgence de l’Académie. Plus tard,
si un pareil travail devient opportun, je pourrais développer les idées qu’ont éveillées en moi les faits curieux, objets de mes observations, depuis quinze années consacrées à des expériences sur le même sujet.